LIVRE IX
personnes s'en vouloir l'une à l'autre après avoir eu ensemble une petite discussion. Le seul moyen, quand des amisont une querelle, est de la leur laisser vider amicalement, comme qui dirait avec le poing , l'cpée ou le pistolet, à leur goût, et que tout soit fini. Quant à moi. Dieu me damne, si j'aime jamais mieux mon ami que lorsque je me bats avec lui. Garder rancune est plus digne du Français que de l'Anglais, »
Il proposa alors une libation, comme partie obligée de !a cérémonie dans tous les traités de cette nature. Le lecteur en conclura peutêtre qu'il était très-versé dans l'bistoire ancienne; mais quoique cela soit fort probable, comme il ne cita aucune autorité à l'appui de cette coutume, je ne puis l'affirmer avec quelque certitude. Vraisemblablement il fondait tacitement son opinion sur quelque autorité respectable, car il la confirma par une foule de jurements énergiques,
Jones n'eut pas plus tôt entendu la proposition, que d'accord avec le docte sergent, il fit apporter sur-le-champ un bowl , ou plutôt
iiu vaste pot rempli de la liqueur dont ou use dans ces sortes d'occasions, et il commença lui-même la cérémonie. Il mit sa main droite dans celle de l'hôte, et prenant le bowl de la main gauche, prononça les paroles d'usage, et fit sa libation. La même cérémonie fut observée par tous ceux qui étaient présents. Il ne me parait guère nécessaire d'entrer à cet égard dans de plus grands détails. Il suffit de dire que celte libation diflëra fort peu de celles dont les anciens auteurs et leurs modernes traducteurs ont tant parlé. La différence la plus remarquable consista en deux points : 1°, les contractants ne versèrent la liqueur que dans leur gosier; 2", le sergent qui ofTiciait en qualité de grand-prêtre , but le dernier; mais il i-esta fidèle à l'antique usage, en buvant beaucoup plus que les autres, et en étant la seule personne qui ne contribuât d'ailleurs en rien à la libation, que par sa complaisance à remplir et à vider la coupe.
Tout le monde se rangea ensuite autour du feu de la cuisine, où la bonne humeur prit et conserva un empire absolu. Partridge oublia