LIVRE xir
tous les voisins ont de lui des idées très-effrayantes. Je suis fortement tenté de croire que ce doit être quelque esprit qui peut-être nous aura été envoyé pour nous donner un avertissement utile. Et ([ui sait si tout ce qu'il nous a raconté du combat où il a été, du malheur qu'il a eu d'y être fait prisonnier, du grand danger qu'il a couru d'être pendu , n'était pas une sorte d'avertissement pour nous, dans la circonstance où nous nous trouvons ? Ajoutez à cela que je n'ai rêvé que de combats toute la nuit dernière, et qu'il me semblait que le sang coulait de mon nez comme le vin d'un tonneau en perce. En vérité, monsieur, infandum, regïna , juhes renovare dolor em. »
« Ton histoire, Partridge, répondit Jones, est presque aussi mal appliquée que ton latin. Rien ne doit arriver plus vraisemblablement que la mort à ceux qui vont au combat. Peut-être y succomberons-nous tous deux .... et qu'importe ? — Qu'importe? reprit Partridge : comment donc ! quand je serai mort , tout sera fini pour moi. Que m'importe la cause pour
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laquelle on se bat, ou de quel côté restera la victoire, si je suis tué? Je n'eu tirerai aucun avantage. Toutes les sonneries de cloches , tous les feux de joie ne sont plus rien pour celui qui est à six pieds sous terre. Ce sera donc la fiu du pauvre Partridge ? — Et la fin du pauvre Partridge , s'écria Jones, ne doit-elle pas arriver un jour ou l'autre? Puisque vous aimez le latin, je vais vous dire quelques beaux vers d'Horace qui inspireraient du courage au plus poltron :
« Dulce et decorum est pro patiid mori. Mors et fugacem -persequttur vinim :
IViC parcel imbetlis jttventœ
Poplitibus , ttmidoijue tcrgo. »
« Je \ow^ prie de m'en faire la construction, dit Partridge, car Horace est un auteur difficile, et je ne puis comprendre ses vers de la manière dont vous les récitez. »
« Je vais t'en dire une mauvaise imitation, ou plutôt luie paraphrase de ma façon, dit Joncs, car je ne suis qu'un pocl€ niéùrocrc.
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« Qu'il est beau do mourir pour ta clitre pairie! Celui qui fuit ne peut échapper au trépas; Vaiuement vous tremblez précipitant vos pas , La peur ne peut long-temps protéger votre vi«j. »
« Cela est très-certain , dit Partridge , oui , sans doute, mors omnibus communis: mais il y a une grande différence entre mourir dans son lit après un grand nombre d'années , comme de bons chrétiens, au milieu de tous nos amis qui pleurent autour de nous, ou d'être tué d'un coup de fusil aujourd'hui ou demain, comme un chien enragé, ou peutêtre haché en vingt morceaux à coups de sabre, et cela avant de nous être repentis de tous nos péchés. O Dieu<l ayez pitié de nous. Il faut convenir que les soldats sont une méchante race d'hommes. Je n'ai jamais aimé avoir affaire à eux : j'ai toujours eu de la peine à les regarder comme des chrétiens : on n'entend parmi eux que des jurements et des imprécations. Je désiie que Votre Honneur se repente de son projet de les joindre avant qu'il soit trop tard. Iai