‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 2)Chapitre 121 sur 163 · LIVRE xri · texte numérisé non relu

LIVRE xri

CI» lui disanl (|ue chaque paroisse devait avoir soin de ses pauvres. Jones alors rit aii\ éclats, et demanda à Partridge s'il n'avait pas liônte de n'avoir aucune charité dans le cœur, cpiand il avait tant de charité à la bouche. « Votre religion, lui dit-il , vous sert seulement à excuser vos fautes , mais ne vons excite aucunement à la vertu. Un homme qui est réellement chrétien peut-il s'abstenir de soulager un de ses frères dans nne situation aussi misérable! » Et en même temps mettant la main à sa poche, il donna un shilling au pauvre diable.

«Mon maître , dit le mendiant après l'avoir remercié, j'ai dans ma poche une chose curieuse, que j'ai trouvée à deux milles d'ici: s'il plaisait à Votre Honneur de l'acheter. Je ne me hasarderais pas de la faiie voir à tout le monde ; mais comme vous êtes un gentilhomme si bon et si charitable pour les pauvres, vous ne soupçonnerez pas un liomme d'être un voleur, par cela seul qu'il est pauvre. » Il tira alors de sa poche un petit por

aga tom jones,

tefeuille à filets d'or, et le remit entre les

mains de Jones.

Jones l'ouvrit aussitôt : et devinez , lecteur, ce qu'il éprouva, en voyant à la première pai,'e les mots Sophie Western , écrits de sa belle main. Il n'eût pas plus tôt lu ce nom, qu'il le pressa contre ses lèvres, et ne put s'empêcher , devant témoins, de se livrer aux transports les plus extravagants ; mais peut-être ces transports mêmes lui firent-ils oublier qu'il n'était pas seul.

Tandis que Jones baisait le portefeuille comme un gourmand caresse de ses lèvres la croûte dorée d'un gâteau, ou comme s'il eût été soit un ddvoratcur de livres, soit un auteur qui n'a rien à dévorer que son propre ouvrage , il tomba des feuillets un morceau de papier, que Partridge ramassa et remit à Jones , qui aperçut aussitôt que c'était un billet de banque. C'était le même que Western avait donné à sa fille le soir qui précéda son départ. Il était de cent livres sterling, et il n'y a pas un juif qui n'eût cru faire une

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