LIVRE XII, at
(iim aussi riche trésor , fit mille remercîmetits à Jones , et les muscles de son visage laissèrent apercevoir une joie presque aussi vive que celle que Jones venait de ressentir en lisant le nom de Sophie Western.
Ce malheureux consentit très-volontiers à accompagner nos voyageurs à l'endroit où il avait trouvé le portefeuille. Ils y allèrent donc eiisemhle sur-le champ, mais pas aussi vite que Jones Feùt désiré; car son guide avait encore le malheur d'être hoileux, et ne pouvait pas faire plus d'un mille par heure. Or, comme malgré l'assurance qu'il en avait donnée, l'endroit en question était à plus de trois milles de distance, nous n'avons pas besoin de dire au lecteur combien de temps ils mirent à faire le chemin.
Jones ouvrit le portefeuille cent fois pendant la route , le baisa tout autant de fois , se parla beaucoup à lui-même, et parla fort peu à ses compagnons. Le guide en témoigna quelque étonnement à Partridge, qui secoua plus d'une fois la tête, en lui disant : « liC pauvre
jeune homme! orandum est ut sit mens sana in corpore sano (i). »
Enfin ils arrivèrent au même lieu où Sophie avait malheureusement laissé tomher le portefeuille , et où l'homme l'avait heureusement trouvé. Jones alors se disposa à prendre congé de son guide et à doubler le pas; mais celui-ci , dans l'esprit duquel la vivacité de la surprise et de la joie qu'il avait ressentie d'abord en recevant la guinée, était pour lors bien amortie, et qui avait eu assez de temps pour revenir à lui, prit un air mécontent, et dit, en se grattant la tète, qu'il espérait que Son Honneur lui donnerait quelque chose (ie plus. «Votre Honneur, ajoutat-il, voudra bien prendre en considération que si je n'avais pas été un honnête homme, j'aurais fort bien pu garder le tout. ( Et en effet , le lecteur doit avouer que rien n'était plus vrai. ) Si le papier que vous te-
(i) Prions Dieu qu'il ait un esprit sain dans un corps sain . ( Éd . )
r.fvuE XI t. Q.qn
ue^ vaut cent livies , il est sûr que celui qui Ta trouvé mérite plus d'une guiuée. D'ailleurs , supposez que jamais Votre Honneur ne revoie la dame, et ne puisse conséquemment le lui rendre... Et quoique Votre Honneur ait bien l'air et le langage d'un gentilhomme, je n'ai que sa parole; et certainement, si la propriétaire légitime ne peut pas se retrouver, le portefeuille appartient tout entier à celui qui l'a rencontré le premier. J'espère que Votre Honneur voudra bien considérer tout cela ; je ne suis qu'un pauvre homme , c'est pourquoi je ne désire pas avoir tout, mais il est bien raisonnable que j'en aie ma part. Votre Honneur a l'air d'un honnête homme , et voudra'bien, j'espère, avoir égard à mon honnêteté ; car j'aurais pu garder jusqu'au dernier farthing, sans que jamais on en eût rien su. — Je te promets sur mon honneur, répondit Jones , que j'en connais la propriétaire légitime, et que je le lui rendrai. — Quant à cela , reprit le pauvre. Voire Honneur pent faire tout ce qu'il lui plaira ; et s'il veut ma donner seulement ma part , c'est-à-dire ir, /^. 20
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moitié de I'aryeut , Voire Honneur peut gai- Jer le reste , si cela lui fait plaisir. » Il conclut en jurant avec serment qu'il n'en prononcerait jamais une parole à aucun homme vivant.
" Écoutez, mon ami, lui dit Jones, la propriélaire légitime aura tout ce qu'elle a perdu. Quanta une gratification plus considérable, je ne puis réellement vous la donner à présent: mais dites-moi votre nom et votre adresse, et il est probable que vous aurez par la suite de nouveaux motifs de vous réjouir de l'aventure de ce matin. »
« Je ne sais, dit le pauvre, ce que vous entendez par aventure; il me semble que c'est moi qui mets à l'aventure si vous remettrez ou jion à la dame l'argent qui lui appartient. Mais
j'espère que Votre Honneur fera attention
— Allons, allons, dit Partridge, dites votre nom et votre adresse à Son Honneur; je vous garantis que vous ne vous repentirez pas d'avoir remis cet argent entre ses mains. » Le pauvjc ne voyant plus d'espérance de recouvrer la possession du portefeuille, consentit enlin à