LIVRE XII
Ie<iuel il avait dîné à Glocesler, el lui rendit sou salut avec beaucoup de politesse.
Dowling pressa très-vivement M. Jones de ne pas aller plus loin ce soir-là, et appuya ses instances d'une foule d'arguments sans réplique: d'abord il était presque nuit; ensuite les chemins étaient très-mauvais; et, sous tous les rapports, il lui conviendrait beaucoup mieux de ne partir qu'à la pointe du jour. A ces arguments il en ajouta beaucoup d'autres non moins victorieux , dont une partie était déjà probablement entrée dans l'esprit de Jones. Mais comme ils avaient été alors sans effet, ils n'eurent pas plus de succès dans la bouche de M. Dowling, et Jones persista dans son dessein , dût - il même être obligé de faire la route à pied.
Quand l'homme de loi vit qu'il ne pouvait faire consentir Jones à rester, il s'occupa avec non moins de chaleur à persuader au guide de l'accompagner. Il mit en avant une foule de bons motifs pour l'engager à entreprendre ce petit voyage, et termina son discours en lui di-
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sant : « Croyez - vous que IVIonsienr ne vous réconipeiisera pas très-bien de votre peine?» Deux contre un sont un avantage partout, comme au ballon. Mais celui que cette réunion de forces procure quand il s'agit de persuader et d'obtenir ce qu'on souhaite, ne peut être un problème pour un observateur curieux : il doit souvent avoir vu que quand un père, un maître, une femme ou tout autre individu revêtu de quelque autorité, ont opiniâtrement persisté dans leur refus , malgré toutes les raisons qu'une seule personne a pu leur donner, ils ont cédé ensuite à la répétition des mêmes raisons données 'par une seconde et troisième persoiuie qui avaient entrepris de plaider la même cause avec les mêmes arguments; et c'est peut-être de là que vient l'expression de seconder un argument ou une motion, ce qui est d'une grande conséquence dans toutes les assemblées où l'on discute en public. De là vient aussi piobablement que dans nos cours de justice nous entendons souvent un habile homme (généralement un avo-
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cat royal) répéter pendant nue heure entière ce qu'a dit un autre habile homme qui vient de parler immédiatement avant lui.
Sans autre explication, nous continuerons, suivant notre usage, d'en donner un exemple dans la conduite du postillon dont nous venons de parler, qui se laissa persuader par M. Bowling, et promit de laisser monter encore une fois M. Jones sur la selle de femme. Mais il insista sur ce qu'on lui permît de faire d'abord donner un bon repas à ses pauvres chevaux, disant qu'ils avaient déjà fait beaucoup de chemin , et n'avaient pas été ménagés en route. Cette précaution du postillon était inutile, car Jones, malgré son empressement et son impatience, en aurait donné l'ordre lui-même. Notre héros n'était pas de l'opinion de ceux qui considèrent les animaux comme de pures machines, et quand ils enfoncent leurs éperons dans le ventre de leur cheval , s'imaginent que l'éperon et le cheval ne sont pas plus sensibles l'un que l'autre à la douleur.
Pendant que les animaux mangeaient leur avoine, ou plutôt étaient supposés la manger
(car tandis que le postilion prenait soin de luimême à la cuisine, le garçon de l'auberge prenait grand soin que son avoine ne se consommât pas dans l'écurie), M. Jones, cédant aux instances de M. Dowling, l'accompagna dans sa chambre, où ils s'assirent ensemble pour boire une bouteille de vin.