‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 2)Chapitre 140 sur 163 · CHAPITRE VIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIll

Ne contenant guère que quelques observations singulières.

Jones était resté absent pendant une longue demi-heure, quand il rentra précipitamment dans la cuisine pour demander à l'hôte qu'il lui fît savoir à l'instant ce qu'il avait à payer. Quant à Partridge, le chagrin qu'il éprouva

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d'etre obligé de quitter le bon coin de la cheminée et un verre d'excellente liqueur, fut un peu compensé par l'assurance de ne pas voyager davantage à pied; car Jones, avec les arguments dorés, avait obtenu du postillon qu'il l'accompagnerait jusqu'à l'auberge où il avait conduit Sophie. Mais il n'y avait consenti qu'à la condition que l'autre postillon l'attendrait à l'auberge où ils se trouvaient, parce que, l'hôte d'Upton étant, l'intime ami de l'hôte de Glocester, il pourrait d'un jour à l'autre revenir aux oreilles de ce dernier que ses chevaux avaient fait double course , et que par suite on pourrait lui redemander l'argent de la seconde, qu'il avait sagement le projet de mettre dans sa poche.

Nous avons été obligés de rapporter cette circonstance, toute légère qu'elle peut paraître, parce qu'elle retarda long - temps le départ de M.Jones; car l'honnêteté du second postillon était plus grande, vu le prix qu'il y mettait, et elle aurait en effet conté fort cher à Jones, si Paitridge, qui, comme nous l'avons dit, était un garçon subtil, ne lui avail pas adroitement

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donné une demi-couronne à dépenser dans celte même auberge, pour l'aider à attendre sou compagnon. L'hôte n'eut pas plus tôt flairé celte demi -couronne, qu'il s'épanouit et débita avec force un discours si persuasif, que le postillon fut bientôt vaincu, et consentit à prendre une demi-coiuonne de plus pour attendre. Nous ne pouvons nous empêcher d'observer ici que, puisqu'il y a tant de politique dans la classe la plus inférieure du peuple, les grands ont souvent trop haute opinion d'eux-mêmes et de leur dissimulation, talent dans lequel ils sont fréquemment surpassés par les derniers des hommes.

Les chevaux étant amenés, Jones sauta sur la selle de femme sur laquelle sa chère Sophie avait voyagé. Je dois avouer que le postillon eut la politesse de lui offrir la sienne, mais il préféra l'autre, probablement parce qu'elle était plus douce. Partridge cependant, quoi- (|ue tout aussi efléminé que Jones, ne put supporter la pensée de dégrader sa qualité d'homme; il accepta en conséquence l'ollie du postillon : et Jones nionlé sur la selle dk?

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Sophie, le postillon sur celle de mistress Honour, et Partridge juché sur le troisième cheval, se mirent en route et arrivèrent en quatre heures à l'auberge où le lecteur a déjà passé tant de temps. Partridge fut très- gai pendant tout le chemin , qui rappelait souvent à Jones tous les présages de succès qui depuis peu lui avaient été si favorables , et que le lecteur le moins superstitieux doit convenir avoir été singulièrement heureux. D'ailleurs Partridge était plus charmé de ce qui faisait l'objet de la poursuite actuelle de son compagnon, qu'il ne l'avait été de le voir marcher à la gloire. D'après ces mêmes présages, qui promettaient le succès à notre pédagogue , il commençait à se faire une idée nette de l'amour de Jones et de Sophie, auquel il n'avait fait jusque-là que très-peu d'attention, ayant dans l'origine fort mal jugé les raisons de la fuite de Jones : quant à ce qtii s'était passé à Upton, il avait été beaucoup trop effrayé avant cl après son départ de ce lieu , pour en rien conclure, sinon que le pauvre Jones était tout à-fait fou; d'autant plus qu'il se fondait aus'^i

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sur sa conduite en quittant Glocester, qui, selon lui, s'accordait avec tout ce qu'on lui avait dit précédemment. Quoi qu'il en soit, il était alors assez satisfait de sou expédition actuelle, et commençait à concevoir une opinion plus favorable du bon sens de son ami.

Trois heures venaient de sonner quand ils arrivèrent, et Jones demanda sur-le-champ des chevaux de poste ; mais malheureusement on ne put se procurer un seul cheval dans le canton. Le lecteur ne s'en étonnera pas, s'il veut réfléchir au trouble qui régnait alors dans tout le royaume, et notamment dans cette province, où des exprès passaient et repassaient à toutes les heures du jour et de la nuit.

Jones fit tout ce qu'il put pour engager son preniier guide à l'escorter jusqu'à Coventry, mais il le trouva inexorable. Tandis qu'il argumentait avec lui dans la cour de l'auberge, une personne vint à lui , et le saluant par son nom, lui demanda des nouvelles de toute la famille du Somerset-shire. Jones jetant les yeux sur celte personne, la reconnut aussitôt pour être M. Dowling, l'homme de loi avec

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