‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 2)Chapitre 16 sur 163 · LIVRE IX. 4 I · texte numérisé non relu

LIVRE IX. 4 I

de petits-maîlres ; un soupir si doux , si tendit; si amoureux, si subtil, si insinuant, qu'il eût trouvé infailliblement le chemin du cœur de notre héros , s'il n'eût été heureusement écarté de ses oreilles par le bouillonnement de la petite bière qu'il versait de la bouteille dans son verre en ce moment. La dame essaya beaucoup d'autres armes; mais le dieu de la table ( si toutefois il existe une semblable divinité, ce que je me garderais bien d'affirmer ) ^ en préserva celui i\m sacrifiait sur son autel: ou peut-être cela n"était-il pas dîgnus inndice nodus (i), et ne faut-il expliquer la sécurité de Jones que par des moyens naturels ; car , comme il est démontré que l'amour nous pi é serve quelquefois des attaques de la faim , il est possible que dans de certains cas la faim nous préserve des attaques de l'amour.

La dame , furieuse de ses fréquents désappointements, se détermina à une courte sus pension d'armes ; elle employa cet intervalle à mettre eu état toutes ses machines de guerre ,

(i) Uii deuoùment (lignp d'un dieu. (Éd.)

pour renouveler I'altaqiie des que le diner serait fini.

A peine la nappe fut ôtce, qu'elle était sous les armes. D'abord, après avoir pointé obliquement ses beaux yeux contre M. Jones, elle lui lança du coin de l'œil droit le regard le plus pénétrant, qui , quoiqu'il eût perdu une partie de sa force avant d'atteindre notre héros, ne fut pourtant pas absolument sans effet, La belle s'en étant aperçu , se hâta de détourner les yeux, et les baissa, comme si elle eût été honteuse de ce qu'elle avait fait; quoique par cette ruse elle n'eût d'autre dessein que d'empêcher Jones de se mettre sur ses gardes, et de l'obliger de jeter les yeux sur elle, car c'était là la route qu'elle comptait prendre pour s'emparer de sou cœur. Puis relevant avec langueur ces deux prunelles brillantes qui avaient déjà commencé à faire impression sur le pauvre Jones, elle lâcha tout d'un coup sur lui une volée de petits attraits rassemblés de toutes les parties de son visage dans un seul sourire. Ce n'était point un sourire de gaieté , mais ce sourire d'affectioji que la plupart des dames ont tou-

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