‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 2)Chapitre 163 sur 163 · I.IVRE xir. 4o · texte numérisé non relu

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qu'il était novice dans le métier , et qu'il y avait été entraîné par la misère, la plus cruelle en effet qu'on puisse imaginer, celle de cinq enfants mourant de faim et d'une femme en couche du sixième, dans le déniiment le plus complet. Le voleur , en afGrmant la vérité de toutes ces circonstances , offrit d'en convaincre M. Jones, s'il voulait prendre la peine d'aller jusqu'à sa maison, qui n'était pas à plus de deux milles, ajoutant qu'il ne demandait grace qu'à la condition de prouver tout ce qu'il avait avancé,

Jones feignit d'abord de prendre le malheureux au mot, et de vouloir aller avec lui, lui déclarant en même temps que son sort dépendait entièrement de la vérité de son récit. Le pauvre voleur témoigna alors tant de joie , que Jones fut tout-à-fait convaincu de sa véracité, et commença à éprouver quelques sentiments de compassion pour lui. Il lui rendit son pistolet, lui conseilla de chercher des moyens plus honnêtes de se tirer de la misère, et lui donna deux guinées pour les premiers secours nécessaires à sa femme et à ses en-

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fants, ajoutant qu'il aurait désiré en avoir davantage à son service, mais que les cent livres dont on avait fait mention ne lui appartenaient pas.

Nos lecteurs seront probablement partagés d'opinions en jugeant cette action de Jones. Quelques-uns l'approuveront peut-être comme un acte d'humanité extraordinaire, tandis que ceux dont le caractère est plus sévère, la considéreront comme un oubli de cette justice que tout homme doit à son pays. Partridge envisageait sans doute la chose sous ce point de vue; car il témoigna beaucoup de mécontentement en cette occasion , cita un vieux proverbe, et dit qu'il ne serait pas étonné que le coquin ne revînt les attaquer avant qu'ils eussent atteint Londres.

Jamais on ne donna plus de témoignages de reconnaissance que le voleur; il versa des larmes, ou feignit d'en verser; il jura qu'il allait s'en retourner sur-le-champ, et qu'il ne commetirait plus désormais un pareil crime. Tint-il ou non sa parole, c'est ce que nou<; pourrons savoir par la suile.

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Nos voyageurs ayant remonté à cheval, arrivèrent à Londres sans autre accident, Uu dialogue intéressant eut lieu sur la route entre Jones et Partridge , au sujet de leur dernière aventure. Jones exprimait beaucoup de compassion pour ces malheureux voleurs de grands chemins , entraînés trop souvent par l'inévitable misère à uu genre de vie contraire aux lois , qui les conduit généralement à une mort honteuse. «Je ne veux parler, dit-il , que de ceux dont le plus grand crime ne va que jusqu'à voler, et qui ne se rendent jamais coupables d'oflenses graves , ni de cruautés envers personne; circonstance qui, je dois le dire à l'houneur de notre pays, distingue les voleurs d'Angleterre de ceux de tous les autres pays , où le meurtre est presque toujours inséparable du vol.»

« Sans contredit, répondit Partridge, il est bien moins criminel de prendre l'argent de (piehju'un que de prendre sa vie; mais il n'en est pas moins dur pour d'honnêtes gens de ne pouvoir voyager pour leurs aflaires , sans

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être en danger d'être attaqués par ces scélérats; certainement il vaudrait mieux que tous les coquins de cette espèce fussent pendus , que d'exposer un seul honnête homme à en être la victime. Quant à moi, je l'avoue, je ne me soucierais pas d'avoir trempé mes mains dans le sang d'aucun d'eux ; mais il serait trèsbon que la justice les fît pendre tous. Quel droit un homme a-t-il de me prendre, ne fûtce que six pences , à moins que je ne les lui donne .^ Y at-il la moindre honnêteté dans un pareil homme? »

«Non sûrement, répliqua Jones , pas plus que dans celui qui prend des chevaux dans l'écurie d'un autre , ou qui applique à son usage l'argent qu'il trouve, quand il sait à qui il appartient légitimement. »

Ce petit avis ferma la bouche à Partridge. Il ne la rouvrit plus que lorsque Jones eut lancé en riant quelques plaisanteries sur sa poltronnerie , et ce fut pour essayer de s'excuser sur l'inégalité des armes à feu, en disant; « Mille hommes sans armes ne sont rien contre

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