‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 2)Chapitre 98 sur 163 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

Ce seigneur avait une terre dans le voisinage de iMtzpatrick, et s'élait lié depuis quelque temps avec la dame. Il n'eut donc pas plus tôt été instruit de sou emprisonnement, qu'il s'occupa vivement de lui procurer la liberté; projet qu'il exécuta, non en donnant l'assaut au château, suivant l'exemple des héros anciens, mais eu corrompant le gouverneur, conformément à la nouvelle tactique, où la ruse est réputée préférable à la valeur, et l'or considéré comme plus irrésistible que le plomb ou l'acier.

La dame n'ayant pas jugé cette circonstance assez importante pour en faire part à son amie, nous avions préféré la taire nous-même, pour ne pas interrompre son récit par un fait peu essentiel , et laissant le lecteur supposer un moment qu'elle avait trouvé, ou fabriqué, ou s'était procuré par quelques moyens extraordinaires ou même surnaturels, l'argent dont elle s'était servie pour corrompre son geôlier.

Le pair, après une courte conversation, ne put s'empêcher de témoigner quelque surprise de rencontrer la dame en cet endroit, et ne

put lui taire qu'il avait tout lien de la croire actuellement à Balli. Mislress Fitzpatrick lui répondit avec beaucoup de franchise, que Texécution de sou projet avait été arrêtée par l'arrivée d'une personne qu'il n'élait pas nécessaire de nommer. <' En un mot, ajouta-t-elle, j'ai é(é atteinte dans la route par mon mari; car, pourquoi affecterai-je de cacher ce que le monde sait trop à présent ? j'ai eu le boidieur de lui échapper de la manière la plus surprejianie, et je \ais maintenant à Londres avec celte jeune dame, qui est une de mes proches parentes, et qui vient d'échapper à un tyran aussi cruel que le mien. »

Concluant de ces derniers luotscjue ce tyran était encore un mari, sa seigneurie prononça un discours rempli de compliments pour les deux dames , et d'invectives contre son propre sexe. Il se permit ai:ssi, il faut le dire, quelques allusions détournées contre l'institution du mariage elle-même, et l'injuste pouvoir qu'elle donne à riiomme sur la portion la plus sensible et la plus parfaite de l'espèce humaine- Il termina son discours par l'offre de sa pro-

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lection et de son carrosse à six clievaux, qui flit anssilot accepté par mistress Fitzpatrick , et enfin, à sa vive sollicitation, par Sophie.

Tout étant ainsi convenu , le lord se retira, les dames se mirent au lit, et là mistress Fitzpatrick n'entretint sa cousine que des brillants éloges que méritait le caractère du noble pair. Elle s'étendit surtout plus particulièrement sur le grand amour qu'il avait pour sa femme, disant entre autres choses, qu'elle le croyait peut-être le seul mari de son rang qui fût réellement fidèle. « Je vous assure, ma chère Sophie, ajouta-t-el!e, que c'est une vertu trèsrare parmi les gens de qualité. Ne vous y attendez pas quand vous vous marierez, car, croyez-moi , si vous y comptez , vous serez certainement trompée. »

A ces mots , Sophie poussa un léger soupir qui -contribua peut - être à lui procurer un songe peu agréable ; mais comnie elle n'a jamais révélé ce songe à personne , le lecteur ne peut pas s'attendre à le trouver

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