LIVRE VIII, CHAPITRE III. I
^lière , qu'elle lui rapportait chaque jour un revenu passablement honnête de soufflets, par exemple, de coups de pied au cul, et autres politesses semblables , de la part des étrangers qui savaient assez peu leur monde pour ne point goûter ses plaisanteries. Le petit Benjamin (c'était son nom) n*en était pourtant pas plus sage; et, quoique ses petites libertés eussent été souvent mal accueillies, la passion de faire \e gentil était si fort enracin^ée en lui, qu'il était incapable de taire une idée bonne bu mauvaise, dès que l'occasion se présentait de la mettre au grand jour. Il avait encore d'autres singularités dans le caractère, dont je ne ferai pas mention , pour laisser au lecteur le plaisir de les discerner lui-même à mesure qu'il fera une plus ample connaissance avec ce rare personnage.
Jones, qui avait des raisons pour être impatient d'êtrehabillé , et qui s'ïi percevait que le barbier ne finissait pas de lui savonner le menton , le pria enfin de vouloir bien se dépêcher. A quoi l'autre répondit gravement
( car de sa vie il n'avait ri ) : Festina lente
l8 TOM JONES.
est un adage que j'ai appxis long*temps a^^^ que d'avoir touché le raaoir.
L'ami , répliqua Tom , j'aperçois que '\^oi êtes savant. Pauvre savant! dit le barl^t/éy
non omnia possumus omnes. Encore Y dL^ Jones; je crois parbleu qu'il récite des ters Pardonnez-moi, Monsieur, dit Benjamin ,non tanto me dignor honore,.. Et, en procé* dant àson opération : Monsieur, ajouta-t-il, depuis que je me mêle de la beuverie y je n'ai trouvé que deux raisons qui la justifiassent : l'une, le désir d'avoir de la barbe; l'autre , celui d'en être débarrassé. Et j'ose* rais conjecturer, mon cher Monsieur, que l'un de ces motifs vous a sans doute engagé à en tâter, il n'y a pas encore long-temps, pour la première fois. Sur mon honneur, vous avez très-bien réussi! On peut dire de votre barbe , qu'elle est tondendi gravior,,. Et moi , je conjecture , lui dit Jones , que vous êtes un drôle de corps.
Vous vous trompez, répondit le raseur; je suis trop attaché aux matières philoso^ phîques : hïnc iUa lacryma ! Monsieur, voilà d'où vient mon infortune : trop de savoir a