LIVRE Xî, CHAPITRE IV. 2o
raconterai pas tous les transports extra vagans que m'inspirèrent à la fois ma douleur et mon désespoir. J'avaif eu le temps, avant son retour, de me*soulager par mes larmes. Il revint ; et , feignant de ne pas s'apercevoir de mon état, le traître alla à l'autre bout de la chambre rêver dans un fauteuil. Enfin, lassé de mon silence : £h bien! Madame, me dit-il, avec un sourire ironique, peut-on savoir si vos coffres sont faits ? Vous n'ignorez sans doute pas que le carrosse doit être prêt demain au point du jour ?
Ma patience était à bout. Oui , Monsieur, je le sais... Mais mes coffres ne sont pas faits; et cette lettre y doit trouver sa place.
£l je la lui jetai, en l'accablant des plus sanglans reproches.
Soit que la honte, soit que le sentiment intérieur de son crime l'eût accablé, M. Fitz- Patrick ne marqua point de colère. Il essaya, au contraire, tous les moyens qu'il crut les plus propres à me calmer. Il me jura que ce qui me piquait le plus dans cette lettre ne venait pas de lui, et qu'il n'avait jamais II. i8
ap6 TQM JONES.
pensé à rien écrire de semblable. Il m'avoua qu'il avait fait mention de son mariage à M. Cosgrjivef et de la préférence qu'il me donnait sur ma tante ; mais il nia, avec mille sermons, d'en avoir mandé des raisons dont la bassesse l'iosukait lui-même. Il convint seulement d'avoir marqué, en termes généraux, quelque espérance d'un prochain mariage, forcé par le besoin où il se trouvait de crédit ou d'argent, attendu sa longue absence de chez lui , et dont ses affaires domestiques avaient beaucoup souffert C'était, ajouta- t-il, ce qu'il n'avait jamais osé me dire, et la seule raison qui l'eût réduit à me presser si fortement de passer en Irlande avec lui : proposition qu'il ne m'eût jamais faite, si des extrémités aussi cruelles eussent permis qu'il pût s'en dispenser. Les protes-
I tations et les caresses les plus tendres ache-
r^ vèrent une justification qui me parut plus
vraisemblable que je ne l'avais pensé d'a-
j bord. •
Une circonstance qu'il n'avait pas eu soin
I de relever parlait même encore, suivant
moi, très- fortement en sa faveur. Il était