LIVRE XI, CHAPITRE IV. 2O
isse du caractère de mon époux , je cessai de l'aimer ; je détestai jusqu'à sa vue.
Sitôt que ma vingtième année accomplie lui permit la libre disposition de mes biens, notre maison nagea dans l'abondance, et ne désemplit pas de voisins aussi grossiers, aussi crapuleux que mon époux, qui l'aidèrent assidûment à dissiper le patrimoine de sa femme. J'avais du moins alors une consolation : je ne le voyais presque pas.
Heureuse encore si j'eusse pu également m'affranchir d'une autre compagnie qui ne m'était pas moins désagréable : j'entends, hélas ! celle de mes accablantes idées, qui . me déchiraient nuit et jour. Il ne me manquait qu*un malheur, c'était celui de me voir mère de la part du mortel que j'abhorrais et méprisais le plus. Je ne pus l'éviter; et je passai par toutes les horreurs d'un état mille fois plus pénible dans ces fatales circonstances, que lorsque nous avons à le souffrir pour quelqu'un qui nous est cher.
Je supportai, dis-je, tous les maux de l'enfantement dans un désert, ou plutôt dans
une taverne, car telle était alors notre mai'
aie TOM JONES.
son; sans amis, sans parens, sans secours, sans aucune de ces attentions qui non-seu^ léfcnent soulagent, mais compensent peutêtre iquelquefois les souffrances de notre sexe dans des momens là douloureux.