‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 3)Chapitre 154 sur 165 · LIVRE XII, CHAPITRE YI. a8l · texte numérisé non relu

LIVRE XII, CHAPITRE YI. a8l

ccoutumée à en recevoir de pareils , ce irince fit couvrir une table de quelques provisions choisies, où, s'étant assis avec tl. lones, il lui tint à peu près ce discours : e ne doute pas, Monsieur, que vous n'ayez cuvent vu de mes gens en partis détachés, :ar ils rôdent partout; mais je crois que vous l'en vîtes peut- être jamais tant ensemble ; )t vous serez bien plus surpris sabs dpute ]uand vous saurez q^e les Égyptiens sont tussi bien gouvernés qu'aucun peuple vivant ur la surface de la terre'l

J'ai l'honneur d'être leur souverain; et »cut-être jamais monarque n'eut de sujets (lus attachés ni plus soumis. J'ignore encore [uelles vertus ont pu m'acquérir leur esime ; mais je puis me vanter de n'avoir jaaais songé qu'à les rendre heureux. £t, ommentpourrais-je ne pas aimer de pauvres ;ens qui ne parcourent l'univers, qui n'a- ;issent et ne respirent que pour faire vivre eur roi? Ils connaissent mes soins et mes (entimens pour eux, et ma tendresse seule (n'est un sûr garant de la leur.

.11 y a mille ou deux mille ans, plus ou

aSa TOM JONES,

moins, je ne puis vous fixer plus précisément l'époque, ne sachant ni lire ni écrire; il y a fort long-temps, dis-je, qu'il arriva une révolution parmi les Égyptiens : cette nation avait alors des seigneurs. Ces seigneurs, gui- j < dés par l'ambition, se firent la guerre les » uns aux autres ; mais le roi les fit tous périr, i et établit une égalité parfaite parmi tous ses I sujets. Depuis ce temps, nous sommes tous I heureux; personne n'ambitionne ni ne brigue I la royauté : c'est la charge la plus pénible I de l'étal. Rien n'est si fatiguant que d'être I sans cesse occupé à rendre justice à ses égaux; k et j'ai mille fois envié le sort du dernier de mes sujets, surtout lorsque l'équité me forçait à punir ou mon parent ou mon ami; car, quoique nous respections le sang humain, nos châtimens n'en sont pas moins sévères: < la honte en fait la base. Un Égyptien, une fois flétri, n'ose lever les yeux sur lui-même; et j'en ai peu connu qu'il ait fallu punir deux j fois...

Sa majesté en était là, lorsqu'une rumeur soudaine se fit entendre dans la grange. Les caresses des Bohésmion^ avaieht dissipé par

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