‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 3)Chapitre 28 sur 165 · LIVRE Vin, CHAPITRE VlII · texte numérisé non relu

LIVRE Vin, CHAPITRE VlII

Ils marchèrent alors quelques instaus sans se rien dire. Jones soupirait, et Partridge bien plus amèrement encore, quoique par un autre motif, lorsque notre héros, en s*arrctant tout à coup, et en prenant la main de Partridge : Qui sait, lui dit-il, mon ami, si la plus charmante des créatures n'a pas en cet instant les yeux ûxés sur cette même lune que je regarde avec tant de plaisir ?... Cela pourrait n'être pas... impossible, répondit l'autre; mais si les miens étaient dans cet instant fixes sur un bon aloyau, le diable pourrait emporter la lune et ses cornes ayant qu'elle obtînt de ma part le plus léger coup d'oeil... €ette réponse est bien d'un cannibale ! s'écria Jones. Mais, dis-moi, mon cher Benjamin, ne fus-(u jamais amoureux?....

Hélas ! répondit-il en soupirant :

Injandum, regîna, jubés renovare dolorem,

Plùt au Ciel que ce malheur ne me fôt jamais arrivé !... Ta maîtresse était donc bien cruelle, lui dit Jones?... Tu n'en étais donc pas aimé?

Jugez-en vous-même, Monsieur, lui dit

Partridgc, puisque la chienne ne m'époB&j que pour avoir le pkînr de me faire enreger d'aulaat plus h son aise. Mai», grftcea an Ciel, elle ii'esl plus; et, si j'i in agi nais qu'elle habitât roaintenanl dans la lune, ainsi que le prétend certain auteur dont lenoOini'eM indifférent , la peur de la revoir m'empêcherait de jamais regarder cet astre. Je voudrai* cependant , uniquement par pur égard pour vous, que cette planète làzarre devînt (tnrt à coup un miroir , et que votre chère .Sophie se trouvât placée vis-à-vis... Ah cher Partridgel s'écria Jones, quelle heureuse pensée ! L'imagination seule du plus tendre des amans a pu la faire naître. O mon ami 1 que ' ne piiis-je seulement espérer de la revoir un jour ? Hélas 1 mon rêve était délicîenx : il s'évanouit pour jamais 1... L'excès de mon malheur présent ne peut être adouci que par l'oubli de mon bonheur passé.

Et pourquoi, répondit Partridge, pourquoi désespérer de revoir l'aimable Sophie!

Si vous vouliez m'en croire , non-seulemeat vous pourriez la revoir, mais vous pourrin même la posséder.

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