‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 3)Chapitre 40 sur 165 · LIVRE VIII, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CHAPITRE X

jeune. Le plus cher désir de mon père était de nous donner une bonne éducation;. mais mon aUtéy qui, malheureusement pour lui, était le bijou de ma mère, crut toujours devoir se dispenser de rien apprendre : de sorte qu'après avoir passé sans fruit cinq ou six années à Técole, mon père, averti par son maître de l'incapacité volontaire du disciple, se vit forcé de le, retirer des mains de ce pauvre homme, qu'il plaisait à ma mère d'appeler lé tyran de son fils.

Oh l que j'ai connu de ces mères-là ! s'écria Partridge, et qu'elles m'ont fait enrager! De tels parens sont plus dignes d'être fustigés que leurs enfans mêmes. Jones reprocha un peu aigrement au pédagogue son intempérance de langue; et le solitaire continua ainsi :

Mon frère donc, à l'âge de quinze ans, après avoir borné toutes ses connaissances à celle de son fusil et de son chien, était pav^ venu au sublime degré de tuer aussi adroitement un lièvre au gîte, qu'une corneille en l'air : grand motif d'admiration pour les paysans de notre village , et de satisfaction pour ma mère.

Le sort de mon frère me parut d'abon bien plus gracieux que le mien ; il était libri et j'étais sous la férule; mais je «han{,'e3 biËn(6t d'avis. Accoutumé de bonne heure a travail, le travail me devint aisé; il me de vint même agréable, au point que les joui de fèteet de congé étaient pourmoidesjoui d'ennUi. M& mère, qui s'en aperçut, et qi avait le désagrémedt d'entendre -vanter mo ■{^lication et mes progrès par tous les gen tilshommeS du caBton, ne tarda pas à crain dre que mon père ne vînt peut-être ù m'ai mer trop. Elièprévlnt cet inconvénient, qt «roieaitses desseins par rapport àmonfrèn en me rendant la maison pitemélle à t< point odieuse, que je demandai à aller à Ox ford, où je continuai mes étsdes jusqu'à moment où l'accident le plus fatal, en met tant fin à mes travaux littéraires , devint 1 source de tous les malheurs de ma vie.

Nous avions dans notre collège un jenu geUdlhomme, nomitié sir George Greahan propriétaire d'nn trèfr^rosbien, etqiii, pa le testament de sou père, n'en (louvait libre meut disposer qu'à l'âge de vinj^-dnq an;

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mais qui, par la facilité de ses tuteurs, se trouvait eh état de faire une dépense extrémemetit considérable pour un écolier.

A travers toutes les mauvaises inclinations que ce jeune hoimme avaié reçues de \a nature, il en était une que je puis, sans rien exagérer, appeler diabolique. Son suprême plaisir était de ruiner tous les jeunes gens dont la fortune était inférieure à là sienne, en les entraînant insétisiblement dans des dépenses auxquelles leurs facultés ne pouvaient long-temps iubtenir. Plus sa victime avoit acquis quelque degré d'estime dans runivdrsité , soit par les mœurs, soit par la science ou pal' Tattachetnent à l'étude, plus le traître était enchanté de tiîompher de sa ruine.

Ma mauvaise étoile voulut que je me trouvasse eii liaison avec lui : ma petite réputation s'était trop étendue dans Oxford , pour q\i*il île me crèt pas un objet digne de àe^ attentibhs; aussi nte négligea- t^ilaiucune des avances capables' de lui concilier mon amitié. Mon propre penchant concourut bientôt au succès de ses mauvais d^si^cins; car, quoi-

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que j'aimasse passionnément l'étude , je comr mençais à envisager déjà d'autres plaisirs^ que je présumais devoir être plus doux.

J'étais vif, plein de feu, un peu. fier, et mon cœur palpit&it toujours à la vue d'une»

femme.

Je ne fus pas plutôt des amis de sir George^ que je partageai ses plaisirs. Aussi vain sur cette nouvelle scène, que je l'étais sur l'autre, je me serais cru déshonoré d'y jouer les seconds rôles; et j'excellai si bien dans les premiers, que jamais débauché d'Oxiford ne se fit un nom plus célèbre. Sir George même, aux yeux de l'université, ne passa bientôl plus que pour mon disciple ; et ce ne fui qu'à force de protections et de promesses que j'évitai la honte d'être enfin chassé in collège.

Vous croirez aisément. Monsieur, que ce nouveau train de vie était incompatible avec de nouveaux progrès dans les sciences; ei que plus je m'attachais au plaisir, moinà j( m'appliquais à l'étude : mais^ce n'éta|j. pa: tout.

Mes dépenses étaient parvenues au poin

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