LIVRE X, CHAPITBE VI. l
faite à son père de ne plus résister à sa volonté , avait tellement enchanté le bonhomme, que toute la maison s'en était ressentie au souper. La bière avait été si libéralement versée dans la cuisine, qu'avant minuit tout était ivre dans le château, excepté madame Western et sa nièce.
Le lendemain, de grand matin, un messager fut dépéché à M. Blifil , pour l'avertir des heureuses dispositions de sa future, afin qu'il vînt les confirmer par sa présence. On peut juger s'il y manqua.
A son arrivée, le déjeuner fut servi dans la plus belje salle du château , et l'on dépêcha un laquais pouf en avertir Sophie.
Divin Shakespeare, que n'ai -je ici ta plume ! Sublime Hogarth, que n'ai-je ton pinceau ! je tâcherais peut-être de peindre, avec quelque succès, l'air pâle et triste, les regards effarés et les frémissemens réitérés du malheureux domestique, lorsqu'il vint annoncer, en tremblant, à l'assemblée.....
que l'on ne trouvait point Sophie !
On ne la trouve point ! s'écria M. Western en se levant de son fauteuil. Mort!
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tête ! veutre ! sang et furies ! Qiie dis-tu, traître ?... On ne la trouve point î où donc est-elle ?
Doucement, mon frère , lui dit la froide et politique sœur. Vous vous passionnes toujours, et toujours sans savoir pourquoi.
Ma nièce, j*en suis sûre, se promène actuellement dans le jardin... et vous voilà aux champs ! Vous semblez prendre à tâche de déraisonner si souvent, qu'on ne pourra bientôt plus vivre icL
Oh!... dans ce cas, rép<5ndit-il , en rentrant aussi promptement en lui-même qu'il en était sorti, si ce n'est que cela, à la bonne heure : mais, sur mon âme ! la réponse de ce drôle-là m'avait d'abord renversé la cervelle... Que l'on sonne la cloche ; que l'on cherche dans le jardin; qu'on \m dise que nous sommes ici.
Après cet ordre, M. Western se replongea tranquillement dans son fauteuil.
Deux choses ne furent jamais plus exactement disparates que ce frère et cette sceur. L'un ne prévoyait jamais, n'entrevoyait même jamais rien dans l'avenir, mais sai-