LIVRE VI, CHAPITRE IV. aiQ
regardant tendrement.. Hélas! pourquoi m'a voir sauvé la vie ?... Nous serions moins infortunés!
Ciel ! que me dites-vous, repartit Jones.
£st-il pour moi quelque supplice plus horrible que de me voir témoin de tout ce que souffre Sophie ?
Sa voix et ses regards, en prononçant ces mots, étaient embrasés du feu de sa passion.
Il se saisit de la main de Sophie , que cette fille, trop occupée de sa douleur, ne songea guère à retirer... Tous deux étaient muets, tandis que leurs yeux mouillés de larmes, et fixés l'un sur l'autre, lisaient mutuellement dans leur âme.
Sophie, enfin, revint assez à elle-même pour presser de nouveau son amant de sortir au plutôt de chez elle, en lui faisant eurtendre qu'elle se croyait perdue si on fes y trouvait ensemble.
Tom la tranquillisa , et la surprit encore
davantage, en l'assurant qu'il y était par
ordre de son père, qui lui avait appris toute
l'aventure de l'après-dînée.
C'est en faveur d'un odieux rival, s'écria-
t-il, c'est en faveur de ce même Blifil, qu'il croit que je viens vous parler... Mais que n'eussé-je point promis pour pouvoir pénétrer jusqu'à vous?... Parlez, parlez -«oi donc, chère Sophie; consolez mon cœur affligé... Quelqu'un jamais peut-il aimer si tendrement que moi !... Quoi, vous êtes assez barbare pour m-'envier cette main adorable, tandis que ce moment fatal va peut-être nous séparer pour jamais l'un de l'aulre!...
Hélas ! il ne fallait pas moins qu'une aussi triste occasion pour surmonter tout le respect que vous aviez su m'inspirer !...
Sophie alors levant sur lui des yeux où toute l'énergie du sentiment était vivement exprimée : Hélas ! que veut donc M. Jones?
s'écria-t-elle; que prétend-il que je lui dise?
Promettez, promettez seulement, répliqua-t-il en soupirant, que vous n'épouserez jamais Blifil.
• Arrêtez ! répondit Sophie, le son même de ce nom détesté est mortel pour mon cœur!
Soyez certain que jamais il n'obtiendra rien de ce que je pourrai lui refuser... Achevez, adorable Sophie ! ajouta Jones en lui bai-