‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 4)Chapitre 147 sur 170 · LIVRE VII, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE VII, CHAPITRE III

que je crois l'avoir entendu... HonOrd, lui dit SoJ)hie, tu viens de me surprendre, de m'effrayer au point qu'il me reste à peine la force de parler... Dis-moi, chère Honora, que ferais-tu dans le cas où je suis ?... Moi , Madame, dit-elle, j'épouserais M. Blifil. Il est jeune, il est riche, il vous aime; et vous pourriez l'aimer un jour. L'autre est mieux fait et plus aimable, j'en conviens : mais voilà tout ; et c'est vouloir vous perdre que... Honora, fière d'être consultée par sa maîtresse, allait donner carrière à la prolixité de ses avis , lorsque Sophie lui coupant la parole : J'aimerais mieux, dit-elle, me plonger un poignard dans le sein, que d'épouser ce monstre... Tais-toi; laisse-moi réfléchir... Oui, c'en est fait... j'y suis déterminée: je pars dès cette nuit; je fuis, je quitte pour jamais la maison de mon père... Si tu m'aimes, tu me suivras.

Doutez-vous de mon zèle? s'écria la duègne, que lé moment présent avait toujours droit de subjuguer. Doutez-vous que je ne sois prête à vous suivre au bout du monde naême ?... Daignez cependant réfléchir aux

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suites d*une telle entreprise. Qu'allez-^oos ^ devenir? et quel est votre but? Où voulezvous aller?

A Londres, répliqua froidement Sophie.

Je me souviens d'une parente, femme du plus haut rang, qui a passé quelques mois à la campagne de ma tante, et qui, dès lors m'aimait assez pour m'avoir fortement priée d'obtenir de mon père d'aller passer quelque temps chez elle. Je compte y être bien reçue... Je ne m'y fierais pas, interrompit la t femme de chambre : ma première maîtresse avait la manie d'inviter ainsi toutes les dames campagnardes à la venir voir en ville; mais, à leur arrivée, elle n'étair jamais chez elle. D'ailleurs, quand celle-ci saura que vons vous êtes sauvée de la maison paternelle.t.

Tu te trompes encore, lui dit Sophie:

l'autorité d'un père est d'un faible poids aux yeux des gens de cette espèce. Quand je la lui objectais, pour me dispenser de la suivre à Londres, sans le consentement de M. Western, j'étais l'objet perpétuel de ses plaisanteries. Ainsi j'ai lieu d'espérer un asile et I la protection de cette dame, jusqu'à ce que | .

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mon père, me voyant hors de sa puissance, consente enfin de revenir à la raison.

Honora, satisfaite de ce côté, se retrancha sur nombre d'autres objections. Comment sortir du château sans être vues? Quels chevaux, quels domestiques pourrait- on se procurer ? Comment affronter seules les rigueurs de la saison, les voleurs et les autres dangers d'un pareil voyage ?

Sophie, affermie dans son dessein, trouva réponse à tout Nous partirons la nuit, ditelle ; nous trouverons des chevaux dans la ville la plus prochaine; et ce serait un grand hasard que nous fussions attaquées dans le peu de chemin que nous avons à faire d'ici là. En un mot, si tu veux me suivre,- je te promets une récompense qui surpassera ton espoir.

Ce dernier argument prévalut. Il ne fut plus question que de s'arranger sur la façon de sortir du château, et d'un obstacle trèsdifficile à surmonter : c'était comment emporter leur bagage. Cet article n'intéressait guère Sophie : une fille résolue à suivre, ou à fuir un amant, s'embarrasse très-peu de

ce qu'elle laisse après elle. Honora n pas dans le cas de penser ainsi : Tai n'inspirait à son cœur ni espoir, ni cra et la valeur réelle de ses nippes ^ qu saient toute sa fortune, l'occupait fortei La nécessité, mère de l'inventioi suggéra enfin le moyen de sauver sa garderobe. Ce fut celui de se faire cl par Sophie , dès le soir même. L'expt fut approuvé; et la femme de chai après avoir promis à miss Western c fournir, dans la journée, matière pk suf&sante pour être mise à la porter se gea d'emporter dans son paquet tout < pourrait leur être nécessaire pour le vc

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