CHAPITRE IV
Altercatioas.
HoiroR4 D'eut pas plutôt quitté Sophie, pour se disposer à jouer son rôle, que quelque chose lui suggéra qu'en sacrifiant et sa maîtresse et son secret à M. Western, elle ferait infailliblement sa fortune. Plus d*une considération la pressait de faire cette dé~ couverte : la perspective séduisante d'une récompense égale à un si grand service flattait son amour pour l'argent; les dangers de l'entreprise à laquelle elle avait eu la faiblesse de consentir, l'incertitude du succès, la nuit, le froid, les voleurs, les ravisseurs même, tous ce^ objets ajoutaient à ses craintes.
D'autre part, un voyage à Londres, après lequel elle aspirait depuis long-temps; les délices vantés, et mille fois exagérés dans son esprit, qu'elle croyait aller goûter dans
cette grande ville; la récompense annoncée ^ar Sophie, beaucoup plus libérale que son père ; les remords anticipas d'une si noire trahison , et surtout l'amitié sincère qu'elle avait pour sa msu tresse, faisaient pencher la balance en faveur de Sophie. Mais une idée d'un bien autre poids pensa tout perdre. Sophie était mineure; ses promesses ne pouvaient de long - temps être réalisées:
quoique héritière de sa mère, quoique légataire d'une somme considérable de la part d'un de ses oncles, mort depuis peu, elle n'était point d'âge à pouvoir disposer de rien; mille accidens très - imprévus pouvaient encore dans la suite mettre obstacle à sa générosité; tandis que la récompense qu'on avait droit d'attendre de son père était dans le cas d'être acquise et acquittée dans le moment.
Ces différentes . réflexions troublaient étrangement mademoiselle Honora, et peutêtre eussent été fatales à Sophie, si le hasard n'eût pas produit un incident qui leva tous les obstacles, et soutint la fidélité de la femme de chambre.