LIVRE YII, CHAPITRE V
; lorsqu'un honnête quaker en s'approchant, le chapeau sur la tête : Ami, dit-il à Tom, j'aperçois que tu t'es égaré. Si tu veux m'en croire, tu ne marcheras pas la nuit; elle est obscure ; la route est difficile, et depuis quelques jours on y rencontre des voleurs. L'hôtellerie prochaine est bonne; crois-moi, profites-en pour tes chevaux et pour toi-même jusqu'à demain matin.
Jones j quoique surpris du ton familier de l'inconnu, adopta le conseil, et suivit le quaker à l'hôtellerie du village.
Tom était bien vêtu, et marchait avec deux chevaux : il fut bien accueilli par l'hôte, qui le pria cependant d'excuser s'il n'était pas traité suivant son rang, attendu que sa femme, qui était absente depuis le matin, avait, disait-il, emporté ses clefs.
Notre héros avait la tête trop chargée pour faire attention au compliment: il ne désirait que d'être seul, pour se livrer à toute sa mélancolie. Le quaker, qui s'en aperçut, en eut pitié, et lui fit tai\^ d'instances, que Jones se vit forcé de rester, avec lui.
274 ' '^on jo|fS9.
Après un assez long silence ,< le quaker, qui croyait n'être que charitable, et qui peut-être était également curieux, élevant tout à coup la voix : Je crois, dit-il, ami, que ton cœur n'est pas à son aise^ Mais pourquoi te laisseï' abattre ? Si c'est un ami que tu pleures, tu dois songer que tout homme est né pour mourir. De quel secours lui sont tes larmes ? L'homme doit apprendre à souffrir; la peine est son partage : j'ai les miennes ainsi que toi, et peuf-être plus grandes. Avec un bien de cent livres sterling de revenu, mais qui ne doit lien à personne, et qui suffit à mes besoins; avec une conscience qui, grâce au Ciel, connaît peu les remords; avec un corps robuste, un cœur humain et pacifique... ami, je suis cependant plus malheureux que toi.
J'en suis sincèrement fôché, répondit Tom en soupirant
Ah , mon ami ! répliqua le quaker, c'est ma fille, c'est une fille unique qui me rend malheureux I Elle seule ici bas faisait toute ma félicité :elle m'a quitté cette seniaine; elle Vest enfuie de chez moi pour épouser un