CHAPITRE VI
Réveil de Jones.
Tout dormait ou était censé dormir dans rh^tellerie, lorsqu'un grand bruit se fit entendre à la porte de derrière, que Ton menaçait d'enfoncer. L'hôte, qui ne sommeillait que d'un œil, depuis ce qu'il avait appris de Jones, se hâta d'y courir, et vit en un instant sa cuisine pleine de gens armés, et agissant chez lui comme dans une forteresse prise d'assaut Contraint de céder à la force, il descendit dans sa cave pour chercher de quoi rafraîchir ces redoutables hôtes, et ne fut pas peu surpris à- son retour de trouver Jones éveillé, et jasant familièrement avec eux. Pour le coup, il se crut perdu. Ses idées, brouillées par le sommeil et par la crainte, ne lui montrèrent plus en Jones qu'un scélérat qui, d'accord avec
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les antres , avait comploté le pillage de sa maison.
Tandis qu'il se livrait à ses terreurs, Tom s'entretenait paisiblement avec celui qui paraissait commander, et de qui il apprit que la troupe qu'il conduisait était une compagnie de recrue pour l'armée du duc de Cumberland, destinée à combattre les rebelles d'Ecosse.
Tom était né courageux; on a déjà même aperçu qu'il avait sur ce point des idées un peu romanesques. Celle d'être utile à sa patrie, en s'opposant à ceux qu'on lui peignait comme n'ayant d'autre but que d'en renverser les lois et la religion , échauffa tout à coup sa têle. Le projet d'aller chercher à s'enrichir sur mer, dans de pareilles circonstances, ne lui parut, dans cet instant, que peu digne de lui: le titre de volontaire dans une expédition d'où dépendait le salut de sa patrie lui sembla plus honorable. Ce parti pris en xin instant, et proposé à l'officier, fut accepté avec ardeur : on loua le courage du nouveau camarade; on but largement à la santé du roi George et à la sienne;