‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 4)Chapitre 160 sur 170 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Grande ayenture.

Taitdis qiie le chirurgien était allé faire . coucher le malade, le bon lieutenant resta, avec l'hôtesse, à qui il le recommanda expressément. Il croyait Tom en- grand danger; çt le rapport du chirurgien, à son retour, ne fit que confirmer cette pensée. Sur quoi le lieutenant donna les ordres les plus précis pour la garde de M. Northerton, en attendant qu'il pût lui-même le faire conduire le lendemain chez un juge de paix.

Son intention était de suivre rigoureusement cette affaire, et de confier la conduite de la compagnie, jusqu'à Glocestre, à l'enseigne français, qui, sans savoir nilire, ni écrire, ni parler intelligiblement aucune langue, était pourtant un très-bon officier.

Le soir, notre commandant, inquiet de X. a5

Tétat de Jones, lui fit demander si sa visite ne lui serait point importune. Tom lui fit dire qu*il serait le très-bien venu. Mais quel fut Tétonnement du lieutenant, lorsqu'en entrant avec précaution dans la chambre du prétendu malade, il le trouva levé, et dans le meilleur état du monde ! Cette résurrection subite, après y avoir un peu réfléchi, lui parut cependant suspecte, attendu le genre de la blessure. Mais les raisonnemens de Tom détruisirent bientôt ces soupçons. Le malade avait dormi cinq ou six heures de suite; il ne se sentait à la tête qu'une douleur assez légère, el bien plus supportable, disait-il, que l'abstinence et Teau de gruau à laquelle son Esculape l'avait impitoyablement condamné.

Je suis, je vous jure, enchanté, lui dit le lieutenant en l'embrassant, de vous trouver infiniment mieux que je n'osais m'en flatter, après l'état où vous m'aviez paru tantôt : je le serais bien plus encore de vous croire assez rétabli pour pouvoir, sur-le-champ, vous faire justice à vous-même. Lorsqu'il s'agit de coups reçus, la plus prompte ven-

LIVBE VII, CBAPITItE YIII. agi

geance est d'autant plus à désirer, que ces sortes il'afTaîres, parmi nous autres, ne sont pas susceptibles d'accommodemenL Mais, encore un coup, je crains que vous ne vous flattiez sur votre état, et que votre faiblesse ne donne à votre ennemi de trop grands avantages.

C'est, répondit Jones, ce que je prétends éprouver, si vous daignez ni'ainier assex pour me prêter une épéc.

La mienne et mon cœur sont à vous, s'écria le vieux militaire, en le serrant de oou- Teau dans ses bras : vous êtes un brave garçon , que j'estime et que j'aime. Mais je ne souffrirai pas que vous vous battiez dans l'étatot'ivousétcs.Vous serez, dans quelques jours, assez fort pour rejoindre la troupe:

nos journées sont courtes ; et je vous* jure par l'honneur, qu'après vous avoir fait tirer raison de votre bomme, je le ferai chasser du régimenL II n'en est point des blessures de l'honneur comme de celles du corps:

les dernières veulent être guéries; une semaine de délai n'est d'aucun préjudice aux

2ga TOM JOKES. '

Jones, prévoyant qu'il ne gagnerait rien sur l'esprit du lieutenant, se-garda d'insister. Il demanda à souper; et, après avoir mangé de très-bon appétit, son ami, charmé d'une si prompte convalescence, lui souhaita le bonsoir.

Mais Tom, dont ce repas avait achevé de rétablir les forces, et qui, au gré de son courage, ne pouvait trop tôt venger l'affront qu'il croyait avoir reçu, roulait bien d'autres idées dans sa tête.

Il se souvenait des caresses qu'il avait reçues du sercjent, et des offres de service que cet homme lui avait faites dans la route. Il voulut le mettre à l'épreuve, et le fit prier de passer dans sa chambre. Le sergent, qui allait se coucher, se rhabilla, et vint dans le monu^nt. Tom s'aperçut bientôt que le vieux ^oudart n'était pas à jeun : d'où il jugea qu'il n'avait pas de grands détours à prendre pour venir à son but.

Après avoir témoigné au sergent qu'il n'avait pu se résoudre à se rendormir sans le voir, Tom fit tomber la conversation sur le métier de la guerre, qu'il venait d'embras-

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