CHAPITRE IL
Caractère de M. Sqnare le philosophe, et de M. Toaiiun
le puritain.
Ce convive, qui depuis quelque temps demeurait chez M. Alworthy, se nommait Square. Ses talens n'étaient pas du premier ordre ; mais une éducation savante y avai suppléé. Il était fort versé dans l étude des anciens , savait par cœur son Aristote et son Platon, avait cherché à se former sur ces grands modèles: mais, toujours platonicien pour la morale, il était souvent péripatédcien pour la religion.
Quoiqu'il eût établi sa morale sur celle de Platon , M. Square s'accordait assez avec les opinions d 'Aristote lorsqu'il le regardait plutôt comme philosophe que comme législateur; et ce dernier sentiment l'avait ^mené par degrés au point de n'envisa-
ger les vertus que comme des matières de théorie.
Tuakum et lui ne se rencontraient guère sans disputer. Eh , pouvaient-ils être d'accord ?leurs principes étaient diamétralement contraires. Square était convaincu que toutes les vertus étaient dans la nature, et qu'il en était des vices de l'âme comme de la difformité des corps. Tuakum tenait au contraire que l'âme humaine, depuis la chute du premier homme, n'était plus qu'une sentine d'iniquités. Ils ne s'accordaient que dans un seul point : c'est que le mot bonté n'entrait jamais dans leurs disputes. Le premier ne jugeait de toutes les actions que par la règle inaltérable du droit et ^éternelle convenance des choses; l'autre ne connaissait d'autres lois que celles de Vexpresse au-torité.
Après ce léger crayon de leur caractère, le lecteur est prié de se rappeler que letoinistre avait cru accabler M. Alworthy en lui demandant si V honneur pouvait subsister indépendamment de la religion ?
Square se chargea de la réponse, qui