‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 4)Chapitre 59 sur 170 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

OÙ l'auteur parait sur la scène.

Quoique M. Alworthy ne fut pas dispose par lui-même à envisager les choses du mauvais côté, les attentions trop marquées de madame Blifil pour Tom Jones, et la préférence qu'elle lui donnait sur son propre fils, firent pourtant naître dans son esprit des dispositions désavantageuses pour Tom.

Dès qu'il s'aperçut que Blifil n'était pas aimé de sa mère (et cela n'était que trop vrai), il se sentit ému pour lui de la compassion la plus tendre; et Ton sait de quel œil la compassion voit toujours les objets.

Les défauts ne parurent plus que dans l'éloignement, les vertqs se rapprochèrent: Blifil était jeune , la haine de sa mère était injuste, son neveu n'avait plus de père : que fallait-il de plus pour remuer les entrailles de M. Alworthy ?

^O TOM JOHES.

n est vrai cependant que ces moti£s seols n'enssent pas été capables d'éteindre totalement dans son cœur les sendmens qu'il avait pour Tom : mais ils préparaient son âme à recevoir des impressions qui produisirent les grands évènemens que nous aurons bientôt à raconter, et auxquels (il le faut avouer ) l'imprudence et la légèreté de Tom ne contribuèrent que trop !

Nous nous flattons , en les transmettant à la postérité, qu'ils pourront tenir lieu d'une leçon utile aux jeunes gens qui liront un jour cet ouvrage, ne serait-ce que par forme d'amusement Ils pourront se convaincre que la bonté du cœur et la franchise la plus noble, quoique très-estimables à tous égards, et dignes d'enorgueillir quiconque en est doué, ne peuvent seules, hélas ! les avancer aujourd'hui dans le monde. La prudence et la circonspection sont nécessaires au meilleur de tous les hommes : ce sont les .seules sauve - gardes de la vertu, qui sans elles est souvent fatale à ses plus dévoués partisans. En vain nos actions sont bonnes, si nous ne prenons soin qu'elles paraissent

Page 1