‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 4)Chapitre 71 sur 170 · LIVRE IV, CHAPITRE II. Il · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE II. Il

robes ^ du linge et dix schellings en argent. Tom en avait su quelque chose, et c'est ce qui l'avait encouragé à parler enfin à Sophie, qui, charmée d'avoir trouvé l'occasion de l'obliger , lui demanda une grâce à son tour. Une grâce, Madame ! (s'écria Tom) ah !

si vous connaissiez tout le plaisir que m'inspire l'espoir de recevoir vos ordres, vous sentiriez qu'il n'en est point pour moi de plus extrême. Oui, Madame, je vous le jure ! oui, je jure par cette chère main , que je voudrais pouvoir sacrifier mes jours pour vous î...

Il s'était saisi, en s'exprimant ainsi , de la main de Sophie, qu'il baisait et rebaisait avec transport : c'était la première fois qu'il avait osé la toucher. Les joues de cette aimable fille, qui, l'instant auparavant, étaient pâles, se couvrirent tout à coup d'une rougeur qui changea tous les lis en roses: Sophie, pour la premfêre fois, sentit des mouvemens jusqu'alors étrangers pour elle, et qui, lorsqu'elle eut le temps d'y penser, lui dévoilèrent des secrets que le lecteur a sans doute déjà pénétrés.

Dès qu'elle put parler ( et ce ne fut pas

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sitôt qu'elle l'eut veulu ) elle liii dit que Fa* seule grâce qu elle attendait de lui était de moins exposer son père aux dangers de la chasse; qu'on lui avait parlé de leurs excès de manière à la faire trembler chaque jour pour sa \ie; qu'elle le suppliait enfin de faire en sorte que M. Western se ménageât* l'avenir un peu plus qu'il ne l'avait fait ci<* devant

Tom jura sincèrement d'exécUter les or^ dres de Sophie; et, après l'avoir tendrement remerciée des bontés^qu'elle daignait avoir pour George et sa famille, il la quitta comblé de joie de son heureux succès.

Sophie n'était pas moins contente., mais dans un autre sens. Le cœur de mon lecteur^ mâle ou femelle (si l'un ou l'autre eo eut jamais), sentira mieux tout ee t{ui se passait en elle que je ne pourrais le lui dire, eusse -je autant de loudies qu'un poète en pourrait désirer..... pour manger aux dé« pens d'autrui.

M. Western avait coutume l'après-midi, sitôt qu'il était ivre, de s'endormir au ^00 du clavecin. Il était grand amateur de mn-

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3t peut-être même auratt-îl pu passer onnaisseur; car il se déchaînait itoiirontre les plus fameux ouvrages.de . Rien ne trouvait grâce à ses yeux, beau sîmplle et naturel que font Je peut chanter, et qu'on retient dès la re fois : aussi le vieux Sir Simon, Bobbingy et quelques autiries vaude-' le cette .rare «spèce, étaient ses airs > chéris, (Ct les seuls qu'il put trouver

il le, quoique musicienne, et sélée ne de Hendel, trouvait tant de plaisir ier son père, qu'elle s'était prêtée à dre toutes ces belles choses. £lle taourtant, de fois à autres, de le raà ce qu'elle appelait le ^o/t goilt, et it quoique avec peine ;la permission er quelques symphonies modernes, oir même qui avait suivi sa converavec Jones, Sophie, au moment où Te quittait sa bouteille, joua trois suite, et sans se faire prier, tous les v^ris du bonhomme : faveur dont il omble que, s'élançant tout à coup de

son siège , il j ura , en embrassan t tend rement k sa fille , que sa main se perfectionnait tous les jours. L'occasion ne pouvait être plus favorable pour remplir la promesse qu'elle avait faite à Jones: Sophie en profita, et obtint toutes ses demandes.

Le succès de Tom dans cette grande affaire fit du bruit dans le pays : on en parla diversement. Les uns applaudissaient à son bon cœur, d'autres s'en moquaient, et disaient qu'il n'était pas étonnant qu'un vaurien protégeât son semblable.

Blifil surtout en était indigné : il avait toujours mesuré sa haine pour le gardechasse à l'amitié que Tom avait pour lui:

non pas qu'il en eût jamais reçu la moindre offense, mais par pur amour de la religion et de la vertu. Aussi Blifil regarda- t-il son rétablissement comme \in reproche tacite très- offensant pour M. Al worlhy, et soutint-il gravement que nul autre motif n'avait pu induire qui que ce soit à faire du bien à un aussi vil personnage.

Tuakum et Square parlèrent sur le même ton : la jalousie de tous les deux , et surtout

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