‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvé (volume 4)Chapitre 70 sur 170 · LIVRE IV, CHAPITRE II. III · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE II. III

daient à ses yeux supérieare à toutes celles de son sexe : mais , de desseins sur sa personne, il n'en avait aucun. Cet excès dmsensibilité fait sans doute dès à présent mal augurer de lui ; mais peut-être l'en justifierons-nous bientôt.

Sophie, avec toute l'innocence et la modestie d'une fille bien née, avait le cœur tendre et les passions vives. Ses sentimens se développaient si sensiblement dans les conversations qu'elle avait avec Jones, qu'il fallait être aussi jeune et aussi étourdi que lui pour n'en rien apercevoir. M. Western lui-même, si toutes ses idées n'eussent pas été renfermées dans son écurie^ dsms son chenil, en aurait certainement conçu des soupçons. Mais le bonhomme était si loin de là , qu'il procurait lui-même à Tom autant d'occasions de voir sa fille que le pliis tendre amant en eût pu désirer.

Il doit pourtant paraître moins étonnant que ce penchant de Sophie pour Tom eût échappé à tous les yeux, puisque la pauvre fille ne s'en était jamais aperçue elle-même, et q«e son cœur était irrévocablement perdu

avant qu'elle se doutât qu'il fût aeuletneiit en danger.

Telle était la situation des choses, lorsqu'une après- raidi Tom, ayant trouvé Sophie seule, lui dit, d'un ton très-sérienx, qu'il avait une grâce très -importante à lui demander.

Quoique rien, soit dans la contenance, soit dans le propos de Tom, ne dût faire soupçonner à Sophie qu'il eût i lui parler d'amour, certaine émotion qui s'empara tout à coup d'elle ne lui eût pas laissé la force de répondre, si Tom, qui pour lors n'avait que sa requête en tête, ne se fût point hâté de ta ^rer d'embarras en implorant toute sa protection pour son ami le garde-chasse.

Aces mots, Sophie, revenue de son trouble , lui répondit en souriant avec douceur : Telle est donc la grâce importante que vous me demandez d'un air si grave ? Je vous l'accorde de grand cœur : je plains véritablement ce pauvre homme; j'envoyai même hier quelques bagatelles à sa femme.

Ces bagatelles étaient une de ses propres

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