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Fitzpatrick avait été tellement convaincu par mistress Waters de l'innocence de sa femme à Upton , relativement à Jones, ou peut-èlre, par d'antres motifs, il était devenu si indifférent à son sujet, qu'il parla hautement à lord Feilamar en faveur de Jones , prit tout le blâme de l'affaire sur lui, et déclara que Jones s'était conduit tout-à-fait comme un gentilhomme et comme un homme d'honneur. Mylord le pressant de questions sur Jones , Fitzpatrick lui dit qu'il était le neveu d'un gentilhomme d'une grande fortune et d'une grande naissance ; ce qu'il venait d'apprendre de mistress Waters, après l'entrevue qu'elle avait eue avec Dowling,
Lord Feilamar crut alors qu'il lui convenait de faire tout ce qui était en son pouvoir pour donner satisfaction à nn gentilhomme (pi'il avait si grossièrement offensé: et n'ayant plus aucun motif de rivalité ( car il avait tout-à-fait renoncé à Sophie ) ; assuré d'ailleurs , autant par Fitzpatrick que par son chirurgien, que la blessure n'était pas mortelle, il se détermina à procurer la liberté à Jones. Il fit donc ri. 9.i.
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consentir le pair d'Irlande à l'accompagner à la prison de Jones, envers lequel il se conduisit comme nous l'avons déjà dit.
Quand M. Allworthy revint chez lui , il emmena Jones dans sa chambre, et l'instruisit de tout ce qu'il avait appris de mistress AYaters et de M. Dowling.
Jones témoigna beaucoup d'élonnement et non moins de douleur à ce récit, sur lequel il ne fit ni commentaire ni observation. En ce moment M. Blifil envoya demander si son oncle avait le loisir de le recevoir. M. Allworthy frissonna, pâlit, et avec plus de colère qu'il n'en avait, je crois, jamais montré, il chargea le domestique de dire à Blifil qu'il ne le connaissait pas. « Considérez , mon cher oncle , s'écria
Jones d'une voix tremblante — J'ai tout
considéré, et c'est vous, vous-même qui porterez mon message à ce scélérat Il convient
que sa sentence lui soit portée par celui dont il a si lâchement comploté la ruine. — Pardonnez-moi, mon cher oncle; un moment de réflexion , j'en suis sûr, vous convaincra du contraire : oe qui ne serait peut-être
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que justice dans la bouche d'un autre, serait dans la mienne une insulte ; et envers qui ? envers mon propre frère, envers votre neveu. Il ne m'a pas traité si cruellement que vous voudriez que je le traitasse. Celte conduite de ma part serait plus inexcusable que tout ce qu'il a fait pour me nuire. La fortune peut rendre injustes les hommes qui ne sont pas d'ailleurs très- méchants ; mais les insultes ne peuvent provenir que d'un caractère cruel et vindicatif, et n'ont pas même la tentation |)0tn" excuse. Permettez-moi donc de vous conjurer de laisser calmer, avant d'agir, la première chaleur de votre ressentiment. Considérez , mon cher oncle, que je n'ai pas été moimême condamné sans avoir été entendu. » M. Allvvorihy garda un moment le silence, et puis embrassant Jones, il lui dit, les yeux inondés de larmes : « O mon enfant ! à combien de vertus j'ai été si long-temps aveugle ! » Mistress Miller entra dans ce moment, après avoir frappé à la |)orte un petit coup qui n'avait pas été entendu ; la pauvre femme voyant Jones dans les bras de son oncle, tomba à ge-
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noux dans un Iransport de joie, et rendit au ciel les plus vives actions de graces pour tout ce qui s'était passé. Puis courant vers Jones, elle l'embrassa de tout sou cœur, et lui dit ; «« Mon très-cher ami , je vous félicite mille et mille fois de cet heureux jour. » Alors se tournant vers M. Allworthy, elle lui adressa les mêmes félicitations , auxquelles il répoudit : « En vérité, en vérité, mistress Miller, je suis heureux au-delà de toute expression. » Après de nouveaux transports de joie, mistress Miller les pria tous deux de descendre pour dîner dans le parloir, où, leur dit-elle, il y avait une assemblée de gens heureux : c'était M. Nightingale et sa femme, et sa cousine Harris avec son mari.
M. Alhvorthy s'excusa de ne point accepter son invitation , disaut qu'il avait ordonné , dans son appartement, un léger repas pour lui et pour son neveu ; et qu'il avait à l'entretenir d'une affaire très-particulière : mais il ne put s'empêcher de promettre à l'excellente femme d'accepter sou souper pour Jones et pour lui.
Mistress Miller demanda alors ce qu'on fe-
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rait de Blifil : « Car,dit-elle, je ne puis être tranquille tant que j'aurai un scélérat comme lui dans ma maison. » M. Allworthy répondit qu'il n'était pas plus tranquille à cet égard. « Oh bien ! s'écria-t-elle, s'il ne s'agit que de cela, laissez-moi faire, je lui ferai bientôt voir le dehors de ma maison , je vous le garantis. Il y a là-bas deux ou trois gaillards vigoureux. — Il n'est pas besoin de violence , dit Alhvorthy : si vous voulez lui porter un message de ma part, je suis convaincu qu'il ne se fera pas presser pour sortir. — Si j'irai ? dit mistress Miller, je n'aurai de ma vie rien fait de meilleur cœur. » Ici Jones l'anêta, et dit qu'après y avoir plus mûrement réfléchi, si M. Allworthy y consentait , il porterait lui - même le message. « Je suis, ajouta-t-il, suffisamment instruit de vos volontés, et je vous demande la permission de les lui faire connaître de ma propre bouche. Je vous conjure de réfléchir sur les terribles conséquences qu'il y aurait de l'entraîner à un désespoir violent. Il serait aflreux pour lui de mourir dans la situation dame où il se trouve. » Tout cela ne fit aucune impression
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sur mistress Miller, qui s'en alia eu s' écriant: « Vous êtes trop bon, M. Jones, injBnimeut trop bon pour vivre en ce monde. » Mais les paroles de Jones touchèrent davantage M. Allworthy. « Mon cher enfant, dit-il, je n'admire pas moins la bonté de votre cœur que la justesse de votre jugement. Refuser à ce malheureux et le temps et les moyens de se repentir , ce serait offenser le ciel. Allez donc le voir, et servez-vous de votre prudence. Ne le flattezcependant d'aucune espèce de grace; car la religion m'ordonne de lui pardonner sa bassesse, mais elle n'exige pas assurément que nous sovons les bienfaiteurs ou les amis des coupables. »
Jones se rendit sur-le champ à l'appartement de Blifil , qu'il trouva dans une situation qui émut sa pitié, mais qui aurait excité peut-être, chez tout autre, un sentiment moins aimable. Il s'assit sur son lit, où il le voyait livré au désespoir et inondé de larmes, non de ces larmes que fait couler un véritable repentir, et qui lavent les fautes de ceux dont la faiblesse s'est laissé séduire ou surprendre ; luais de