LIVRE xviii
querelle , relativement à leur manière d'élever leurs enfants, chacun dVux méprisant du fond du ccEur la méthode de l'autre. Chacun d'eux s'efforçait donc de pallier de son mieux la faute que son enfant avait comn)ise en aggravant celle de l'autre. Ce désir de triompher de son frère, joint à tous les arguments employés par AlKvorthy, produisit un effet si prompt sur le vieux Nightingale, qu'il reçut son fils d'un visage riant, et consentit à aller souper le soir même avec lui chez mistress Miller.
Quant à l'autre, qui aimait réellement sa illie avec passion, on eut peu de peine à l'amener à une réconciliation. Il n'eut pas été plus tôt informé par son neveu du lieu où sa fille et son mari étaient, qu'il déclara vouloir se rendre auprès d'eux. Et quand il y fut arrivé, il laissa à peine le temps à sa fille de tomber à ses genoux; il la releva aussitôt, et l'embrassa avec une tendresse qui émut tous ceux qui étaient présents. Enfin , en moins d'un quart d'heure, il fut aussi parfaitement réconcilié avec elle et son mari , que s'il les eût lui-même mariés.
Telle était la situation des affaires quand
M. Allworlhy et sa compagnie arrivèrent pour compléter le bonheur de mistress Miller, qui eu apercevant Sophie devina tout ce qui s'était passé; et telle était son amitié pour Jones ' <pie l'idée de son bonheur doubla, s'il était possible, la joie qu'elle ressentait de celui de sa fille.
Il n'y a pas, je crois, beaucoup d'exemples d'une réunion de gens aussi parfaitement heureux que ceux qui composaient cette société. C'était le père du jeune Nightingale dont le bonheur était le moius pur; car malgré son affection pour son fils, malgré l'autorité et les arguments d'Allworthy réunis au motif dont nous avons parlé plus haut, il ne pouvait pas être complètement satisfait du choix de son fils. Peut-être la présence de Sophie lendait-elle un peu à aggraver et à augmenter sa douleur; la pensée que son fils aurait pu épouser cette jeune personne, ou telle autre qui lui ressemblât, se présentait à lui de temps en temps. Non qu'aucun des charmes qui ornaient la peisonne ou l'esprit de Sophie causât ses regrets, c'était le contenu des coffres de son