LIVRE XVIII
fille comme il le trouvait bon ; mais attendu que personne ne le seconda, il fut bientôt remis à Tordre.
Malgré celle petite contrainte, il fut si charmé de la gaieté et de la bonne humeur de la compagnie , qu'il insista pour la réunir le lendemain chez lui. On s'y rendit, et l'aimable Sophie qui avait élé mariée le matin en particulier, officia comme maîtresse des cérémonies , ou, si l'on veut, fit les honneurs de la lable. Elle avait en effet donné, le malin même, sa main à Jones dans la chapelle des Doctors-commons , sans autres témoins que M. Allworlhy, M. Western et mistress Miller.
Sophie avait instamment prié son père de n'instruire de son mariage aucune autre des personnes de la compagnie qui devaient ce jour-là dîner chez lui. Le même secret fut recommandé à mistress Miller, et Jones s'était chargé de prévenir M. Allworlhy du désir de sa nouvelle nièce; ce qui mit, en quelque sorte, à l'abri , la délicatesse de Sophie dans cette réunion, où, par obéissance pour son père et contre sou gré , elle fut obligée de se trouver.
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Dans la confiance que son secret était bien gardé, elle passa la journée assez tranquillement, jusqu'à ce que le Squire, à la fin de sa seconde bouteille, ne put contenir sa joie plus long-temps, et après s'être versé une rasade, but à la santé de la nouvelle mariée. Tous ceux qui étaient présents lui firent raison, à la grande confusion de notre pauvre Sophie, et au grand chagrin de Jones à cause d'elle. La vérité est que cette indiscrétion n'apprit rien à personne, mistress Miller ayant dit tout bas à sa fille ce qui en était, sa fille l'ayant répété à sou mari , son mari à sa sœur, et elle à tout le reste de la compagnie.
Sophie saisit la première occasion de se retirer avec les dames, et le Squire resta au milieu des bouteilles ; iV y fut successivement laissé par toute la compagnie, excepté par l'oncle du jeune Nightingale, qui aimait à boire autant que Western lui-même. Ils veillèrent donc courageusement une partie de la nuit, et long-temps après l'heure fortunée qui avait livré la charmante Sophie aux bras caressants de Jones au comble de ses vœux.
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Lecteur, nous avons enfin amené notre histoire à une conclusion qui, à notre grand plaisir, quoique peut-être contre ton attente, te montre M. Jones le plus heureux des hommes. Car est-il un bonheur dans le monde égal à celui que procure la possession d'une feninie telle que Sophie ? J'avoue sincèrement que je n'en ai pas encore découvert.
Quant aux autres personnages qui ont joue un rôle plus ou moins considérable dans cette histoire , comme quelques-uns de nos lecteurs pourraient désirer d'en savoir un peu davantage sur leur compte , nous allons, aussi brièvement que possible , satisfaire leur curiosité.
Allworthy n'a jamais voulu revoir Blifil , mais il a cédé aux importunités de Jones , appuyées par Sophie , et lui a donné un revenu de deux cents livres sterling ; Jones y a ajouté secrètement ' cent livres. Blifil vit dans une ville du nord de l'Angleterre, à environ deux cents milles de Londres , et économise annuellement deux cents li^Tes pour acheter son entrée au parlement ; il a fait marché pour cela avec le procureur d'un bourg
voisin, où il espère être élu. Il est aussi devenu , depuis peu , méthodiste, dans l'espérance d'épouser une très-riche veuve de cette secte , dont le bien est situé dans cette partie du royaume.
Square mourut bientôt après avoir écrit la lettre que nous avons rapportée : et quant à Thwackum, il continue à être vicaire; il a fait beaucoup d'efforts inutiles pour regagner la confiance de M. Allworlhy , et rentrer en grace avec Jones ; il les flatte tous deux eu face , et les déchire lorsqu'ils sont absents. Mais M. Allworthy a pris depuis peu chez lui M. Abraham Adams (i), dont Sophie est extrêmement satisfaite, et à qui elle confiera, dit-elle, l'éducation de ses enfanis.
Mistress Fitzpatrick est séparée de son mari , et a conservé les faibles débris de sa fortune; elle est en bonne réputation dans un certain quartier brillant de la ville , et si bonne économe , qu'elle dépense trois fois
(t) C'est l'Abrahrira Adams, bien connu des lecteurs i\e Joseph .4ndrttis. '! Éd . }