CHAPITRE IX
Conséquences de la visite précédente.
M.FiTzpATRicK ayant reçu de mistress Western la lettre dont nous avons parlé, et se Iron-
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vant, par ce moyen, iuslruit du lieu où sa femme s'était retirée , retourna directement à Bath, et eu repartit le lendemain pour Londres.
Nous avons déjà instruit le lecteur du caractère jaloux de ce gentilhomme; il voudra bien aussi se souvenir du soupçon que Fitzpatrick avait conçu sur le compte de Jones à Upton , en le trouvant dans la chambre de mistress "Waters. Quoique des raisons suffisantes aient paru depuis détruire entièrement ce soupçon, l'éloge de Jones, écrit de la main de sa femme , lui donna occasion de réfléchir qu'elle était aussi en même temps dans la même auberge, et mit dans une tète qui n'était pas des meilleures, une telle confusion dé faits et de circonstances, que le tout produisit ce monstre aux yeux verts dont parie Shakspearc dans sa tragédie à'Othetlo.
Or, comme il s'informait dans la rue de la demeure de sa femme et qu'on venait de lui indiquer sa porte , M. Jones en sortit malheureusement.
Filzpatrick ne se rappela pas d'abord le vi-
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sage de Joues. Cependant voyant un jeune homme bien mis sortant de chez sa femme, il alla droit à lui, et lui demanda ce qu'il était allé faire dans celte maison : « Car je suis sîir, ajouta-t-il, que vous y êtes entré, puisque je viens de vous en voir sortir. »
Jones répondit très-modestement qu'il venait d'y faire une visile à une dame. Fitzj)atrick répliqua : « Quelle affaire avez-vous avec cette dame ?» Jones, qui reconnut alors parfaitement la voix, les traits, et jusqu'à riiabit du personnage, s'écria : « Ah ! inon hou ami , donnez-moi votre main ; j'espère qu'il ne reste pas de rancune entre nous, à propos d'une petite méprise qui est déjà si ancienne. »
« Sur mon anie , monsieur, dit Fitzpatrick , je ne connais ni votre nom, ni votre figure. — Ni moi non plus, dit Jones à son tour, je ne connais point votre nom , mais je me souviens très-bien d'avoir déjà vu votre figure à Upton , oij nous avons eu ensemble une sotte querelle, qui est sans doute finie, mais que, dans le cas contraire , nous allons terminer
qO TOM JONES,
tout à l'heure en buvant une bouteille de vin ensemble. »
«A Upton ! s'écria Fitzpatrick , ahî sur mou ame , je crois que votre nom est Jones. — Il est vrai. — Oh bien ! sur mon ame , vous êtes justement rhonime que j'avais besoin de rencontrer. Sur mon ame, je vais aller boire une bouteille de vin avec vous, mais d'abord il faut que je vous applique un bon coup sur la tète. Voilà potir vous, coquin ! Sur mou ame, si vous ne m'en donnez pas satisfaction, je vous en appliquerai un autre. »>ïirant alors son épée, il se mit en posturededcfense;rescrimeétantla seule science à laquelle il entendît quelque chose.
Jones fut un peu ébranlé du coup auquel il s'attendait si peu, mais se remettant bientôt, il tira aussi son épée , et, quoiqu'il n'entendît rieu à faire des armes, il s'avança hardiment sur Fitzpatrick, écarta heureusement son fer, et lui passa la moitié du sien dans le corps. Celui-ci ne se sentit pas plus tôt blessé qu'il fil un pas en arrière, laissa tomber la pointe de sou épée, et , s'appuyant dessus, s'écria : « J'en ai assez , je suis un homme mort. »