‹ Tom Jones, ou, L'enfant trouvéChapitre 36 sur 140 · LIVRE XVI. Ç)I · texte numérisé non relu

LIVRE XVI. Ç)I

« J'espère que non, s'écria Jones ; mais quelles qu'en soient les suites , vous devez reconnaître que vous vous les êtes attirées. » En cet instant, plusieurs hommes se précipitèrent sur Jones et le saisirent. Il leur dit qu'il ne ferait point de résistance, et pria quelques-uns d'entre eux de vouloir bien au moins prendre soin du blessé.

«Ah! oui, s'écria l'un d'eux, on prendra soin du reste du blessé, car je suppose qu'il n'a pas deux heures à vivre. Quant à vous , monsieur , vous avez encore un boa mois pour le moins. — Diable ! Jean , dit un autre, il vient de mettre lui-même un empêchement à son voyage; le voilà maijjtenant embarqué à un autre port.» Notre pauvre Jones devint ainsi le sujet de beaucoup d'autres plaisanteries de cette nature de la part de ces hommes , qui n'étaient autres que des gens employés par lord Fellamar, et qui l'ayant vu entrer dans la maison de mistress Fitzpatrick, l'attendaient au coin de la rue quand ce malheureux accident arriva.

L'officier qui commandait cette bande con-

tj-l TOM JONES,

clut très-sagement que son devoir était alors de remettre sou prisonnier entre les mains du magistrat civil. Il le fit donc conduire dans une maison publique , d'oîi il envoya chercher «n constaljle et le remit à sa garde.

Le constable voyant M. Jones tiès-bien vêtu , et ayant appris que l'accident avait eu lieu à la suite d'un duel , tiaita son prisonnier avec beaucoup d'égards , et , sur sa demande, envoya s'informer de l'état du blessé, qui était alors dans une taverne entre les mains du chirurgien. Le messager rapporta que la blessure était certainement mortelle, et qu'il n'y avait pas d'espérance de lui sauver la vie. D'après ce rapport, le constable informa Jones qu'il fallait aller devant un/juge de paix. Jones répondit : « J'irai paitout où il vous plaira ; je suis indifferent sur ce qui peut m'arriver; car, quoique bien convaincu que je ne suis pas coupable de meurtre aux yeux de la loi , le sang versé par ma main pèse sur mon cœur. »

Jones fut alors conduit devant le juge de paix. Le chirurgien qui pansait M. Filzpalrick

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y comparut aussi, et déposa qu'il croyait la blessure niorlelle; sur quoi Jones fut mené à Gate-house (i). Il était alors très-tard, en sorte que Jones ne voulut envoyer chercher Partridge que le lendemain ; et comme il ne ferma pas l'œil jusqu'à sent heures du matin , il était près de midi quand le pauvre garçon, déjà fort effrayé d'avoir été si long-temps sans apprendre des nouvelles de son maitre, reçut de lui un message qui pensa le faire mourir de douleur.

Il courut à Gate-house, les genoux tremblants,le cœur palpitant, et ne fut pas plus tôt introduit en présence de Jones, qu'il déplora le malheur qui lui était arrivé, en versant un torrent de larmes, et regardant à chaque instant autour de lui comme un homme frappé de la plus vive terreur. Car il venait d'entendre dire que M. Filzpatrick était mort, et le pauvre garçon craignait à chaque instant de voir apparaître son esprit. Enfin il remit à Jones une lettre qu'il avait failli ou-

(i) Prison «le Loiidi-es.

hiier, et que Sophie lui avait fait parvenir par les mains de Black George.

Jones renvoya alors tout \e monde, et après avoir brisé avec empressement le cachet de la lettre, lut ce qui snit :

«' Vous devez cette lettre à un incident qui me surprend, je l'avoue; ma tante vient de me montrer une lettre de vous à lady Bellaston qui contient une proposition de mariage. J'ai la certitude qu'elle est de votre propre main ; et ce qui me surj)ieud encore davantage, c'est qu'elle est datée de la même époque où vous vouliez me faire accroire que vous souffriez si cruellement pour moi.... Je vous laisse commenter ce fait. Tout ce que je désire, est que votre nom ne soit plus jamais prononcé à

Nous ne pouvons donner au lecteur une plus juste idée de la situation présente de M. Jones et des divers tourments qu'il éprouva alors , qu'en lui disant que son malheur était tel , que Thwackum lui-même en aurait

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