T.IVRE XVII
Tune à l'autre, Sophie dit : « Je n'ai pas le plaisir de vous connaître, madame. — Cela est vrai , madame , répondit mistress Miller, et je dois vous demander pardon de mon indiscrétion ; mais quand vous saurez ce qui m'a engagée à la commettre, j'espère.... — Je vous en prie, madame, quelle affaire avezvous à me confier.^ dit Sophie avec un peu d'émotion. ^ — Madame, nous ne sommes pas seules , reprit mistress Miller à voix basse. — Sortez , Retly, » dit Sophie.
Quand Betty fut sortie, mistress Miller dit • «Un jeune homme très-malheureux m'a priée» madame , de vous renietlre cette lettre. » Sophie changea de couleur en voyant l'adresse, dont elle connaissait bien l'écriture , et , après avoir hésité un moment , répondit : « Je n'aurais pu croire, madame, d'après votre extérieur , que c'eût été une affaire de cette nature.. w De quelque part que vienne cette lettre, je ne l'ouvrirai point. Je serais fâchée de concevoir un injuste soupçon de qui que ce soit , mais vous êtes totalement une étrangère pour moi. »
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« Si vous voulez avoir patience , madame, répondit mistress Miller, je vous instruirai qui je suis et comment cette lettre m'est parvenue.— Je n'ai la curiosité de rien savoir, madame, mais je dois insister pour que vous rendiez cetle lellre à la personne qui vous l'a remise. »
Mistress Miller se jeta aloi-s à ses genoux, et dans les termes les plus pressants, implora sa compassion. Sophie lui répondit : « Assurément, madame, il est suiprenant que vous vous intéressiez si vivement à cette personne; je ne voudrais pas croire, madame.... — Non, madame , dit mistress Miller, vous ne croirez rien qiie la vérité; je vous dirai tout, et vous ne vous étonnerez plus de l'intérêt que je prends à lui ; c'est la meilleure créature qui ait jamais existé.... » Elle raconta alors toute l'histoire de M. Anderson. «Voilà, madame, voilà, dil-elle ensuite , l'effet de sa boulé. Mais je lui ai des obligations beaucoup plus grandes encore; il a été le sauveur de ma fille. » Ici, après avoir répandu quelques larmes, elle raconta tout ce cpii était relatif à ce fait . en
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siippriniaut seulement les circonstances qui auraient trop compromis la réputation de sa lille, et termina en disant : « Maintenant, madame , vous jugerez si j'en puis trop faire pour un jeune homme si obligeant, si bon, si généreux, et s'il n'est pas la meilleure et la plus digne de toutes les créatures humaines. »
Les traits de Sophie s'étaient altérés à son désavantage , car elle avait pâli beaucoup ; mais eu ce moment elle devint , s'il est possible, plus rouge que le vermillon, et s'écria: « Je ne sais que dire : assurément on ne peut blâmer ce qui provient de la reconnaissance... Mais quel service puis-je rendre à votre ami en lisant cette lettre , puisque je suis résolue de ne jamais.... « Mistress Miller renouvela encore ses instances , et la conjura de lui pardonner; mais elle ne pouvait pas , dit-elle , remporter la lettre. « Je ne puis vous empêcher de la laisser , madame , si vous y êtes déterminée ; certainement vous pouvez la laisser , que je le veuille ou non. » Je n'ai pas la présomption de vouloir expliquer ce que So. phie entendait par là , ni même de décider F/. 10
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si parla elle enleudait quelque cliose. Mais mistress Miller interpréta ces derniers mots à sa fantaisie, et posant la lettre sur la table , sortit après avoir d'abord demandé à Sophie la permission de revenir ; ce qui ne lui fut ni accordé , ni refusé.
La lettre ne resta sur la table qu'aussi longtemps qu'il en fallut à mistress Miller pour s'éloitj'uer de la vue de Sophie, qui l'ouvrit aussitôt, et la lut.
Celle lettre fut bien peu utile à la cause de Jones, car elle ne consistait guère qu'en aveux de son indignité , lamentations amères , expressions de désespoir, et solennelles protestations de sa fidélité inaltérable envers Sophie. Il espérait, disait -il, l'en convaincre, s'il avait encore l'honneur d'être admis en sa présence. Il ajoutait qu'il pourrait lui expliquer sa lettre à lady Bellaston , de manière à mériter sinon son pardon, au moins sa pitié; et il terminait en faisant le serment que rien ne fut jamais plus loin de sa pensée que d'épouser lady Bellaston.
Quoique Sophie eût lu et relu celte lettre