‹ Tombeaux de la cathédrale de RouenChapitre 1 sur 99 · PLAN ■ TUMULAIRE DE LA CATHÉDRALE · texte numérisé non relu

PLAN ■ TUMULAIRE DE LA CATHÉDRALE

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E tous les hommes qui ont fait de la Normandie l’objet de leurs études, nul ne s’en est plus occupé que M. Achille Deville. Aussi peut-on le regarder, non moins que MM. Hyacinthe Langlois, Auguste Le Prévost[et'de Gaumont, comme l’un des fondateurs de l’Archéologie normande.

Depuis qu’en 1821 les hasards de la vie administrative l’amenèrent à Rouen, comme receveur particulier des finances, ce Parisien ne cessa de s’occuper de Rouen et de la Normandie, et l’on peut dire qu’avec MM. André Pottier, Eustache de la Quérière, Floquet, Chéruel et l’abbé Cochet, il a contribué plus que personne, par ses sérieuses études, par ses savants ouvrages et par la fondation du Musée d’ Antiquités de Rouen, à jeter une vive lumière sur notre histoire locale, et à répandre parmi nous le goût de tout ce qui s’y rapporte, de près ou de loin.

La preuve en est dans toutes ces publications, sous forme de Rapports, Notices, Essais, Lettres, Observations, Dissertations, Mémoires, Histoires et ouvrages de longue haleine, dont cet homme de vaste littérature et de saine érudition a doté notre ville et notre province. Une simple énumération exigerait plusieurs pages, tant elles sont nombreuses ; car aux quatre-vingts publications indiquées dans le Manuel du Bibliographe normand de M. Frère, en 1858, il faudrait ajouter à peu près un pareil chiffre, si l’on voulait rappeler tous les travaux, les uns édités, les autres inédits, que M. Deville a faits depuis cette époque.

AVERTISSEMENT

Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir, comme nous avons pu le faire, tous les manuscrits où M. Deville a consigné l’ensemble de ses travaux, corrigeant les anciens, et enrichissant les nouveaux de toute la science acquise pendant une carrière prolongée audelà de quatre-vingts ans.

Dans ces six volumes, petit in-f°, de quatre à cinq cents pages chacun, qui traitent de tant de sujets divers, Rouen et la Normandie occupent la plus large et la meilleure place de beaucoup. Trois d’entre eux même portent pour titre spécial : Ville de Rouen, Normandie ; Rouen, Normandie ; Cathédrale de Rouen, et un quatrième volume renferme encore bien des articles se rapportant à notre histoire locale.

Une sagacité pénétrante, une critique judicieuse au service d’une érudition de bon aloi, une exposition toujours lumineuse, telles sont les qualités distinctives de tous les travaux de M. Deville. C’est un savant archéologue, qui recueille lentement ses matériaux, les approfondit, les compare, les juge avec maturité, avant de se prononcer, et dont on peut, pour ces motifs, accepter les décisions avec confiance, destinées qu’elles sont à rester le plus souvent sans appel.

Toutes ces précieuses qualités se retrouvent dans un septième et dernier manuscrit, objet constant de prédilection pour M. Deville, pendant la plus grande partie de sa vie. Nous voulons parler des Tombeaux de la Cathédrale de Rouen.

En 1833 parut une première édition de cet ouvrage, in-8°, de 282 pages de texte, ornée de 10 planches seulement, et, en 1837, une seconde édition, de 326 pages de texte, contenant deux planches de plus. Depuis ce temps, M. Deville a toujours poursuivi ses recherches, avec un zèle infatigable, en vue d’une troisième édition, et le plus grand succès a couronné ses efforts. On en jugera, quand on saura que le manuscrit, tout entier écrit de sa main, se compose de plus de 450 pages, format grand in-8°, avec 88 dessins et inscriptions, sans compter le supplément, le tout dû à sa plume et à son crayon, et destiné, dans sa pensée, à former autant de Planches pour illustrer l’ouvrage.

Voilà le fruit de ces nouvelles recherches, poursuivies pendant quarante années, depuis 1837 jusqu’à la mort de l’auteur, et qui n’ont pas laissé d’offrir des difficultés et des labeurs considérables.

Sans doute Taillepied, Farin, Dom Pommeraye et quelques autres écrivains avaient, déjà parlé des sépultures de la Cathédrale. L’un d’eux, Farin, en avait même fait l’objet d’un chapitre spécial, dans son Histoire de Rouen, sous le titre de: Sepvltvres principales de l’Eglise Cathédrale de Routn( tome II, pages 13-25, édition de 1668), chapitre un peu plus développé par ses continuateurs. (IIF Partie, pages 11-23, édition de 1731.) Malgré

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cela, ces derniers laissaient échapper un aveu, accusant l’insuffisance et l’imperfection de leur travail commun. « Il ne faut pas douter qu’il n’y ait eu encore, disait-on, plusieurs personnes de distinction inhumées dans cette église, mais dont le tems nous a dérobé la connoissance. On y voit en effet quantité de Tombes particulières, semées en différents endroits, avec des figures gravées sur les pierres, et des inscriptions Latines et Françoises, qui sont autant de preuves de ce que je dis ; mais comme il y a beaucoup d’apparence que la plupart de ces anciennes Tombes ont été déplacées de leur ancien lieu, ainsi qu’il paroît incontestablement par les Autels des Chapelles ; lesquels pour la plupart sont couverts de ces anciennes Tombes ; on ne sçauroit porter de jugement certain sur ces sortes de monumens trop arbitraires. Il en est de même de celles que l’on voit à l’entrée du Chapitre; il est impossible d’assurer précisément si les corps sont en effet aux mêmes lieux que se trouvent les Tombes. » (IIIe Partie, page 22, édit, de 1731.)

Après s’être occupé des mêmes tombes que Farin, mais avec bien plus de détails, sous tous les rapports, M. Deville s’est attaché principalement à combler les lacunes signalées plus haut. Il l’a fait dans ses deux éditions des Tombeaux de la Cathédrale, et, depuis la dernière, en 1837, toutes les pierres fumulaires, toutes les inscriptions, tous les renseignements se rapportant à son sujet, et trouvés soit par lui, soit par d’autres, dans l’église métropolitaine, dans différentes archives ou ailleurs, notre auteur n’a cessé de les visiter, de les dessiner ou de les recueillir pour en enrichir son manuscrit. C’est ainsi qu’il a pu composer de nouveaux chapitres, remanier les anciens, rassembler d’autres détails historiques propres à mieux faire connaître les nombreux personnages qui figurent dans son travail de Bénédictin.

Non content d’accroître le texte de près de moitié, M. Deville, aussi bon dessinateur que savant archéologue, a reproduit, en une suite de près de cent dessins, avec le supplément, les tombeaux, les pierres tumulaires, leurs encadrements, leurs inscriptions, et même les portraits et le blason de plusieurs des personnages , que ses patientes recherches lui ont fait découvrir , en France et à l’étranger.

Voilà comment ont été préparés les nombreux matériaux de cette troisième édition. Leur mise en œuvre mérite autant d’éloges. Le manuscrit original témoigne du plus grand soin, tant pour la calligraphie que pour la disposition des matières , les tableaux récapitulatifs , les tables de noms de personnes par ordre alphabétique , celle des noms de chapelles du plan tumulaire et celle des cent quarante-quatre personnes dont la sépulture a été constatée dans la Cathédrale.

Ce manuscrit n’aurait laissé presque rien à désirer, si M. Deville avait pu le réviser et

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Je tenir au courant des découvertes. L’omission de certains détails prouve qu’il n’a pu le faire, et là s’est trouvée la nécessité de notre coopération dans cette édition nouvelle. Outre la révision générale du texte, le contrôle, sur place et dans les ‘livres, des inscriptions et des citations, avec l’indication plus complète des sources, nous avons cru devoir ajouter quelques notes explicatives ou rectificatives ; combler deux lacunes du manuscrit, à l’aide des éditions précédentes ; rejeter à la fin du volume, sous forme d’ Appendice ou de pièces justificatives, les notes trop longues dont le placement au bas des pages des deux autres éditions produisait un effet disgracieux ; donner, sous le titre de supplément, le texte de plusieurs inscriptions tumulaires découvertes ou placées depuis la mort de M. Deville, avec quelques renseignements se rattachant intimement au sujet, enfin choisir parmi tous les dessins ceux qui , au nombre de plus d’une trentaine, paraissaient avoir le plus d’importance pour faciliter la complète intelligence du texte.

Un premier motif nous a guidé dans l’acceptation et puis soutenu dans l’accomplissement de cette tâche, le désir de répondre de notre mieux au vœu formé par tous les amis de nos antiquités normandes, et dont l’un d’eux, M. Floquet, non moins remarquable que M. Deville par les services rendus à notre histoire locale, se faisait dernièrement le juste interprète. « Avec combien de satisfaction j’apprendrai que M. Deville, si laborieux, si actif toujours, se serait décidé à donner une nouvelle et bien désirée édition de son beau livre sur les sépultures de la Cathédrale ! » (Lettre à M. l’abbé Cochet, 29 octobre 1873 , publiée dans le Bulletin de la Commission des Antiquités de la Seine-Inférieure, t. III, année 1873, p. 8G.)

L’existence du manuscrit de ce travail révisé était connue d’un autre ami de M. Deville. Ainsi, M. l’abbé Cochet en parle dans une intéressante Notice sur M. Deville, que la mort l’empêcha de lire au sein de la Commission des Antiquités de la Seine-Inférieure, mais dont il lui fut donné lecture, à la séance du 16 mars 1877. Après avoir passé en revue les publications les plus importantes de ce savant archéologue, M. l’abbé Cochet ajoute :

« Enfin, et j’ai réservé pour terminer le cinquième ouvrage de M. Deville, qui eut deux éditions : nous voulons parler des Tombeaux de la Cathédrale de Rouen.... L’ouvrage de M. Deville est écrit avec ordre et méthode; mais il est un peu froid pour le sujet. Toutefois, depuis qu il est terminé, l’auteur n’avait négligé aucune occasion de le compléter.

11 en tenait, à Paris même, un exemplaire très au courant des découvertes qui se sont produites depuis quarante ans, et il en avait une édition prête à paraître, quand la mort 1 a surpris. Nous ignorons si ce volume définitif verra jamais le jour; mais nous pouvons affirmer qu il est prêt à être imprimé. » (. Bulletin de la Commission des Antiquités de la

AVERTISSEMENT

Seine-Inférieure, t. IV, pages 143-144.) Ces additions diverses et de judicieux remaniements donnent à la troisième édition de ce travail une grande supériorité sur les deux éditions précédentes.

Notre deuxième motif était le regret de laisser dans l’ombre le complément d’un travail qui, depuis 1830 environ, c’est-à-dire un demi-siècle, avait occupé une si large place dans la vie de M. Deville, quand ce travail est si consciencieux, si instructif, et destiné à sauver de l’oubli des monuments et des souvenirs dont le temps efface tous les jours la trace matérielle. Ce n’est pas sans une sympathie profonde qu’on peut voir un homme tel que M. Deville poursuivre si longtemps l’exécution d’une seule et môme pensée , par amour et au profit de sa patrie d’adoption.

Enfin cet ouvrage posthume avait , à nos yeux , d’autres droits encore à l’honneur d’une nouvelle édition. Les Tombeaux de la Cathédrale de Rouen, en effet , sont un de ces ouvrages dont fauteur possédait, plus que personne, toutes les qualités que M. Ch. de Beaurepaire proclamait, avec beaucoup de raison, nécessaires à l’historien de notre belle métropole. Dans tout le cours de ce long travail, M. Deville a su vraiment « joindre à l’érudition le sentiment de l’artiste et le tact de l’archéologue, et trouver le moyen d’orner son récit et ses descriptions de pians et de dessins qui parlent à l’imagination et qui charment les yeux. » (Notes sur le Parvis de la Cathédrale de Rouen , 1878 , p. 2 de l’Extrait.) En un mot , c’est un de ces ouvrages définitifs que l’avenir complétera sans doute sur certains détails , mais que l’on ne refera jamais dans son ensemble.

Nous nous applaudissons que M. A. Lévy ait jugé à propos de publier ce travail, fruit de tant de laborieuses recherches , tombé entre ses mains , et que , dans le but de conserver à cette œuvre posthume de M. Deville un cachet bien rouennais, cet éditeur nous ait donné pour collaborateur, outre l’imprimeur, un artiste de notre ville, M. Adeline, dont le talent, si goûté des connaisseurs, ne peut qu’ajouter au mérite intrinsèque de cette œuvre essentiellement rouennaise. Neuf planches, reproduisant les dessins les plus importants, lui ont été confiées, et le talent d’habiles artistes parisiens, tels que MM. Bosredon et Guillaumot, s’exercera dans les vingt-quatre autres. Ces trente-trois planches sont l’élite des cent dessins originaux, dûs au crayon de M. Deville, et qu’il destinait, en dernier lieu, à illustrer le texte de son œuvre.

Rouen, 10 janvier 1880.

F. Bouquet.

AVANT-PROPOS

2toant-|Jrqw0.

À Cathédrale de Rouen, ainsi que toutes les basiliques anciennes, et surtout celles qui avaient l’avantage d’appartenir à des métropoles , renfermait un grand nombre de tombeaux . Trois rois , plusieurs membres de la famille ducale normande, des cardinaux, vingt archevêques, y avaient reçu la sépulture. La vanité, la piété ou la reconnaissance s’étaient plu à leur élever de pompeux mausolées. Dans une seule de ces chapelles, on en comptait jusqu’à huit, tous chargés de sculptures et de statues, et dont quelques-uns passaient pour des chefsd’œuvre de Fart.

De ces anciens tombeaux, six seulement sont parvenus jusqu’à nous. Ce sont, en suivant l’ordre des sépultures , ceux de notre premier duc Rolion , de Guillaume- Longue-Epée, son fils, de Maurice, archevêque de Rouen sous saint Louis, de Pierre de Brézé, grand sénéchal de Normandie , de Georges d’Amboise, et de Louis de Brézé, mari de Diane de Poitiers.

Malgré les pertes qu’elle a éprouvées, sans parler des monuments funéraires dont elle a été embellie de nos jours, la Cathédrale de Rouen est peut-être encore une des églises de France les plus riches en monuments de ce genre. Plus heureuse que la plupart d’entre elles, grâce à la sagesse et au patriotisme éclairé des habitants de la ville dont elle fait l’ornement, elle put sauver, en 1793, du pic destructeur, ceux de ces tombeaux

que d’autres mains non moins fanatiques ou le temps avaient laissés debout. Chose qu’on

AVANT— PROPOS

aura peine à croire, les calvinistes, maîtres un moment de la Normandie, dans le xvie siècle, commirent plus de ravages dans la Cathédrale de Rouen que les niveleurs de 1793. Pour arracher ses tombeaux à ces derniers, il suffit de masquer, sous quelques poignées de plâtre, les signes et les images qui blessaient leurs idées d’égalité; mais les premiers ne se contentèrent pas à si peu de frais : statues, tombeaux, s’écroulèrent de toutes parts sous les mains de leur soldatesque; rien ne fut respecté1. Mais une victoire plus facile encore, une plus riche proie les attendaient : leur attention, détournée par le bris et le pillage des vases sacrés de la Cathédrale, des reliquaires, des châsses d’or et d’argent, oublia quelques-uns de ces monuments tumulaires. Un zèle plus qu’exagéré, aussi funeste qu’avait été leur furie, acheva en partie ce qu’ils avaient commencé. L’ancien clergé de la Cathédrale, que celui de nos jours tient à honneur de ne point imiter, sans respect pour la mémoire et pour la cendre de ses bienfaiteurs, dans le but de dégager, ou, disait-il, d’embellir son église, renversa les plus célèbres et les plus précieux de ces mausolées. C’est ainsi que disparurent les tombeaux de l’archevêque Maurile, de Richard-Cœur-de-Lion, de Henri-lc-Jeune , son frère, ceux de Charles Y et du duc de lîetford *, perte à jamais déplorable et dont rien ne saurait consoler l’ami des arts et des souvenirs historiques.

Les registres capitulaires de la Cathédrale nous apprennent que ces actes si regrettables furent couronnés, en l’année 17G9 : les IG août et 13 septembre de cette année-là, ii fut décidé par les chanoines qu’à l’exception des tombeaux de Georges d’Amboise et des deux Brézé, tous ceux de la chapelle de la Vierge, ainsi que les représentations ou les statues tumulaires des autres parties de l’église, « qui ne seraient pas décentes ou en jiarfait état , seraient supprimées. »

L’autorisation de l’archevêque, pour ce massacre général, ne se fit pas attendre.

C’est alors que furent impitoyablement détruits les tombeaux des archevêques Eudes Rigaul3, Guillaume de Flavacourt, Raoul Roussel, Aimery Guenaut, Robert de Crois-

1 a Après avoir brisé les statues des tombeaux et les tombeaux eux-mêmes, dit l'historien, ils levèrent toutes les tombes de cuivre et autres monuments qui étoient dans l’Église pour y trouver des trésors.... Ils enlevèrent jusqu à des pièces de cuivre qui servoient d’ornements à plusieurs tombes et sépultures. »

L'historien, que ne nomme pas M. Deville, est Dom Pommeraye. Voir Histoire de l'Eglise Cathédrale de Rouen, p. tio. F. B. — Toutes nos notes sont signées F. B. pour les distinguer de celles de M. Deville, qui resteront sans signature.

M. Deville suit 1 orthographe des anciens écrivains normands. Bedford serait plus conforme à l’étymologie, que les Anglais font venir de l’anglo-saxon bedician, forlilier, et ford , gué. — F. B.

On écrit plus généralement Rigaud, comme l’a misM. Bonnin en tête du Journal des Visites pastorales. On lit dans l'ouvrage: « Dominus Rigaudus, » probablement le frère de l’archevêque. P. 224.— F. B.

AVANT-PROPOS

mare. On trouva plus expédient de briser ces vénérables et élégants mausolées, que de consacrer quelque argent à leur restauration. Proh pudor!

Les tombeaux des archevêques Rotrou et Gautier de Coutances, en dehors de la chapelle de la Vierge, partagèrent le même sort.

Un grand nombre de simples pierres tumulaires , remarquables soit par les dessins dont elles étaient couvertes, soit par le nom des personnages dont elles rappelaient le souvenir, n’échappèrent pas à cette manie funeste d ’ embellissement, ou, pour être plus exact, de dévastation. Sans cesse déplacées, souvent mutilées , à peine quelques-unes laissent-elles apercevoir l’image et le nom de ceux auxquels la piété ou un sentiment filial les avait consacrées et indiquent-elles la place où fut déposée leur dépouille.

Il y a plus : l’ancien clergé de la Cathédrale ne se faisait pas scrupule d’en faire trafic. Les registres de ses délibérations sont là pour l’attester.

C’est ainsi que, le 7 avril de l’année 1508, il mettait en vente, pour la somme de 100 livres, « une certaine tombe antique en marbre pour être placée dans la grande nouvelle cour de l’échiquier1. »

Plus d’une fois, au milieu et à la vue de tant de cendres éteintes, occupé à contempler les tombeaux échappés à ces arrêts de proscription et de vandalisme, et me reportant, par la pensée, vers ceux qui en avaient été frappés et dont nous ne possédons pas même aujourd’hui l’image, j’avais éprouvé un saisissement involontaire, en songeant que le même sort pouvait attendre ces précieux monuments. La volonté des hommes, me disaisje, (nous mettons hors de cause le clergé moderne, si plein de zèle pour leur conservation,) le temps, mille incidents divers ne peuvent-ils pas amener, même instantanément, leur destruction 2 * * * 6 ?

Ces réflexions firent naître en moi la résolution de les décrire, de m’efforcer enfin, autant qu’il était en moi, d’en perpétuer le souvenir. J’hésitai quelque temps, je l’avoue, à la mettre à exécution ; la pénurie de documents connus, les difficultés de la tâche appa-

1 Cette dalle, connue sous le nom de la Table de marbre, existe encore, à Rouen, dans la grande salle des Pas-

Perdus de l’ancien Palais-de-Justice. C'est là que le grand Corneille, le 18 juin 1624, prêta serment pour son office

d’avocat du roi aux eaux el forêts de la Table de marbre du Palais de Rouen.

Le 18 juin 1624 est la date de la réception de Corneille comme avocat au Parlement de Normandie, où il paraît

n'avoir jamais plaidé. C’est cinq ans plus tard que « Corneille prêta serment, en la double qualité d'avocat du Roi ancien aux eaux et forêts et de premier avocat du Roi en l’amirauté, le 16 février 1629, en l’audience de la grande chambre du Parlement. » Voir les Particularités de la Vie judiciaire de Pierre Corneille, par M. E. Gosselin, pages

6 et 7 de l’Extrait, 1865. — F. B.

8 Cet événement a failli se réaliser, en l’année 1822 : l’incendie qui consuma la flèche pyramidale de la Cathédrale, à cette époque, en se propageant avec une effroyable rapidité dans les combles de l’église, fit craindre, un moment, pour les tombeaux de Pierre et de Louis de Brézé, et pour celui de Georges d’Amboise.

AVANT-PROPOS

paissaient à mon esprit. En étudiant de près ces monuments, en reproduisant, le crayon en main, leur image, je me persuadai que j’approchais du but :

Segnius irritant animos demissa per aurem

Qàain quse sunt oculis subjecta fidelibus,

a dit le législateur du Parnasse *.

La découverte de quelques documents d’un intérêt marqué, due à l’exploration des anciennes archives de la Cathédrale, en rendant mon travail moins ingrat et moins difficile, vint encore m’encourager. Pour ne signaler ici que le plus important de ces documents, je citerai celui qui est relatif au tombeau de Georges d’Amboise. On ignorait, jusqu’à ce jour, le nom de l’architecte qui éleva ce mausolée justement célèbre et celui des artistes qui concoururent à sa décoration. Muette à cet égard, à ipeine si la tradition pouvait indiquer l’époque précise et les circonstances de son érection. Les comptes manuscrits des cardinaux d’Amboise, que j’ai découverts dans les archives de la Cathédrale, me révélèrent ces noms, et jusques aux détails les plus circonstanciés. Heureux de pouvoir remplir une lacune, objet de regrets si souvent répétés, j’ai consigné religieusement ces intéressants résultats. On verra, dans le cours de l’ouvrage, que c’est à un architecte rouennais qu’on doit ce beau monument, et qu’il put trouver, dans sa ville natale, des artistes en état de l’exécuter sous ses yeux. Ce fait ajouté h tant d’autres, achèverait de prouver, s’il était nécessaire, combien est erronée l’opinion de ceux qui veulent que tout ce qui parut de remarquable, en France, vers cette époque, soit dû à des mains italiennes. Sans parler de cette foule d’artistes nationaux, dont les noms ont été emportés par le temps, ou qui dorment dans la poussière de nos archives et de nos bibliothèques, que de noms, au besoin, attesteraient avec quels succès les arts étaient alors cultivés par des mains françaises! Eh! n’avons-nous pas nos Philibert Delorme, nos Pierre Lescot, nos Jean Cousin, nos Germain Pilon, Palissy, Pierre Bontems, Jean Goujon et tant d’autres, dont la liste remplirait ces pages ?

Après avoir décrit les huit tombeaux, qui font l’objet principal de cet ouvrage, et que nous avons passés en revue, dans l’ordre chronologique, en commençant par celui de Rollon, mort dans le xe siècle, et en finissant par celui du cardinal de Croy, décédé en 1844, nous avons décrit les pierres tumulaires, les- tombes, ainsi que nous les appelons, qui sont disséminées dans les différentes parties de l’église, et qui, soit par leur ancienneté, soit par leurs épitaphes, soit par le caractère de leur dessin, soit par les souvenirs

1 Horace, Epilre aux Pisons, dite Art poétique, vers 180-181. — F. B.

AVANT-PROPOS

qu’elles rappellent, nous ont paru dignes d’attention. Cette portion de notre travail formera un chapitre séparé, sous le titre de Tombes et Inscriptions diverses. C’est là que nous placerons tout ce qui se rattache aux sépultures, pour ne citer que les plus illustres, de Charles V, du duc de Betford, de l’impératrice Mathilde, de Sybille de Conversane, des cardinaux d’Estouteville, Cambacérès, et de l’archevêque Blanquart de Bailleul, etc.

Désirant ne rien omettre de la nomenclature tumulaire de l’église métropolitaine de Bouen, nous avons réuni , dans un dernier chapitre, en suivant l’ordre chronologique , comme nous l’avons fait pour la première partie de l’ouvrage, les noms des principaux personnages qu’on sait avoir reçu la sépulture dans cette basilique. Chaque nom est accompagné d’une courte note biographique ou descriptive. Bien que cette liste contienne un grand nombre de noms, qui ont échappé aux annalistes rouennais, et que nous avons relevés, soit sur les obituaires et les registres capitulaires de la Cathédrale, soit d’après les testaments originaux des décédés, soit enfin sur les pierres tumulaires elles-mêmes, on sent combien elle doit être incomplète. En effet, parmi cette foule d’hommes puissants, de dignitaires, archevêques, doyens, archidiacres, chanoines, etc.1, qui tous aspiraient à obtenir une place pour leurs restes dans le Lieu saint, que de cendres, dans l’espace de six à sept cents ans, descendues et oubliées sous le pavé de ce vaste temple !

Les trois dernières personnes qui y aient reçu, de nos jours, la sépulture, sont le cardinal Cambacérès, mort en 1818, le cardinal prince de Croy, mort en 1844, l’archevêque Blanquart de Bailleul, en 1869 ; tous trois archevêques de Rouen. On fit en leur faveur une exception à la déclaration du 19 novembre 1776 et au décret du 12 juin 1804, qui interdisaient l’inhumation dans les églises. Le premier corps, qu’on suppose avoir été placé dans la Cathédrale de Rouen, est celui de saint Evode2, mort dans le vie siècle. Ainsi deux archevêques ouvrent et ferment cette longue liste funéraire.

Les lois romaines défendaient d’ensevelir les morts, non-seulement dans les temples, mais même dans l’enceinte des villes : In urbe ne sepelito. Cette prohibition, adoptée par l’église, s^ maintint en vigueur en Occident jusque dans le vie siècle3. Aussi voyons-nous nos premiers évêques, nommons-les, saint Mellon, saint Avitien, saint Godard et même saint Romain, qui vivait au commencement du vne siècle, recevoir la sépulture hors des

* On cite comme ayant fait partie de ces derniers, dans le xive siècle, un Italien portant le nom de Napoléon. Ge singulier rapprochement de nom et d'origine ne laisse pas d’avoir quelque chose de piquant.

2 Le corps de saint Evode ne fut qu’exposé dans la Cathédrale. Il en fut de même de ceux de Rainfroy et de saint Remy, morts dans le vme siècle, et tous archevêques de Rouen. Ils n’y furent point enterrés, quoiqu’en aient dit quelques annalistes.

3 « Firmissimum hoc privilegium usque nunc reiinent civitales, ut nullo modo intra ambilum murorum cujuslibet defuncti corpus humetur, » dit le Concile de Brague, tenu en 503.

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AV A^r— PROPOS.

mars de Rouen ' . Ce ne fut que successivement, et par exception, qu’on dérogea à cette mesure. De saints personnages avaient été enterrés en dehors de l'enceinte urbaine. Pour garantir leurs cendres, ou par vénération pour leur mémoire, on éleva des chapelles audessus de leurs sépulcres. Les fidèles se portant en foule à ces édifices, dans lesquels on célébrait les saints mystères, on sentit la nécessité de les agrandir ; on en fit des églises. Ainsi se trouvèrent, pour ainsi dire, annulés les sacrés canons. De là à rentrer dans l’enceinte des villes il n’y avait qu’un pas; il fut franchi. N’osant d’abord inhumer dans les temples intra muros, on y transporta les corps des personnages canonisés, enfermés dans des châsses ; on les déposa dans des cryptes ; plus tard, on les exposa à la vénération des fidèles, placés sur des autels, puis sur des cénotaphes, puis enfin dans les cénotaphes eux-mêmes.

Des saints personnages à ceux qui étaient appelés à le devenir, aux ecclésiastiques enfin, la transition était facile; elle eut lieu. Mais on ne permit d’abord que l’approche des églises. Les corps des évêques, des abbés, des moines et des chanoines furent inhumés dans l’aître, inatrio, puis sous le portique de la basilique*.

Les plus vénérés et les plus élevés en dignité étaient placés le plus près de la porte d’entrée. Le désir de pénétrer dans le lieu saint, favorisé par l’encombrement des abords des temples, ne tarda pas à en ouvrir les portes. Bède raconte que, à l’exemple de saint Augustin, les archevêques de Cantorbéry, ses successeurs, furent enterrés dans le portique de l’église, excepté deux d’entre eux, dit-il, qui, « n’ayant pu y trouver place, furent introduits dans l’église elle-même3». Les basiliques devaient être bientôt envahies; mais ce ne fut que comme pied à pied. De la nef on s’avança dans le chœur, du chœur dans le sanctuaire ; c’était à qui approcherait le plus près du saint des saints. Charlemagne, après avoir défendu la sépulture dans les églises, la permit pour les évêques, les abbés et les bons prêtres seulement4. Les puissants de la terre ne tardèrent pas à réclamer

' Les deux premiers, suivant l’usage antique, furent enterrés le long de la voie publique, qui était l’ancienne voie romaine. Cet usage s'était également conservé dans les Gaules. C’est ainsi que Grégoire de Tours nous apprend qu’un évêque de Clermont fut inhumé, in cryplâ juxtà aggerem publicum. Il dit la même chose de saint Servais, évêque de Tongres. (L. II, cap. 39 et ô.)

5 « Proliibendum, secundùm majorum insliluta, ut in ecclesid nullatenùs sepelianlur, sed in atrio, aut in porlicu, aut exlrà ecclesiam. » (Concile de Nantes.)

3 « Prxler duorum tantum modo, quorum corpora in ipsa ecclesia posita sunl eà quod prxdicla portions plura capere nequivit. »

4 « Ut mortui non sepelianlur in ecclesia , elsi episcopi, et abbates, vel fideles et boni presbyteri. » (Capitulaires.) En Espagne, vers la même époque, non-seulement on permit la sépulture dans les églises pour les ecclésiastiques,

mais même on en fit une loi : « Si guis in ecclesid conjunclus fuerit, in eâ sepelielur, » disent les canons de 790. ( Spicilegium , 1. 1, p. 495.)

AVANT-PROPOS

et à obtenir la même faveur 1 . Rollon est le premier laïque qui ait obtenu les honneurs de la sépulture dans la Cathédrale de Rouen. Son corps fut placé non loin du maître-autel. Si l’on n’admet pas que cette faveur ait été considérée comme un acte de justice envers le conquérant qui, dans ce temple, avait abjuré la foi de ses pères pour se soumettre à la religion du pays, il faut reconnaître, dans cette dérogation aux usages anciens, un acte de profonde politique de la part du clergé rouennais. En effet, il sanctionnait ainsi, d’une manière éclatante, la conversion de Rollon, et, en même temps, il enchaînait sa race et ses compagnons à la religion qu’il avait embrassée et dans laquelle il était mort. On peut dire que c’était comme un nouveau baptême qu’il leur faisait subir dans la personne de leur chef. Guillaume-Longue-Epée, successeur de Rollon, le suivit de près au tombeau ; il fut inhumé non loin de lui. Quant à son petit-fils, Richard Ier, ce prince, par piété autant que par humilité, et pour se conformer à l’ancienne coutume, ne voulut pas être enterré dans l’église de Fécamp, qu’il avait construite, mais en dehors, et sous la gouttière, disent nos vieux chroniqueurs, ad ostium 2, in stillicidio . C’est ainsi que Pépin s’était fait inhumer à Saint-Denis3. Dans l’origine, on ne souffrit que de simples pierres tumulaires, qui ne devaient pas dépasser le sol : Sepulchrum reliquo pavimento ecclesiœ æquatum sit, dit le premier concile de Milan. Peu à peu, et par intervalles, on enfreignit cette règle, mais non ouvertement4.

C’est ainsi que la tombe de Maurile, un des archevêques les plus vénérés de Rouen, ayant été exhaussée, par le clergé de la Cathédrale, de trois pieds au-dessus de terre, il ne fallut rien moins que l’intervention d’un miracle pour légitimer cette innovation aux yeux du peuple 5; et cependant ce fait se passait vers la fin du xie siècle. Mais on devait bientôt s’affranchir de cette règle. La piété, la vanité, luttant avec avantage contre la simplicité des temps antiques et les défenses ecclésiastiques , entourèrent la cendre des morts , surtout celle des hommes puissants, d’un luxe qui allait toujours en augmentant. Dans les siècles reculés, point d’éclat extérieur; la richesse des tombeaux était renfermée dans leur sein;

1 II paraîtrait qu'ils en auraient joui, dès l’origine, en Italie. En France, il n'en était pas de même.

8 A la porte d’entrée traduirait plus exactement que en dehors les mots ad ostium du texte. — F. B.

8 « Adens fut couchié el sarquel, une crois dessous sa face et le cliief tourné devers l’Orient. » (Chroniques de S. Denis.) Cette expression, adens pour dire tourné contre terre, est encore usitée en Basse-Normandie.

4 De temps à autre, on appelait les fidèles à l'observatiou des anciens règlements. En 797, Théodulphe, évêque d’Orléans, ordonna de raser, dans les églises de son diocèse, tous les sépulcres qui s’élevaient au-dessus de terre, et de convertir en cimetières, après en avoir enlevé les autels, celles où il se trouverait un trop grand nombre de sépulcres.

5 Corpus ejus, in ecclesiâ S. Mariæ sepultum, miraculo divino tribus pedibus altiùs super terramelevatum est. (Alberic de Trois Fontaines.)

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l’or, l’argent, les étoffes et les pierres précieuses dormaient enfouis avec les os des cadavres. Plus tard, la richesse éclate à l’extérieur; tout brille au dehors. En même temps, les statues, couchées sur les mausolées, comme marquées du sceau éternel, se redressent et s’animent; la vie semble disputer les tombeaux à la mort. Les progrès des arts favorisèrent singulièrement la tendance que nous venons de signaler; elle ne connut bientôt plus de bornes; c’est alors que, aux xve et xvi* siècles, on vit s’élever, sur des dimensions et avec une pompe inconnues, ces mausolées aujourd’hui objets d’étonnement et d’admiration. Malgré les efforts de quelques saints prélats, le luxe, et, pour me servir de l’expression énergique de l’un d’eux, « l’insolence des tombeaux » alla croissant1. La Cathédrale de Rouen avait donné l’exemple en Normandie. A défaut des riches et nombreux sépulcres qu’elle a perdus, les mausolées de Georges d’Amboise et de Pierre et Louis de Brézé qu’elle possède encore, fourniraient au besoin la preuve qu’elle s’était mise, à cet égard, au premier rang.

La place la plus ambitionnée, comme nous l’avons dit plus haut, était le sanctuaire. Longtemps disputée et partagée par les hauts dignitaires ecclésiastiques et par les têtes couronnées, elle finit, presque partout, et principalement dans les métropoles, par appartenir à ces dernières. Ainsi, à Rouen, on ne voyait, dans le sanctuaire, et même dans le chœur, que des tombeaux de princes. On y en comptait cinq : c’étaient ceux de Guillaume, fils de Geoffroy Plantagenet et de l’impératrice Mathilde; de Henri-le-Jeune, associé au trône par son père Henri II, roi d’Angleterre; de Richard-Cœur-de-Lion; de Jean, duc de Betford, fils de roi ; de Charles Y, roi de France. Nul autre n’avait le droit d’aborder cette enceinte privilégiée. Un des grands dignitaires de la Cathédrale de Rouen, en même temps un de ses plus signalés bienfaiteurs*, ayant demandé, par testament, à être enterré dans le chœur, le clergé avait accordé, non sans difficulté, cette place, lorsque les officiers royaux y mirent opposition, défendant qu’on ouvrît la terre en cet endroit, ne terra ibidem frangatur, comme étant réservé aux sépultures royales. Les exécuteurs testamentaires ayant insisté, il ne fallut rien de moins qu’un arrêt de l’Echiquier pour obtenir que les intentions du défunt reçussent leur exécution ; encore fit-on cette restriction qu’il ne serait

1 A l'Assemblée de Melun, tenue en 1579, on agita la question suivante:

•< Piorum omnium esto paslorum judicare, an ferenda sit nostri temporis insolentia sepulchrorum, in quibus putrida corpora, nlsi sint regum aut principum, tanquam sanctorum relliquiæ, excelso, ornato, et splendido loco in ecclesiis collocantur, non sine arn.orum, vexillorum et tropæorum maximâ copia, etc. »

Le Concile de Reims, tenu en 1583, interdit formellement ce luxe et cette pompe. Il alla plus loin : rappelant les anciens canons, il voulut que les tombes ne fussent pas élevées au-dessus de terre : « Non licet lumulos ipsâ humo alliores erigere. » Cette défense resta presque partout sans effet.

1 Jean Masselin, doyen, mort en 1500. Il avait fait, entre autres donations, à la Cathédrale, celle d’une table en argent massive du poids de 372 marcs, pour être placée sur le maître-autel.

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mis ni tombe, ni statue, ni même d’épitaphe à l’endroit où le corps serait déposé, ce qui fut exécuté.

Le chapitre de la Cathédrale, consulté, en 1749, par le clergé de Grenoble, sur la faculté d’enterrer dans l’église, lui répondait : « Quant à nos usages pour les enterrements, nous n’avons jamais placé dans notre chœur que les personnes de la famille royale. Mgr notre archevêque a une chapelle particulière pour lui , nos dignitaires sont placés derrière le chœur , dans la chapelle de la Vierge et les chanoines aussi lorsqu’ils le demandent et dans les collatéraux du chœur et de la nef. Nous avons une église paroissiale enclavée et faisant partie du vaisseau de la Cathédrale, au bas de laquelle nous permettons qu’on enterre les paroissiens. »

On verra, dans le cours de l’ouvrage, que le chapitre fit plus d’une infraction à cette règle.

Nous ne terminerons pas ce court exposé, sans exprimer le vœu que notre exemple encourage les amis de nos antiquités nationales à étendre aux principales églises de Rouen, et même à celles des autres parties de la Normandie, le travail que nous avons fait pour sa basilique métropolitaine. C’est un appel que nous faisons à leurs lumières et à leur patriotisme. Les vieux chroniqueurs, presque tous habitants des cloîtres et des églises, nous ont laissé de longs récits des libéralités de leurs bienfaiteurs, de la vie et des derniers moments de leurs saints, de leurs prélats, de leurs abbés; mais, peu soucieux de tout le reste, ils nous ont légué le soin de décrire leurs monuments et leurs tombeaux. Acceptons cette tâche ; réunissons nos efforts, pour arracher au temps et aux démolisseurs à venir le petit nombre de ceux qui sont restés debout. Que ceux qui prendront la plume, après nous, n’aient point à s’écrier avec le prophète : Sustulerunt quod super erat !

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