‹ Tombeaux de la cathédrale de RouenChapitre 16 sur 99 · DE HENRI-LE-JEUNE · texte numérisé non relu

DE HENRI-LE-JEUNE

Des fouilles heureuses exécutées, au mois d’octobre de l’année 1866, dans le sanctuaire de la Cathédrale, ont mis au jour la statue sépulcrale et les restes de Henri-le-Jeune.

Transcrivons le récit du principal auteur de cette découverte, M. l’abbé Cochet.

« On n’a point oublié, à Rouen, que le 30 juillet 1838, M. A. Deville trouva, dans le sanctuaire de notre Cathédrale, la statue sépulcrale d’un roi anglo-normand, le célèbre Richard-Cœur-de-Lion.

« Guidés par des indications analogues à celles qui avaient dirigé le savant directeur du Musée de Rouen, MM. l’abbé Cochet, inspecteur des nonuments historiques ; Barthélemy, architecte diocésain ; M. l’abbé Robert, chanoine, intendant de la Cathédrale, ont cherché hier (17 octobre), dans ce même sanctuaire, la statue de Henri-le-Jeune dit Court-Mantel, frère aîné de Richard, et comme lui duc-roi d’Angleterre et de Normandie.

« Son Exc. M. le Ministre des cultes avait accordé un petit crédit pour cette fouille, que Son Em. Mgr le Cardinal, archevêque de Rouen, avait bien voulu autoriser.

« L’exploration a été courte; après quelques heures de travail seulement, l’image du duc-roi est apparue au milieu d’un blocage et enveloppée dans un bain de mortier. Elle n’était ensevelie qu’à 0m,20 du pavage actuel, qui date de 130 ans.

« La statue de Henri ressemble beaucoup à celle de Richard ; toutes deux datent de la fin du xiie siècle ou du commencement du xme ; toutes deux sont en pierre de liais de Créteil. L’image récemment découverte est longue de 2m,23 : elle est couchée sur le dos comme toutes les statues sépulcrales de cette époque. Malheureusement, elle est très mutilée, outre qu’elle est fendue dans le milieu du corps ; elle a subi également des amputations considérables. C’est ainsi que la tête a disparu, de même que les deux mains; les bras sont fort mutilés, le pied gauche fait complètement défaut, ainsi que le lion qui le supportait.

« Le prince a la tunique ou robe longue fermée sous la gorge par une jolie fibule circulaire, dont la bordure est décorée de lentilles. Une élégante ceinture, bouclée à la hanche, présente sur toute sa longueur des croix de Saint-André, des traverses et des besans de l’aspect le plus gracieux. Le corps du prince est enveloppé du manteau royal, auquel il emprunte son nom de Court-Mantel. Le manteau est fermé sur les épaules à l’aide de deux agrafes en forme de quatre feuilles.

« Le duc-roi ne porte pas d’épée, pas plus que Richard. Comme lui, il soutient du bras gauche un sceptre brisé ; plus que son frère il montre, suspendue à sa ceinture, une charmante aumônière.

« Les fouilles, commencées le 17 octobre, ont continué les 18 et 19 du même mois, en présence de M. Barthélemy, de M. l’abbé Lebel et de plusieurs autres ecclésiastiques. Nous

TOMBEAU

avons dit que le premier jour nous avait amené la découverte de la statue sépulcrale. En continuant la fouille, au-dessous de cette image, on a rencontré, sous le mur même qui soutient la grille de fer, mais un peu plus au nord que le mausolée, un reste de cercueil de de plomb long d’environ 50 centimètres, et dont les deux lames, supérieure et inférieure, étaient aplaties l’ane sur l’autre. Ce plomb paraît fort ancien et a été coulé plutôt que laminé.

« Sous les lames et autour d’elles étaient des ossements noirs et desséchés. C’étaient des vertèbres, des cubitus, des fémurs, des tibias.

« Avec les ossements on a recueilli un fragment de cuir ou de peau de bœuf dans lequel fut enveloppé le corps 1 . »

Nous sommes tenté de regretter que l’artiste, chargé de restaurer la statue malheureusement mutilée, ait préféré en sculpter une nouvelle pour la remplacer sur le mausolée. Ce regret est devenu plus vif, depuis que nous avons vu et admiré l’ancienne au Musée des Antiquités de Rouen, où elle a été déposée. Le mausolée, érigé à Henri-le-Jeune, à l'opposé de celui de Richard-Cœur-de-Lion, contre la première travée nord du sanctuaire (pl. VI) est la répétition identique de ce dernier; ce qui nous dispense de le décrire. Il n’en diffère que par l’inscription, qui se lit ainsi :

hic ; jacet :

HENRICUS : JUNIOR i RICARDI ^ REGIS :

Page 1