‹ Tombeaux de la cathédrale de RouenChapitre 15 sur 99 · CHARTRE DU DUC DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

CHARTRE DU DUC DE BOURGOGNE

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U côté du sanctuaire, côté de l’Evangile, juste à l’opposé du tombeau de Pdchard-Cœur-de-Lion , s’élevait celui de Henri-le-Jeune, son frère, mort avant lui, le 10 juin

Ce mausolée était orné de la statue en pierre du jeune prince. Il ne portait aucune inscription. Voici celle qui, en 1736, prit la place du mausolée lui-même :

me JACET HENRICUS JUNIOR RICARDI REGIS ANGLIÆ COR LEONIS DICTI FRATER.

ORIIT ANNO MCLXXXIII.

« Cy git Henri-le-Jeune, frère de Richard roi d’Angleterre, dit Cœur-de-Lion.

Il mourut l’an 1183. »

Henri-le-Jeune était mort dans le fond du Quercy. Peu de temps avant de rendre le dernier soupir, il avait demandé à être inhumé dans la Cathédrale de Rouen, ainsi que l’attestent les historiens du temps, et comme le prouvent plusieurs chartes dictées par plusieurs témoins de sa mort, que j’ai trouvées en original dans les Archives du département delà Seine-Inférieure*, héritières des pièces manuscrites de l’ancien chapitre.

1 Ce chapitre est une nouvelle addition de Fauteur. — F. B. s Voir Appendice IV. — F. B.

TOMBEAU

D’après la volonté exprimée par Henri-le-Jeune, à son lit de mort, afin de pouvoir transporter son corps à une si grande distance, mais après avoir enlevé les entrailles et la cervelle, on le sala, puis après on l’enveloppa dans un cuir de bœuf et on l’enferma dans un cercueil de plomb*. A son passage au Mans, les habitants, jaloux de posséder une si précieuse dépouille, s’en emparèrent de force et l’enterrèrent dans leur église cathédrale. Mais, sur les réclamations du clergé de Rouen, et après une longue négociation, dans laquelle le pape lui-même fut forcé d’intervenir, et d’après l’ordre du roi Henri II, père du jeune prince, ils rendirent le corps1 *.

La veuve de Henri-le-Jeune, Marguerite de France, voulant assurer des prières pour lame de son mari, s’empressa d’écrire aux chanoines de Rouen : « que sur les sommes que devait lui envoyer le roi de Hongrie, elle avait donné l’ordre qu’on mît en réserve trois cents marcs d’argent, dont le revenu serait affecté à leur usage. » C’est dans cette charte que, s’exprimant d’une façon si touchante, elle dit : « qu’elle garde dans le plus profond de son cœur la mémoire toujours présente de son époux, et que, mort aussi bien que vivant, leurs âmes ne font qu’une. In secreto cordis nostri semper recentem servantes memoriam et unitatem mencium cum invente habuimus mortuo, quoque observare curantes , etc. 3 » Geoffroy de Bretagne, frère de Henri-le-Jeune, délivra, à Rennes, en 1184, une charte pour la fondation d’une chapelle, et y attachait un revenu de 20 livres pour le repos de l’âme de son frère4. Richard-Cœur-de-Lion, en montant sur le trône , s’associait à ce devoir pieux. Nous possédons sa charte, délivrée à Bordeaux, le 9 juin 1190, par laquelle il donnait à l'église Sainte-Marie de Rouen, pour le salut de l’âme de son frère Henri-le-Jeune, pro sainte cinimœ fratris nostri Henrici J unions qui in ecclesia Rothomagensi habet sepulturam, disait-il. un revenu de 30 livres angevines à prendre, chaque année, sur la prévôté de la ville de Rouen. Les obits de Henri-le-Jeune, fondés en vertu de cette donation, se célébraient, longtemps encore après, à la Cathédrale, où ce service était connu sous le nom des quatre petits chanoines des quinze livres.

1 « Defuncto rege filio, familiares sui quiaderant, exlractis visceribus et cerebro, corpus suum sale multo aspersum plumbo et coriis taurinis involverunt ut sic Rotomagum deferrent, ibidem sepeliendura sicut ipse præceperat. » Benoit de Pelerbourg. ( Recueil des Historiens de France, t XVII, p. 455).

Le corps de Richard-Cœur-de-Lion fut également mis dans du sel et cousu dans un cuir de bœuf. C’était l’usage de l’époque.

* « Jussit corpus effodi et in ecclesiam rothom. deferri, ubi ab archiepiscopo rotbom. et cantuariensi et episcopis Normanniæ et abbalibus et aliis religionis personis, ad sinistram parlem altaris beatæ Mariæ honorilicè, sicut tantum virum decebat, tumulatus est. » (Hisl. de France, t. XVIII, p. 335.)

3 La fin de cette citation, dont la source n'a pu être retrouvée, semble devoir être lue ainsi : Unitatem menlium quam viventi habuimus, mortuo quoque, etc. — F. B.

4 La charte originale est conservée aux Archives de Rouen.

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