‹ Tombeaux de la cathédrale de RouenChapitre 30 sur 99 · LIQUIT OPES, TUMULO DAT PIA THURA NEPOS · texte numérisé non relu

LIQUIT OPES, TUMULO DAT PIA THURA NEPOS

QUI VIVENS 2 PATRUO VIRTUTE ET HONORE PARENTANS CUM PATRUO FUNCTUS S AXA SUB ISTA JACET.

DIC, HOSPES, PIA VERBA, ET, SI TIBI CONSULIS, AMPLUM HIG PROPRIÆ EXEMPLAR CONDITIONIS HABE.

« Georges d’Amboise, l’honneur de la France, est étendu sans vie sous ce marbre de Paros. La France le vénéra vivant, la Normandie dans l’exercice de ses fonctions; la France et la Normandie en deuil le regrettent mort. La France pleure son légat, la Normandie, son pasteur, tous, deuil public! pleurent leur primat. Ses traits vénérables expriment encore son amour, mais la pompe a disparu, les honneurs pontificaux sont tombés. Le sénat de Rouen verse des pleurs sur son fondateur, le roi Louis sur son compagnon. Gaillon tout de marbre, la cloche 3, les lambris dorés4, expriment leur douleur. Religion, piété, charité, saints nœuds de la paix, vous qu’il portait vivant dans son cœur, vous avez péri avec lui. Il avait amassé des richesses, des amis; amis, richesses, il atout laissé ; voilà que son neveu brûle un pieux encens sur sa tombe. Uni avec lui d’honneur, de vertu, par les liens du sang5, son neveu repose avec lui sous la même pierre. Passant, prie pour eux, et, si tu fais un retour sur toi-même, pèse en ton esprit cet exemple éclatant de ta propre destinée. »

JFijpires principales.

La première statue, à la gauche du spectateur, représente le célèbre Georges d’Amboise ï, archevêque de Rouen et ministre de Louis XII, mort à Lyon, le 25 mai 1510,

1 Ce distique n’est pas reproduit par Dom Pommeraye. — F. B.

1 Vivus, chez Dom Pommeraye. Vixit vaudrait mieux pour la construction grammaticale. — F. B.

3 L'ancienne cloche de la Cathédrale de Rouen, appelée Georges d’Amboise, du nom du donataire.

4 Au Palais-de-Justice, à Rouen.

5 Parentans n’indique pas « des liens du sang », mais <t les devoirs rendus à un mort. » Le sens de ce distique, en admettant la correction de vixit, serait donc : « Celui qui vécut, rendant à son oncle par la vertu et par l'honneur un continuel hommage, gît avec son oncle, après sa mort, sous ce monument. •■> — F. B.

TOMBEAU

auquel ce tombeau fut élevé. Le prélat, en costume de cardinal, est a genoux et en prières, les mains jointes, le visage tourné à l’Orient, vers l’autel. La tête, pleine de dignité et d’expression, est d’une exécution admirable. La statue ainsi que le coussin sur lequel elle pose sont en albâtre.

Il paraît que, dans l’origine, cette statue était seule et occupait le centre de la tablette du sarcophage*. Aussi la première inscription, que nous venons de rapporter1, est-elle uniquement relative au personnage qu’elle représente, a Georges d’Amboise I, et ne parlet-elle point de Georges d’Amboise II, son neveu, dont la statue, dans le même costume et dans la même pose que celle de son oncle, se voit derrière celle-ci. Ce ne fut que plus tard que Georges d’Amboise 11, à la piété duquel nous devons ce beau monument, y fit placer sa propre image, voulant que la tombe de son oncle et prédécesseur devînt aussi la sienne, son cœur excepté, qui fut porté aux Cordeliers de Pontoise. Cette figure était en costume d’archevêque; mais Georges d’Amboise II, ayant depuis été promu au cardinalat (en 1545), voulut qu’on en substituât une autre avec les insignes de sa nouvelle dignité. (C’est cette seconde statue que nous voyons encore aujourd’hui; elle est en marbre blanc.)

lïiflje et lUnissntre.

Le fond sur lequel se détachent les figures des deux cardinaux , oncle et neveu, est chargé d’ornements et de sculptures. Il n’est pas une place qui ne soit travaillée. La partie inférieure est symétriquement divisée par de courts pilastres, qui rappellent ceux du soubassement. Les panneaux intermédiaires étaient ornés d’écussons aux armes d’Amboise ; ils ont disparu en 1793 3 . Au-dessus, et à la partie centrale, on voit un bas-relief d’un mètre environ en carré, représentant le patron du cardinal d’Amboise, saint Georges, armé et à cheval, terrassant et perçant de sa lance le dragon. Une femme en prières et un berger gardant ses brebis complètent le tableau. Ce joli bas-relief est en albâtre. A droite et à gauche sont rangées, dans autant de niches, six statuettes, qui sont couronnées de larges coquilles dorées. Elles représentent, en commençant par la gauche :

lo Un évêque ou archevêque.

2° La sainte Vierge tenant l’enfant Jésus dans ses bras. Jolie tête de femme ; cheveux et ornements dorés.

1 On aperçoit encore la trace des crampons qui l’y retenaient.

5 Voir plus haut : « Paslor eram, etc., » p. 72.

5 Leurs armoiries ont été rétablies depuis, comme on les voit aujourd’hui. — F. B.

DE GEORGES ü’AMBOISE.

3o Saint Jean-Baptiste, ou Jésus portant l’agneau. Pose heureuse et belles draperies.

4° Saint Romain conduisant le dragon en laisse,

5° Personnage saint revêtu d’un cilice.

60 Archevêque donnant sa bénédiction.

L’or était prodigué sur toutes ces figures.

Sur la même ligne, aux deux extrémités opposées, contre les piliers formant arcs-boutants, sont deux statuettes d’archevêques, surmontées de dais artistement travaillés à jour. Au-dessous de celle de gauche était une figure d’Espérance, comme l’indique l’inscription qui existe encore ; au-dessous de celle de droite se voit une charmante figure de la Virginité, tenant un lys d’une main, un livre d’heures de l’autre. Ces deux figurines sont comme coupées en deux par la tablette du sarcophage, qui aura été placée après coup.

Au-dessus du bas-relief et des six premières statues s’élève et s’arrondit une riche voussure à caissons, qui se termine par trois pendentifs à jour. Toute cette partie est couverte de dorures, qui brillent sur un fond bleu dans l’origine, mais qui a passé au vert avec le temps. Elle est surmontée d’une jolie frise à rinceaux entremêlés d’oiseaux et de génies.

JÜtirjue d Couronnement.

L’attique est divisé par des pilastres en six niches qui sont entrecoupées de cinq plus petites, et de sept, si l’on veut compter celles des deux pilastres latéraux. Dans les six niches principales sont assis, deux à deux, les apôtres, reconnaissables à leurs attributs. Des figures de prophètes occupent les petites niches intermédiaires. Voici dans quel ordre sont rangées, en commençant par la gauche, les dix-neuf figures, qui portent leur nom ;

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