MOÏSE
TOMBEAU
Les trois sybilies, Simerie, Europe, Agripe, que l’artiste a placées là en compagnie des apôtres et des prophètes, ont été canonisées de son chef, et il ne pouvait faire mieux pour elles, dans cette circonstance, à moins qu’on ne veuille expliquer YS qui précède leur nom par Sybille au lieu de Sainte.
D’élégantes tourelles à jour, au centre desquelles sont placées des figurines, couronnent l’attique. Ces tourelles sont entremêlées de petits pinacles également à jour, et travaillés avec non moins d’élégance. Ils sont accompagnés de petits anges qui tiennent à leur main une guirlande suspendue, à laquelle est attaché un cartouche. Ces cartouches sont au nombre de six et portent le nom de Georges d’Amboise.
Nous ne terminerons pas la description de ce magnifique mausolée, sans faire remarquer que toute sa partie inférieure, celle qui forme le sarcophage, est en marbre, et que tout le reste, à partir de la tablette sur laquelle sont agenouillés les deux cardinaux, est en albâtre 1 .
Par une fatalité qu’on ne saurait trop déplorer, le nom des auteurs de la presque totalité des monuments en tout genre, que nous a légués l'antiquité ou le moyen âge, est resté inconnu. Nous 11e nous chargerons pas d’en expliquer les causes; c’est un fait malheureux que nous nous contentons de signaler. Pour ne parler que de la Cathédrale de Rouen, cet édifice possède six anciens tombeaux, dont quelques-uns, et celui de Georges d’Amboise particulièrement, n’ont jamais dû cesser de fixer l’attention et n’appartiennent pas à une époque bien reculée. Cependant il serait impossible de demander, à la tradition ou aux nombreux ouvrages qui ont paru dans la ville de Rouen, le nom d’un seul des artistes qui ont travaillé à ces précieux monuments. Jusqu’à ce jour tout était muet. D’heureuses investigations, dans les anciennes archives de la Cathédrale, m’ont mis enfin à même de pouvoir réparer, pour le mausolée qui nous occupe en ce moment, le silence de nos devanciers ; mais c’est une bonne fortune qu’il ne m’a pas été permis d’étendre aux autres tombeaux. Tout ce qu’on savait sur celui de Georges d’Amboise se bornait à la simple indication suivante : « que ce mausolée avait été posé l’an 1522, et que l’on avait été sept ans à y travailler sans discontinuation 2. » Encore n’est-elle pas parfaitement exacte.
Le cardinal d’Amboise était mort à Lyon, le 25 mai 1510, âgé de cinquante ans; son cœur et ses entrailles furent inhumés à Lyon; son corps fut transporté à Rouen, et inhumé le 29 juin, dans la chapelle de la Vierge de laCathédrale, suivant le désir qu’il avait exprimé dans son testament :
1 II faut en excepter la voussure, qui est en pierre de Vernon. ’ Voir l’Appendice VU.