TOMBEAUX DE CLAUDE GROULART ET DE BARDE GUIFFART
plus pieuse, je contractai un premier mariage avec très illustre sénateur (membre du Parlement) Robert Leroux de Tilly, lequel j’épousai, ce que j’avais toujours redouté. Ensuite, dans la fleur de l’âge, par les conseils de mes amis, sous d’heureux auspices, je convolai en secondes noces avec illustrissime président du Parlement de Rouen Claude C roui art, Oh ! pour moi union sympathique. Je laisse survivants, le mari le plus chéri, cinq enfants gages les plus doux de ma double union, d’un heureux naturel et d'un bon espoir. Adieu, âmes si tendres. Soyez pour moi morte, comme si j'étais vivante, et comme si je vivais devant mourir l. Elle mourut l’an du Christ 1599. »
L’expression plus qu’extraordinaire, qu'on met dans la bouche de Barbe Guiffart en la faisant parler de son premier mari : quem, quod semper exhorrescebam, duxi % ne permet pas de supposer que les enfants de son premier lit aient dicté cette épitaphe. Claude Groulart, son second mari, ne l’eût pas fait par délicatesse. Ses fds seuls, ceux qui avaient fait graver l’épitaphe de Claude Groulart, ont pu se le permettre ; encore est-il à remarquer qu'ils se sont abstenus d’inscrire, sur le marbre de Barbe Guiffart, leur nom, comme ils l’ont fait sur celui de leur père.
1 «Traitez-moi comme si je vivais étant morte, et comme si j’avais vécu en vue de la mort. » La traduction de M. Deville justifie la correction proposée plus haut. — F. B.
* Le mot dueere se disant, en latin, dans le sens de se marier , pour un homme, et non pour une femme, nous pensons que l’épitaphe aurait dû être ainsi rédigée : « Tilio, qui me, quod semper exhorrescebam, duxil. — Leroux de Tilly qui, malgré mon constant éloignement pour le mariage, m’épousa. » Cet éloignement, lors de son premier mariage, a pu provenir de son jeune âge, puisqu’elle dit aussitôt: « Ensuite, à la fleur de l’âge, sur l’instance de mes amis, j’épousai en secondes noces le président Groulart, etc. » Mais, qu’il y ait eu quem duxi ou qui me duxil, dans le texte original, avec ou sans la faute de latin, le sens reste bien le même. Toutefois, celte explication serait une circonstance légèrement atténuante pour ce que le texte latin a « d’extraordinaire * , tout d’abord, puisque l’éloignement porterait sur le mariage et non sur la personne. — F. B.
ÜLombc# vt Jn0cripti0U0 biwm*.
Aperiam tumulos vestros.
(Ezéchiel.)
* J’ouvrirai vos tombeaux. »
L nous reste à parler des tombes plates et cîe ces inscriptions diverses qui sont disséminées dans les différentes parties de l’église. Le plus grand nombre de ces pierres tumulaires, foulées depuis tant de siècles sous les pieds des fidèles, ne laisse apercevoir aujourd’hui que des traces à peu près indéchiffrables ; presque toutes, d’ailleurs, ont été déplacées, à plusieurs reprises, et ne rappellent qu’un souvenir incertain et confus des sépultures qu’elles indiquaient dans l’origine. « On a déplacé tant de tombes dans cette église, dit un des historiens de la Cathédrale, on en a enlevé un si grand nombre pour en faire des tables d’autel et d’autres ouvrages, qu’au milieu de cette confusion il n’est pas possible de porter un jugement certain 1 . » Nous ne nous arrêterons donc qu’à celles qui, soit par la certitude des indications, soit par la célébrité des noms auxquels elles appartiennent, soit enfin par leur antiquité et le caractère de leurs dessins, nous ont paru dignes d’intérêt.
1 Toussaint Duplessis, Description de la Hie Normandie, t. II, p. 23.
L’auteur de la Description historique et géographique de la Haute-Normandie n’aborde qu’incidemment l’Histoire de la Cathédrale. Son ouvrage devait servir d'introduction à l’Histoire de l'Eglise de Rouen, dont Toussaint Duplessis brûla le manuscrit, en 1737, comme nous l'apprend une des lettres adressées par lui à l'archevêque de Rouen, de Saulx-Tavannes. Il semble toutefois qu’il refît cette histoire, sans pouvoir l’achever. Voir Nouvelles Recherches sur les Bibliothèques des Archevêques et du Chapitre de Rouen, par l’abbé P. Langlois, pages 14, 15 et î3. — F. B.
TOMBES
Nous étions placés, il n’y a qu’un instant, clans la chapelle de la Vierge. Nous partirons de ce point pour examiner les tombes et les inscriptions, en descendant successivement de celte chapelle vers les bas-côtés du chœur, puis dans le chœur lui-même, ensuite dans les transepts. Nous terminerons par la nef et ses bas-côtés.