‹ Tombeaux de la cathédrale de RouenChapitre 5 sur 99 · IPSI PROVIDEAT TUA SIC CLEMENTIA, CHRISTE · texte numérisé non relu

IPSI PROVIDEAT TUA SIC CLEMENTIA, CHRISTE

TE UT SEMPER VIDEAT COETIBUS ANGELICIS. '

1 Epitaphe rapportée par Taillepied, qui a bien estropié les deux derniers vers. Voir les Ànliqw.tez de Rouen édit, de 1587, p. 132. — F. B.

<( Le duc des Normands , le type de tout ce qu'il y a de bien . Rollon l’intrépide, le

fort, que la gent normande invoque à l’article de la mort, est enfermé dans ce tombeau. Que ta clémence s’étende sur lui, ô Christ, et qu’il te voie éternellement dans le chœur des

Anges. »

Il règne une si grande obscurité sur la chronologie de nos premiers ducs, et principalement sur celle de Rollon, qu’il est difficile de déterminer, d’une manière précise, la mort de cet homme célèbre. L’auteur de l’épitaphe moderne, ainsi que la plupart des historiens, suivant en cela Orderic Vital, le font mourir cinq ans après son baptême, c’est-à-dire en 917. Flodoard, historien contemporain, et par là -même plus digne de foi, le montre vivant encore en 928. Si l’on doit admettre, ainsi que lè donne à entendre le texte de Dudon de Saint-Quentin, que ce fut, non pas cinq ans après son baptême, mais cinq ans après avoir associé son fils au gouvernement, qu’il mourut, Rollon aurait prolongé sa carrière jusqu’en 931 , ou même jusqu’en 932.

Nos chroniques font paraître Rollon en 87G sur les rives de la Neustrie; celles du Nord vingt ans plus tard *. Ce qui parait certain, c’est que Hrolf, auquel nous avons donné le nom plus doux de Rollon % fut exilé à perpétuité de la Norwége, en 895, par suite de sa désobéissance au roi Harald. C’est de ce moment que, privé de l’espoir de rentrer sur sa terre natale, ce puissant pirate , comme s’expriment les Sagas du Nord, adopta nos rives occidentales, pour les ravager d’abord , pour s’en emparer et les gouverner plus tard.

Rollon était depuis longtemps maître d’une partie de la Neustrie, lorsque Charles-le- Simple, par un acte que les contemporains et la postérité ont taxé de faiblesse, mais qui* fut forcé et peut-être politique, à bien examiner, la lui concéda3, sous la réserve de foi et hommage. 11 paraît faux, malgré le témoignage de nos plus anciens écrivains normands, que Charîes-le-Simple ait sanctionné cette cession , en accordant à Rollon la main de sa fille Gisèle4. Un jeune prince, marié seulement depuis cinq années, ne pouvait avoir une fille à donner en mariage et moins encore à un homme plus que sexagénaire.

Ce qui est plus certain , c’est que Rollon embrassa la religion de ses nouveaux sujets.

1 Snorre. — Peut-être Rollon avait-il fait antérieurement quelques excursions en France, comme simple compagnon, si ce n'est comme chef de pirates du Nord, ce qui pourrait expliquer la date de 876, sans contredire celle des historiens de son pays, qui n’auront pas tenu compte de ses premières armes. Au surplus, ce n’est là qu’une simple conjecture, que nous abandonnons au jugement des érudits.

* Son arrière-petit-fils, Richard II, le nomme encore, dans une de ses chartes, Rolphus. C’est le vrai nom norvégien latinisé.

3 II faut en excepter l’Avranchin, le Cotentin et le pays de Bayeux, qui ne furent incorporés que plus tard à la Normandie.

i Voir la Dissertation de M. Th. Licquet sur cette question. Société des Antiquaires de Normandie, 1827, p, 258- 272. — F. B.

DE ROLLON

Il fut baptisé, en 912, par l’archevêque de Rouen Francon. Cet acte de haute politique ne contribua pas peu à affermir sa puissance et à assurer la domination normande.

La Neustrie respira sous le gouvernement sévère et éclairé de celui qui l’avait mise à feu et à sang; cette belle province ne tarda pas à sortir de ses ruines.

Ce qui distinguera à jamais Rollon des autres chefs normands qui, non moins vaillants peut-être que lui, portèrent la terreur sur le sol français, c’est qu’il eut la gloire d’être fondateur, et que, à l’ombre de son nom, de ses lois et de son épée, ses enfants et leurs successeurs conservèrent sous leur domination, durant près de trois siècles, une des plus belles et des plus riches provinces de l’Europe.

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