‹ Tombeaux de la cathédrale de RouenChapitre 54 sur 99 · PL. XVII · texte numérisé non relu

PL. XVII

ET IiXCRIPTIONS DIVERSES.

Les chanoines de Rouen ne firent pas tant de réflexions en 1732. Quoi qu'il en soit, au surplus, du fond de celte anecdote, il est bien certain que le narrateur a mis dans la bouche de Louis XI une véritable amplification de collège. Louis XI a pu respecter le tombeau du duc de Betford, mais, à coup sûr, il ne s’est pas exprimé comme on vient de le faire parler ici.

En descendant maintenant dans le chœur, nous trouverons la place qu’occupait le tombeau de Charles V. « La pièce la plus apparente du chœur, dit Dont Pommeraye dans son Histoire de la Cathédrale , est le tombeau de marbre noir qui est au milieu, sur lequel est représenté, couché de son long, Charles Y tenant son cœur en sa main ; la figure est de marbre blanc de grandeur naturelle et revetuë a la royale 1 . »

C'est en vain qu’on chercherait, à l’heure qu’il est, ce tombeau.

Ce fut au mois de février 1737 que le clergé de la Cathédrale, par suite du remaniement du pavage du chœur, pour la démolition duquel on allouait au maître-maçon Cécille une somme de 509 livres, détruisit le tombeau de Charles V ! A qui voudrait en douter nous dirons : Lisez le procès-verbal suivant :

« Procès-verbal

de la démolition 'du tombeau du cœur de Charles V.

« Le lundi 25 février 1737, en conséquence de l’ordonnance de vendredi dernier, aujourd’hui sur les quatre heures après midi, messieurs de la Belloniere, Leclercq et de Charcouviile commissaires nommés pour veiller sur les ouvrages qui se font dans le chœur de cette eglise, présence de monsieur le doyen et plusieurs de messieurs ont fait démolir et détruire le tombeau de Charles V roy de France ; dont a été dressé par le secrétaire du chapitre, par ordre de messieurs, le présent procès-verbal.

« Le tombeau de Charles Y etoit de forme carrée portant trois pieds de haut sur quatre pieds de large et sept de longueur surmonté d’une grande table de marbre noir sur laquelle etoit représentée en marbre blanc et de grandeur naturelle la figure de Charles V, tenant de la main droite un cœur de même matière. Les pourtours du tombeau avec son socle cannelé etoient d’ardoise et mutilés en plusieurs endroits. Au pied de ce tombeau qui finissoit dans la ligne du milieu des deux colonnes qui terminent les stalles s’est trouvé un puits de vingt-six pieds de profondeur prenant six pieds d’eau très claire. A la tête de ce

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tombeau, en fouillant environ deux pieds, il s’est trouvé une pierre d’environ vingt-cinq pouces sur sa longueur et un pied et demi sur sa largeur qui couvre la superficie d’un petit caveau d’environ quinze pouces en carré et un pied de profondeur au fond duquel est. le cœur de Charles V soutenu sur une petite grille de fer faite en forme d’étoile sur la superficie de ce petit caveau. Sous la première pierre s’est trouvée une plaque de plomb sans inscription, posée sur une grille de fer qui sert de couvercle au cœur du Roy. Ce cœur est renfermé dans une boëte d’etain en forme de cœur, qui s’est trouvée ouverte en plusieurs endroits, et sur le champ on a fait refermer et sceller à mortier ledit caveau. Sa table de marbre noir, dont il a été parlé ci-dessus, a été destinée, conformement aux ordres du Roy, en date du douze février dernier, pour servir de tombe, sur laquelle on gravera, en lettres d’or, l’inscription suivante :

ET

AETERNAE MEMORIAE SAPIENTISSIMI PRINCIPES

CÀROLI Y,

GALLIARVM REGIS,

NORMANNIAE ANTEA DVCIS,

QVI IIANC ECCLESIAM AMORE SINGVLARI COMPLEXVS BENEFICIISQVE IMMENSIS PROSECVTVS EANDEM AVGVSTISSIMI CORDIS SYI RELIQVIT IIEREDEM,

VBI IN OMNIVM ANIMIS VIVERE NVNQVAM DESINET.

OBIIT ANNO SALVTIS IIVMANAE

MCCGLXNX ' .

« Au Dieu très haut et très grand et

à l’éternelle mémoire

1 Registre capitulaire.

L’inscription était de l'abbé Térisse, chanoine et archidiacre. Nous la donnons’ telle que M. l’abbé Cochet l’a reproduite ( Découverte du cœur de Charles V, p. 14), d’après D.ucare), c’est-à-dire .avec des V à la place des IP et avec quelques mots rectifiés pour le sens. — F..B.

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du très sage prince,

CHARLES V, roi de France,

ci-devant duc de Normandie, qui épris d’un singulier amour pour cette église

et après l’avoir comblée de ses bienfaits la fit héritière de son auguste cœur, là où sa mémoire vivra dans l’âme de tous *.

Il mourut l’an de la rédemption humaine . 1380. »

Par suite de la disposition relative à cette inscription et de l’emploi d’une portion de la grande table de marbre noir du tombeau pour la recevoir, le clergé passa le marché suivant :

« 1737. Marché fait avec Thomas Mette maitre fondeur de faire une plate bande de cuivre d’un seul morceau avec 8 ou 10 petits cœurs formés dans la dite bande... , les polir et placer la d. bande autour de la tombe en marbre plat noir de Charles V de sorte que la d. bande qui n’aura que deux pouces et deroy de largeur et deux lignes d’epaisseur, n’excedera point la superficie de la tombe carrément réduite comme elle est maintenant ni le pavé de liais qui sera aussi carrément réduit comme la tombe de marbre..., attendu que la d. plate bande sera attachée et scellée avec clous à tète perdue et crampons de plâtre2. »

L’inscription a disparu elle-même à son tour, et est allée rejoindre, avec sa bande de cuivre et ses petits cœurs, la tombe et la statue du sage et bon roi Charles Y.

Quelques poignées de plâtre, cachées sous le pied du pupitre des chantres (nous l’avons vu de nos yeux), restèrent seules pour marquer la place où fut déposé le cœur de Charles V. En léguant ce précieux dépôt à sa chère église de Rouen, ce bon roi ne s’attendait pas à un si cruel outrage. Les calvinistes, à la funeste époque de 1562, avaient, il est vrai, insulté

1 Plus exactement : <c Là où il ne cessera de vivre dans les souvenirs de tous, •> pour traduire les mots vivere nunquam desinet , que M. Deville avait lus : vivens nunquarn deseruit. — F. B.

8 Nous n’avons pu retrouver trace de ce marché dans les registres capitulaires faisant partie de la bibliothèque du chapitre. On y voit seulement le désir de refaire la tombe avec la plus grande simplicité. « Lundi 15 avril 1737. — M. Le Clercq (chanoine, commissaire du chapitre; a été prié et autorisé de faire mettre sans aucun ornement et toute nue la lame de cuivre qui doit estre autour de la tombe qui est sur le cœur de Charles V, roy de France. » — F. B.

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sa tombe et son image ; mais ils s’étalent ‘contentés (le les mutiler. Le clergé métropolitain les fit disparaître *.

Charles Y, qui avait été duc de Normandie et qui portait une affection particulière a cette province et à la ville de Rouen, avait formellement exprimé le désir qu’elle possédât son cœur après sa mort. Pour être certain que sa volonté ne tut point éludée, il avait fait faire, de son vivant, le tombeau qui devait recevoir cette plus noble partie de lui-même. Ce fut, en 1307, treize ans avant sa mort, qu’on en posa la première pierre. En même temps, par acte du mois de juillet de la même année, il fonda une rente pour des messes à célébrer dans la Cathédrale, à des époques déterminées, qu'il voulut qu’on appelât : « Les messes du roi Charles, » et qui devaient être dites sur un autel placé à la gauche du maître-autel, et auquel il imposa le nom royal. J’ai retrouvé, dans les anciennes archives de la Cathédrale, une copie de cet acte, qui n’a pas moins de vingt-cinq pages d’écriture3. Le prince, après avoir adressé à l’église cathédrale de Rouen, dans un vrai style d’écolier de rhétorique, l'éloge le plus pompeux : « Lucerna super montem porta major et metropolitanis ac primitiva prœcipua que totius clucat us nostri Normanniæ davis3; fanal sur la montagne, porte majeure et métropolitaine, primitive et principale clé de tout notre duché de Normandie, » entre dans les détails les plus minutieux, tant sur la fondation elle-même que sur les dispositions accessoires, et sur le cérémonial ii observer lors de la célébration des messes. Le nombre des chapelains, des enfants de chœur et autres, qui doivent y assister, leur costume, les ornements sacerdotaux et les vases sacrés à employer, le nombre et jusqu au poids des cierges et des torches à allumer tant sur l’autel qu’ autour du tombeau, le nom de la cloche qui doit être mise en branle (la Rigault), etc., etc..; rien n’y est omis. O11 voit clairement que le bon roi Charles faisait de tout ceci une affaire importante, et qu il.s’.entendait au cérémonial.

On travaillait encore au tombeau de Charles V en 1368. La pièce suivante, que j’emprunte au tome IIe des Archives de 'la Normandie 4, en fait foi :

* Voir l’Appendice XIII.

5 On lit au dos :

« Fundatio regis Karoli facta anno millesimo trecentesimo sexagesimo septirao mense julii. »

3 La critique serait assez méritée, si le texte était celui que donne M. Deville. Mais ce passage a été très mal lu. Il y a : « Lucerna super montem posila , tanquam major et metropolis. ■ . . clarius elucescat. » Voir 1 Appendice XIV. — F. R.

4 Cette pièce y fut mise par M. A. Le Prévost. Elle figure parmi les Titres inédits tirés des combles clc Ici bibliothèque du Roy. — Archives de. la Normandie, IIe année, „p. 328-310. —.F.. B.

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« Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, à nostrc Lien amé Jehan Dorlienz * , receveur général en nostre pays de Normendie des aides ordenées sur le fait de la rédempcion de nostre très chier seigneur et pere, que Dieu absoille, salut.

« Nous vous mandons et enjoignons estroitement que, tantost et senz délay, ces lettres vues, vous bailliez et délivriez des deniers de vostre recepte la somme de quatre c.enz franz d’or, c’est assavoir à Hennequin de Liege3, ymaginer, la somme de trois cenz franz, en rabat de la somme de mil franz d’or3, en.laquelie nous sommes tenuz à lui à cause d’une tumbe d’albastre et de mabre (sic), que nous li faisons faire nous, laquelle nous avons ordené estre mise en cueur de l’Eglise de Rouen où nous voulons que nostre cueur soit enterré, quant il plaira à Dieu que nous yrons de la vie à trespassement ; — item a Jehan Perier, maçon et maistrc de l’œuvre de la dicte église de Rouen, la somme de cenz franz en rabat de la somme de deux cenz franz (2,600 francs environ de notre monnaie moderne), en laquelle nous sommes aussi tenuz à lui pour cause de certaine œuvre et maçonnerie de pierre 4, qu’il a fait pour nous en la dite eglise. Et nous donnons en mandement à noz aînés et féaux les gens de noz comptes à Paris, que, par rapportant lettres de quittance des diz Hennequin et Jehan et ces présentes, ilz alloent en voz comptes ycelle somme de quatre cenz franz dor et rabatent de vostre recepte sanz contredit et difficulté aucune, non contr’estant ordenance, mandement ou deffense contraire.

« Donné à Paris le 5e jour de décembre, l’an de grâce mil troiz cenz soixante et huit, et de nostre régné le quint.

« Par le Roy, Flanchet, »

Charles V survécut au legs anticipé qu’il avait fait de son cœur à la Cathédrale de Rouen. Treize années 3 devaient s’écouler avant qu’elle reçût ce précieux dépôt.

On lit, à la date du 24 septembre 1380, sur ses registres capitulaires, l’annotation suivante, accompagnée de la figure d’un cœur :

’ Le nom de ce personnage figure sur la liste desjnaires de la commune de Rouen, en l’année 1359.

5 Les membres de cette famille, laquelle existe à Liège, ainsi que j'ai pu m’en assurer sur les lieux, n'ont p.as cessé ,d’y exercer, de père en fils,. l’art de la sculpture et de la ciselure. Le dernier d’entre eux s’y occupe, en ce moment, de la fabrication des armes.

8 On frappait 03 francs d'or dans le marc; 1,000 francs équivaudraient à 13,000 francs de nos jours.

* 11 s’agit, sans doute, du caveau dans lequel fut déposé le cœur de Charles V, au-dessus duquel fut élevé le tombeau portant la statue, et de quelques autres travaux de maçonnerie accessoires.

5 Parce qu’on suppose que le travail esL.antérieur d’un .an à la pièce de 1308, qui en fait. mention. F. B.

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ROTHOM ' COR REGIS KAROLI QUIXTI SEPELLITUR IN ECCLESIA ROTHOM \

« A Rouen le cœur du roi Charles V est enseveli dans la Cathédrale de Rouen. »

Le tombeau de Charles Y était dans une telle vénération, que des meurtriers, qui avaient cherché nn asile dans la Cathédrale, ne crurent pas trouver, dans toute l’église, un refuge plus sacré : à l’approche du bailli, qui les poursuivait, ils montèrent sur le tombeau de Charles V 3.

Ce sentiment ne servit pas toujours de sauve-garde au sépulcre du prince. En 1567, un vol fut commis dans le tombeau. Les registres capitulaires, auxquels nous empruntons ce fait singulier, ne disent point en quoi consistait ce larcin.

C’est devant l’image et le cœur de Charles Y que les rois et les princes, lors de leur joyeuse entrée à Rouen, venaient s’agenouiller. Ils avaient là, sous les yeux, un grand enseignement : heureux ceux qui savaient interroger le cœur de celui qui avait reçu le nom de Sage !

Henri IV, faisant son entrée dans la Cathédrale de Rouen, le 16 octobre 1596, vint « s’agenouiller devant le grand autel au pied de la tombe ou sepulchre du roy Charles cinquiesme. »

Avant lui y avaient ployé le genou :

Louis XII, le 28 septembre 1508;

François Ier, le 2 août 1517 ;

Henri II, le 1er octobre 1550;

Charles IX, le 12 août 1563.

Ils pouvaient tous trouver là des inspirations et un modèle.

Louis XIV enfant, au mois de février 1650 4, y venait à son tour.

I)e tout temps, l’ancien clergé de la Cathédrale, plein de vénération pour la mémoire de

1 Ici se trouvait dessinée la figure d'un cœur, comme il vient d’être dit. L’impression n’a pu la reproduire.— F. B.

5 Ce passage est de la plus haute importance ; car il paraît qu’une lacération postérieure l’a fait disparaître des registres capitulaires, comme M. l’abbé Cochet s’en plaint vivement dans une note de sa Découverte, reconnaissance et déposition du cœur du roi Charles V, etc., p. 6.— Il sert en effet à déterminer le jour où le cœur fut apporté et enseveli à Rouen. C'est le 24 septembre. La date du 0 octobre, que nous avions indiquée àM. l’abbé Cochet, en lui fournissant la citation de la Chronique des quatre premiers Valois, est celle du « Service dudit eueur du Roy à Rouen ; » quinze jours après avoir été « enseveli dans l'église. » — F. B.

* Histoire du privilège de saint Romain, t. Ier, p. 1 10.

4 Le 5 février. — F. B.

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Charles V, son bienfaiteur, veillait sur le tombeau qui portait son image et qui recouvrait le cœur de ce sage et bon roi. Il en a laissé la preuve dans ses registres manuscrits parvenus jusqu’à nous. Nous y lisons, à la date de 14QG :

« Paie à Jehan Le Courtois orfeure pour avoir nétoié et esclarci les capiteaulx et piliers de laton (de cuivre) qui sont sur la tombe du roy par marchié fait . xii s. »

Un demi-siècle après, nous lisons :

« 1460.... Par les mains de messe Richard Tierry presbytère distributeur des deniers du chœur de l’eglise pour les cierges et torches des services de deffunct prince Charles quint roy de Franche et pour les netoyemens de l’image de nostre Dame qui est dessus le tronq, avec la sépulture du Roy qui est en ceur de lad. esglise au terme Saint-Michel et Pasques par égal . . . . xx livres. »

L’année suivante, on inscrivait au registre ;

« 1461. Maistre Guiffroy Richier maistre machon de l’eglise *, pour avoir rassis en leur deu plusieurs petits ymages d’entour la sépulture du Roy (elles devaient être en cuivre) estante au ceur de l’eglise et y avoir vasqué par demy jour et plus payé à luy pour sa paine

le lie jour qu m0yS qe juinet . iii s. ix d.

« Pour demy boissel de piastre employé aux d. ymages . m d. ob. »

Quinze jours après, on se préoccupait de nouvelles réparations à y faire :

« La tombe était brisée en plusieurs endroits, dit le registre capitulaire de 1476 : in multis locis fracta. » On se mit à la réparer.

Deux siècles plus tard, les choses avaient bien changé : on payait des ouvriers...., mais pour l’abattre et la détruire !

Lorsque des mains impies brisèrent la tablette de marbre commémorative, que le clergé avait fait placer en 1737, le eœur de Charles Y, qu’elle recouvrait, avait-il été respecté ? Il était permis d’en douter.

Une heureuse inspiration de M. Rarthélemy, architecte diocésain, a permis de constater que la Cathédrale de Rouen possédait encore cette précieuse relique.

1 Le registre capitulaire porte, à l'année 1462, dans le courant du mois de mars, la mort de jG-uiffroy Richier, maître-maçon de la Cathédrale. On ne mentionne pas l’endroit de sa sépulture.

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Voici la copie de la lettre que M. Barthélemy nous écrivait, le 26 mai 1862:

« Je m’empresse de vous annoncer une nouvelle qui, j'en suis sûr, vous intéressera vivement. Nous avons retrouvé le cœur de Charles V! Voici ce qui a donné lieu à cette découverte. Depuis quelque temps, je me proposais de rétablir, dans le chœur de la Cathédrale, sous le pupitre, l’inscription commémorotive du legs que ce grand roi avait fait de son cœur à la Cathédrale de Rouen, et, après avoir tracé cette inscription, je me disposais à la faire graver, lorsque, y réfléchissant avec l’abbé Cochet et deux chanoines de la Cathédrale-, les abbés Robert et Colas, je leur proposai, avec l’approbation de Mgr l’archevêque de faire lever les dalles qui devaient couvrir ce précieux dépôt et de nous assurer de sa présence.

« C’est aujourd’hui que nous avons fait, tous les quatre ensemble, cette recherche, et, à lm,12 au-dessous du dallage du chœur % sous deux assises de pierre fortement scellées, nous avons trouvé un petit caveau de 0m,6i- de longueur sur 050 de largeur, et 0m,56 de profondeur, fermé, à sa partie supérieure, par une grille de fer recouverte d’une plaque de plomb, et au fond de ce caveau, sur une plaque de plomb posée sur une grille semblable à la précédente et à 8 centimètres du fond, se trouvait le cœur du grand roi. Il était dans un état pulvérulent et recouvert de la partie supérieure de la boite d’étain qui le contenait (la partie inférieure touchant au plomb était entièrement oxydée). Ce qui reste de la boite ne porte aucune trace d’inscription. (PI. XIX).

« Nous avons déposé en lieu sûr, pour quelques jours, jusqu’au retour de Monseigneur, cette précieuse relique, que nous réintégrerons ensuite en place, en la mettant dans une nouvelle et convenable enveloppe; puis, nous ferons une nouvelle inscription commémorative de cette découverte.

« J’ai pensé que le savant historien des Tombeaux de la Cathédrale de Rouen devait être le premier à apprendre cette intéressante découverte, et, comme elle a eu lieu ce soir, à six heures un quart, je ne veux pas attendre, même à demain, pour la lui annoncer. »

A quelques jours de là, nous recevions la lettre suivante de M. Barthélemy :

« Le vendredi 6 juin, à quatre heures après midi, après avoir fait exécuter avec soin par un plombier (M. Récaille) une boite en étain, en forme de cœur, formée de deux pièces, nous avons, en présence de Mgr l’archevêque, de l’abbé Cochet 5 et des chanoines qui avaient

' Mgr de Bonnechose.

J Au milieu du chœur, devant l’aigle, et en lace de la chaire archiépiscopale. 3 Inspecteur des monuments historiques de la Seine-Inférieure.

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