DEXTRUM ALTARIS LATUS JACET
JOHANNES DUX BETFORDI a NORMANNJÆ PROREX OBIIT ANNO M.CCCC.XXXV1 * *.
« Au côté droit de l’autel gît Jean, duc de Betford, vice-roi de Normandie.
Il mourut l’an 4435. »
On voit que cette inscription, qui devra être reportée à sa véritable place, n’est point en rapport avec l’endroit qu’elle occupe, puisqu’elle se trouve placée juste derrière le maîtreautel4. Le fait est que le tombeau du duc de Betford, ainsi que le dit l’inscription ellemême, s’élevait au côté droit de l’autel, qui devient le côté gauche pour celui qui entre dans l’église, ainsi que nous nous sommes nous-même placé en décrivant les divers tombeaux que nous avons passés en revue. Les registres capitulaires de la Cathédrale ne permettent aucun doute à cet égard. On y trouve, sous la date de 143G, l’annotation suivante, en langue latine, selon l’habitude :
1 Ce jeune prince portait le surnom de Longue-Epée, ce qui l’a fait quelquefois confondre avec son homonyme, le fils de Rollon : l’obituaire du xni° siècle de la Cathédrale et lecartulaire de l’abbaye de Saint-Wandrille lui donnent ce surnom.
5 Un peu plus loin, on lit Betfop.die pour Betfordiæ, dans une délibération du chapitre. Voir p. 139. — F. B.
5 Cette inscription, faite et placée au xvm' siècle, est de l’archidiacre Térisse. — F. B.
4 L’explication du fait est donnée par une délibération du chapitre, en date du 28 décembre 1736. « il a été dit que l’inscription du duc de Bedford serait mise, pour l’uniformité, derrière l’autel du chœur de cette église, quoique son corps soit du costé de l’Evangile. » — F. B.
ET INSCRIPTIONS DIVERSES
« Anno Domini millesimo cccc. xxxvt0, die ultima mensis septembris, in hac Rolhomagensi ecclesia, in choro in sinistra parte subtus feretrum sancti Synerii, prope pedes regis Henrici, fuit inhumatus deffunctus, inclitc memorie, dominus Johannes dux Bctfordie, regens et gubernans regnum Francie »
« L’an du Seigneur 1435, le dernier jour du mois de septembre, en cette église de Rouen, dans le choeur, au côté gauche, sous la châsse de Saint-Senier % près des pieds du roi Henri, fut inhumé défunt de glorieuse mémoire messire Jean duc de Betford, régent et gouverneur du royaume de France. »
Les membres du chapitre, en accordant au duc de Betford le sanctuaire pour sa sépulture, ne pouvaient faire moins pour celui auquel ils avaient octroyé les insignes de chanoine de leur église. Transcrivons la relation de cette curieuse cérémonie :
« Donation de l’habit de chanoine au seigneur duc de Betford dans l’église de Rouen avec
distribution du pain et du vin .
« Ce jour (21 octobre 1430*), jour solennel, où devait remplir ses promesses, sous la conduite du Saint-Esprit, vint très dévotement à cette église, lequel avec joie fut reçu par révérend Pierre 4 évêque de Beauvais et pair de France revêtu de ses ornements pontificaux, avec lui assistant M.M. évêques d’Avranches et d’Evreux, avec Mrs chantre, trésorier, archidiacres d’Ëu, du Vexin-Français, et du Petit-Caux, avec lesdits messieurs le chancelier et plusieurs chanoines et chappelains et en même temps une copieuse multitude d’abbés, de prieurs et autres personnages ecclésiastiques, militaires, écuyers, dames et de damoiselles et autres, tant citoyens que d’autres Etats de l’un et l’autre sexe, et lui, avec son
1 Nous avons rétabli le texte d’après celui que M. de Beaurepaire a donné dans ses Fondations pieu ses du duc de Bedford à Rouen, page 34 de l’Extrait. — F. B.
3 Saint Senery?
C’est bien saint Senier. L’hésitation de M. Deville n’a pas sa raison d’être. Saint Senery (Serenicus), solitaire, était honoré à Château-Thierry, le 7 mai, et saintSenier, ou plutôt saint Sinier(Senalor), évêque d’Avranches, était honoré le 26 septembre. ‘Martyrologe universel. — F. B.
Cette grande châsse, qui a disparu depuis, renfermait des os de saint Senier, ancien évêque d’Avranches, mort, dit-on, vers le milieu du vi° siècle. Lorsqu’on les transporta dans la Cathédrale de Rouen, on traça cette inscription à la place qu’ils occupaient :
Clare Senalor, habes claram super æthera sedem :
Rothomagi interea tua molliter ossa quiescant.
* Cette date est celle du jour où Bedford prévint le chapitre de la date qu’il assignait pour la cérémonie. « Le 21 octobre de l’an 1430. (Bedford) lit dire aux chanoines qu’il vouloit que cela se fît le lundy suivant 23 du mois d’octobre, jour et Feste de S. Romain, dite du Pardon. » Histoire de la Cathédrale. (Dom Pommeraye), p. 204. Le chapitre îx du livre II a pour titre : Le duc de Bedford prend l’habit de chanoine à la Cathédrale de Rouen. Pages 203- 205. — F. B.
4 Pierre Cauchon, qui était venu s’établir à Rouen, en l’absence de l’archevêque, et l’homme des Anglais.
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illustre conjointe % ainsi reçus à la grande porte de l'église baisèrent aux mains dudit pontife, après l’aspersion de l’eau bénite, la. sainte croix, le texte des saints Evangiles. Entré processionnellement dans l’église, ledit seigneur se prosterna avec dévotion, priant le crucifix et la bienheureuse Marie et saluant les reliques, puis il reçut humblement le surplis et l’aumusse de la main dudit chantre en signe de fraternité.
« Les choses faites, arrivent les enfants (de chœur) en aubes, avec de grands candélabres et des cierges ardents, portant le texte des Evangiles en même temps le pain; sur lequel texte il jura, la main levée, de conserver fidèlement et en paix les droits et libertés de l’Eglise, et lui fut acquise, selon la tradition, la donation du pain et du vin. La procession reprise, du chœur ils vinrent à la sortie de l’église par la nef, tous se tenant dans leur chappe de soie. Ayant ôté la sienne ledit seigneur qui, affaibli par la maladie dont il s’était relevé tout dernièrement, ne voulait pas la porter, quelqu’un, cependant, la portant devant lui au vu de tous1 * 3 * 5. »
Il n’était pas difficile de démêler, à travers la dissimulation calculée du procès-verbal de la cérémonie, que le duc de Betford, que le clergé voulait montrer, dans la Cathédrale de Rouen et aux yeux du peuple, revêtu des insignes de chanoine, ne s’était point laissé prendre au piège qu’on lui avait tendu : il n’était pas homme à troquer son armure de chevalier pour l’habit de chanoine.
Au moment de déclarer le duc chanoine, la présence de sa femme à ses côtés dut et parut gêner singulièrement l’official et le clergé. La duchesse s’en aperçut et parut le comprendre ; car elle quitta son prie-Dieu et alla, plus loin, s’asseoir avec humilité suï ses talons.
Le duc de Betford était décédé, dans le château de Rouen, le jour de l’Exaltation de la Croix (le 14 septembre), disent les registres capitulaires, et il choisit l’église de Rouen pour sa sépulture *. Quatre jours avant de mourir, le 10 septembre, il avait fait son testament, qui existe en original, à Rouen, dans les archives du département. Nous avons relevé la copie de ce précieux acte. On y lit :
« Item. 11 choisit, pour sa sépulture, à savoir dans le cas où il mourrait en Normandie, l’église de la bienheureuse Marie de Rouen.
1 Sa seconde femme, Jacqueline de Luxembourg, fille de Pierre de Luxembourg, comte de Saint-Pol. — P. B.
3 Ce passage est une traduction fort sommaire et peu élégante d’un passage des registres capitulaires où cette donation est relatée dans tous ses détails. M. de Beaurepaire en a cité le texte latin en entier dans ses Fondations pieuses du duc de Bedford, à Rouen, pages 21-24. — F. B.
3 Obiit in castro Piothomagensi die Exallacionis Sancte Crucis novissimo lapso et elegit in hac Rothomagensi eccle-
sia suam sepulturam. » Registres capitulaires, 27 septembre 1435.— Nous avons rétabli et complété le texte, en le
remettant ici à sa place, d’après celui de M. de Beaurepaire. Ibid., p. 34. — F. B.
ET INSCRIPTIONS DIVERSES
« Item. Il donne et lègue à celle des églises dans laquelle il sera inhumé, tous les ornements et vestiaires, intégralement, de la chapelle, tant en capes qu’en autres tàm in capis quàm aliis ayant broderies de racines d’or sur velours bleu, et un calice d’or garni de pierreries, qu’il avait fait fabriquer dernièrement à Paris, et une croix d’argent dorée, avec des burettes, qu’il eut de la rançon de Jean d’Alençon '. »
Le clergé de la Cathédrale ne se fit pas faute de réclamer le legs qui lui avait été fait. Les exécuteurs testamentaires de l’illustrissime prince-régent se montrèrent moins empressés. Le 28 février 1436, ils recevaient sommation du clergé « de lui livrer tous les objets légués : ornements, joyaux, etc., soit restés en France, soit transportés en Angleterre3. » On ne dit pas s’il fut fait droit à sa demande.
Le tombeau du duc de Betford occupait, parallèlement au maître-autel, l’entrecolonnement, intrà pillaria chori, en regard de la chapelle Saint-Pierre-Saint-Paul du collatéral du chœur3. Il était en marbre noir. Au bas, était attachée, à l’une des colonnes, contre lesquelles il s’appuyait, une lame de cuivre, sur laquelle était gravée l’épitaphe du duc.
« Il reste au pied de la même tombe, dit Fauteur de l’Histoire généalogique des rois d’Angleterre, Sandford, une lame de cuivre attachée au pilier et contenant son épitaphe. Au-dessus de cette dernière, était l’écusson de ses armes en argent (il a été enlevé), placé dans la jarretière, entre deux plumes d’autruche. Au-dessous, est représentée une racine que les prêtres appellent la racine de Betford 4. »
La lame de cuivre a suivi le sort de l’écusson en argent ; elle a été enlevée à son tour. La teneur de l’inscription a échappé à ce naufrage ; la voici ;
Cp gist feu ï>e noble mémoire très Ijaut et puissant prince Jouait eu son muant tiegent le- Uotalme t>e ifrauce JJuc tse fUetforî» pour leg1. est fontie une messe esîre rljacun jour perpétuellement célébré a reste autel p. le college ï>es (lient-
* Jean, duc d’Alençon, fait prisonnier par les Anglais, en tf24, à la bataille de Verneuil, resta dans leurs mains durant trois années. Il se racheta en 1427.
M. de Beaurepaire a publié in extenso le testament de Bedford, dont M. D.eville traduit ici deux passages.. Voir les Fondations pieuses du duc de Bedford à Rouen, pages 28.-33. — F. B.
s Registres capitulaires.
Voir les Extraits des délibérations, dans les Fondations , etc., de M. de Beaurepaire, pages 38-41. — F. B.
3 Voir l’Appendice XII.
4 Voir le dessin et l'explication des « Racines symboliques du duc de Bedford extraites du Pontifical de Poitiers, » dans la Notice sur la découverte et la visite du tombeau de Bedford, en I86G, par M. l’abbé Cochet. — Bulletin de la Commission des Antiquités de la Seine-Inférieure, 1867-1809,. pages 103-113, — F. B,
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entins incontinent après prime et trespassa le xime jor ïe septemb. l'an mit cccc.xxxv. an quel xime jor semblablement est fsnî>e por luu i obit solempnel en reste église jpieu face pardon a son ame
11 est à croire que ce n’est point le clergé rouennais qui dressa cette épitaphe, car il n’aurait probablement pas manqué d’ajouter aux qualités du duc celle de chanoine de la Cathédrale, titre qui lui avait été, en effet, conféré: à moins qu’on ne veuille voir, ainsi qu’on l’a fait, la frange d'une aumusse, insigne du canonicat, dans l’étoffe à pointes qui pend au-dessous du cordon de l’ordre de la Jarretière; ce qui nous paraît bien hasardé. Les prêtres, au temps de Sandford, donnaient à cet objet, ainsi que nous l’avons rappelé, le nom de Racine de Betford, sans qu’on sache le sens qu’ils y attachaient. Les Anglais lui donnaient celui de rote, rot : « la racine est morte, the rote is did ( died ) », disaient-ils en parlant de Betford.
La fin de la domination anglaise en Normandie* n’avait pas refroidi entièrement le zèle du clergé de la Cathédrale de Rouen pour la mémoire du régent, duc de Betford, qui s’était toujours montré si généreux pour lui.
En 1463, vingt-huit ans après sa mort, les chanoines commettaient un homme de peine, « ung homme de bras pour nestoyer la sépulture du régent du cœur de l’eglise au pris de ii s. vi d. par jour. » La dépense ne dut pas s’élever bien haut, mais l’intention était lionne. C’était le moins qu’ils pussent faire pour celui qui ne manquait jamais, conjointement avec sa femme, la duchesse de Bourgogne3, lorsqu’ils assistaient à l’office de la Cathédrale, de déposer à l'offertoire deux pièces d’or ; pour celui qui avait si généreusement légué à leurs prédécesseurs tant et de si riches ornements, calices, encensoirs, vases d’or et d’argent, pierreries, croix, ornements d’église, que les chanoines n’avaient pas manqué de réclamer des exécuteurs testamentaires de b illustrissime prince « régent le royaume de France 4. »
Aussi célébraient-ils, chaque année, pour le repos de son âme, un obit, « lequel, dit le registre capitulaire de 1626, sera à l’avenir célébré la veille de l’Exaltation de la Croix 5 . »
1 Taillepied, dans son Recueil des Anliqvitez el singvlarüez de la ville de Roven (1 587), p. 2to, rapporte la même épitaphe avec quelques variantes, ainsi que M. de Beaurepaire, qui a conservé la disposition de M. Ducarel, reproduite ici. Voir ibid-, p. 14. — F. B.
2 Par la victoire de Formigny, 15 avril 1450. F. B.
5 Anne de Bourgogne, sa première femme, qu’il perdit le 14 novembre 1432. Il dut en être de même pour sa seconde femme. Voir plus haut, p. 140. — F. B.
4 Ces derniers mots figurent dans le texte latin cité plus haut, p. 139. — F. B.
5 On a vu que le duc de Betford était décédé le jour de l’Exaltation de la Croix, le 14 septembre, p. 140.
ET INSCRIPTIONS DIVERSES
Le tombeau du duc de Betford fut un de ceux sut lequel les calvinistes portèrent les mains avec le plus de fureur ; mais ils ne le détruisirent pas entièrement, comme on le croit aujourd’hui, sans plus d’examen, d’après l’assertion de Farin et de Dom Pommeraye \ 11 11e fut renversé qu’en 1732, « vers la fin du mois d’avril, dit le Flambeau astronomique % pour commencer à placer la troisième balustrade du côté de la chapelle Saint-Pierre-Saint- Paul 1 2 3. »
A la suite de la fouille, faite au mois d’octobre 1866, dans le sanctuaire, pour retrouver les restes de Henri-le-Jeune, M. l’abbé Cochet eut l’heureuse inspiration de chercher ceux du duc de Betford. Cette nouvelle fouille fut couronnée du même succès. Nous ne pouvons mieux faire que de laisser parler l’auteur de la découverte :
« Aux pieds de Henri et des lames de plomb que nous supposons les restes de son cercueil, est apparu un sarcophage de plomb laminé ayant la tète à l’ouest et les pieds à l’est. La tète est un peu plus élevée que les pieds. Ce cercueil est contigu au mur qui soutient encore la grille du chœur. Cette grille en est actuellement éloignée de 70 centimètres. La tête touche à la deuxième colonne nord du sanctuaire. Le reste du corps s’avance dans la travée qui fait face à la chapelle Saint-Pierre-Saint-Paul. Cette situation est parfaitement conforme aux données de l’histoire, et en devient ainsi une nouvelle confirmation.
« Ce cercueil, nous n’en saurions douter un seul instant, est celui de Jean de Lancastre, duc de Betford, fils du roi Henri IV, frère de Henri V, oncle de Henri VI et régent pour son neveu du royaume de France. Ce sarcophage est à 95 centimètres du pavage actuel. Sa longueur était de 2 mètres 05 centimètres. Sa largeur aux pieds 11e dépassait pas 20 centimètres, mais à la tête elle en atteignait 25. L’épaisseur était à peu près celle de la largeur.
« Il était clair que ce sarcophage avait été enfermé dans un cercueil de bois vraisemblablement de chêne. La planche, épaisse de 3 à 4 centimètres, s’était consumée autour de l’enveloppe métallique et indiquait encore l’intégrité du dépôt.
« Le poids des décombres entassées, à l’époque du pavage (1736), avait défoncé et effondré le milieu du cercueil, mais le corps était resté parfaitement intact.
1 M. de Beaurepaire a réfuté cette rectification en ces termes.: « C’est à tort que l'on a supposé que Pommeraye et Farin s’étaient trompés. Ils ont eu raison de dire qu’il ne restait rien du monument primitif. 11 avait été remplacé par une simple tombe en marbre noir, posée suivant toute vraisemblance aux moindres frais possibles, en 1563 ou 1564. » Fondations pieuses du duc de Bedford à Rouen , p. 14. — F. B.
2 Année 1735.
s ün lit, dans un arrêt du Conseil d'Etat, 30 décembre 1732 : « Le chapitre a commencé à faire travailler à l'ornement du chœur et a fait environner de balustrades de cuivre le sanctuaire, qui n'étoit cy-devant fermé que par une masse informe de pierres. « M. de. Beaurepaire., ibid., note 3 de la page 14. — F. ,B.
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« L'inspection des ossements, faite avec tout le respect possible, a démontré que le prince avait été embaumé avec des substances aromatiques, dont nous ne pouvons donner la matière, mais où le mercure a dû entrer comme agent de conservation. Les gouttes de mercure distillaient encore et même formaient un petit ruisseau. La couche balsamique, qui enveloppait la tête, en avait gardé parfaitement les cheveux.
« Les mains du duc étaient précieusement croisées sur le ventre, suivant un usage chrétien très commun à cette époque. Sur la poitrine du défunt avait été placée une croisière d’une étoffe blanche et légère, qui ressemblait à de la soie ou plutôt à du linon. Celte étoffe n’était guère qu'une bandelette large de 5 centimètres, d'une conservation parfaite. C’est le seul objet d’art que nous ait fourni ce cercueil. Il est évident que ni l’anneau royal ni l’épée du duc de Betford ne sont restés en France.
« C’est chose bien frappante que de retrouver, dans le même sanctuaire et presque à la même heure, les deux points extrêmes de notre histoire, Henri et Richard représentant le plus grand épanouissement de la puissance normande. Betford, au contraire, rappelle la plus profonde humiliation que la France et notre ville notamment aient eu à subir de la part de l’étranger. La même église a été appelée par la Providence à recueillir ces deux grandes pages, les plus émouvantes de notre passé ‘. »
« Le duc de Betford, dit un chronologiste anglais % mérita d’être compté au nombre des meilleurs généraux qui soient sortis de la tige royale de Plantagenet. Si l’ennemi redouta sa valeur, la postérité révéra sa mémoire; aussi le roi Louis XI, conseillé par quelques envieux de faire disparaître un tombeau où le duc, disait-on, avait emporté tout l’espoir des Anglais en France, répondit par ces paroles: « Quel honneur résulterait-il pour moi ou pour vous, de détruire ce monument et d’arracher à la terre les restes de celui que, pendant sa vie, ni mon père ni vos ancêtres, avec toute leur puissance, n’ont jamais pu faire reculer d’un seul pas; de celui qui, par sa force, sa politique et sa prudence, sut se maintenir contre les Français dans les principales provinces de France et dans le noble duché de Normandie? Ainsi donc, Dieu fasse paix à son âme; et nous, laissons dormir la dépouille d'un homme qui, de son vivant, eût troublé le plus brave de nous tous. Quant à ce tombeau, crovez-moi, les actions glorieuses de celui qu’il renferme mériteraient encore davantage. »
1 Celte note a dû être adressée à M. Deville par M. l'abbé Cochet. Elle résume le récit de la découverte du tombeau, qu'il avait faite, et tous les détails en sont conformes à nos souvenirs personnels, d’après la visite du tombeau, à laquelle M. l’abbé Cochet avait bien voulu nous convier, lorsqu’il l’eut découvert. Voir la Notice complète dans la Kevce de la Nonmandie , 1 807, pages 847-8c8, et dans le Bulletin de la Commission des Antiquités de la Seine- Inférieuke, comme il a été dit plus haut, p. 141, note 4. — F. B.
2 Sandford, p.3i4, édition de 1707.