‹ Tombeaux de la cathédrale de RouenChapitre 58 sur 99 · TOMBE DE DENIS GASTINEL TOMBE D'UN CHANOINE INNOMMÉ · texte numérisé non relu

TOMBE DE DENIS GASTINEL TOMBE D'UN CHANOINE INNOMMÉ

ET INSCRIPTIONS DIVERSES

plicc, à ce qu’on l’appliquât â la torture, ainsi que le proposait le délégué de l’inquisition * . Paix à l’âme du bon chanoine ! Son vœu sera entendu ; nous prierons Dieu pour l’âme de lui.

En s’avançant vers le nord-est, derrière le dernier pilier de droite du transept, on trouve des tombes sculptées, fort anciennes, mais qui sont malheureusement incomplètes. Les inscriptions, comme toutes celles d’une époque reculée, sont en latin et en vers. L’une porte la date de 1270 :

J&nmj : milUno : bis : «nto : septungeno1 2.]

Il fallait qu’il eût une certaine importance aux yeux des chanoines de Rouen, pour qu’ils aient permis ou demandé qu’il fût consigné sur la tombe d’un des leurs. La veille de sa mort, le 7 novembre, ne se rapportant à aucune fête religieuse, à aucun saint ou patron en vogue à Rouen, nous ne serions pas éloigné de croire, après y avoir longtemps réfléchi, que cette annotation ne se rattachât au retour dans sa cathédrale de l’archevêque Eudes Rigaud, qui avait accompagné saint Louis à Tunis, où ce grand roi mourut le 25 août de cette même année 1270. Eudes Rigaud a dû escorter ses restes, son cœur et ses os, qui furent apportés en France, deux mois après. La rentrée de l’archevêque à son église cathédrale, dans ces circonstances, aura vivement impressionné son clergé, et il n’est pas étonnant qu’il se soit empressé d’en retracer, aux yeux de tous, un témoignage.

Nous proposerions donc de lire, à la suite des mots Precedente die, en complétant le

mot Pon . ceux-ci : PON TI FIGE ODONE ROTOM. REDUC£3, « le jour précédent, le

pontife Eudes étant de retour à Rouen. »

La seconde pierre tombale, qui touche presque à l’autel de saint Sever, représente, sous

1 Son nom figure dix-sept fois dans ce procès, et voici comment y est rapporté so-n avis sur la torture : « Magister Dionysius Caslinel clixit quocl non expedil eam ponere in lorluris. » M. Quicherat, liid., p. 403. — F. B.

I li est vraisemblable que le ms. donnait ici le texte plus complet de l’inscription, qu’il est difficile de lire et surtout de comprendre tel qu’il figure autour de la Planche XLV du manuscrit. La discussion qui va suivre, sur les derniers mots, qui ne se retrouvent point ici, en est la preuve. — F. B.]

3 Nous appliquons les trois dernières lettres PON, au mot, Pontjfex , ainsi qu’on va le voir. Cette addition cadre parfaitement, ainsi que nous l’avons indiqué sur le dessin de la planche, avec l’espace resté libre sur le listel. La terminaison du premier et du dernier mot poNTiFice-REDuce, rentre dans la catégorie du vers léonin. (M. Deville.)

II nous a été impossible de retrouver des vers dans le texte donné par le dessin, où nous n'avons lu que ces mots

détachés : huic . . . qvi. fvxt. . . sedens optimo fvit. . . anno. milleno. bis cëntn. septuagesimo. decessit precedente

die pon . C’est là que M. Deville a placé les mots pontifice . odone . rotom . redcce . , pour terminer l’inscrip¬

tion.— A cause du mauvais état de l'inscription, cette Plancha XLV du manuscrit n’a pas été reproduite. — F. B.

TOMBES

un arceau ogival, supporté, comme la première, par des colonnettes, un jeune chanoine, la tète nue et tonsurée, les mains jointes, les pieds appuyés sur un chien couché.

La disparition de la partie supérieure de la pierre, ainsi que nous l’avons dit ci-dessus, nous a privés du nom de cet ecclésiastique. Voici ce qui reste de l’inscription tumulaire, également en vers latins, dit léonins, sur les deux grands côtés latéraux de la pierre :

. cananicus : îtatfyamauensb : tarons :•

itt i erpnteia : pubiens .

bos ; ctïlpsis ; q : tisUs : jnris :• fuit •: cttsis : *

. « chanoine de Rouen large

en libéralités, prudent .

et toutes rusés écartées fut l’épée du droit. »

On remarque, sans pouvoir se l’expliquer, et en comprendre le sens mystique, ces trois petites croix, placées, l’une, près de l’oreille gauche du défunt, l’autre, sur son pied, la troisième, sous les pieds d’un des deux anges qui tiennent l’encensoir. (PI. XXII).

Les deux tombes tronquées, que nous venons de décrire, ne sont, malheureusement, pas les seules, dans cette partie de l’église, que les mêmes mains, qu’on nous permettra de qualifier d’impies, aient mutilées.

Il en est une troisième, dont nous donnons le dessin (PI. XXIII), sur laquelle ils ont porté le marteau destructeur, comme si ce n’était pas assez du temps et des pas des fidèles pour altérer ces pieux monuments.

Cette pierre tombale, qui n’a pas moins de 2m,98 de longueur sur lm,45 de largeur, est entièrement couverte d’éblouissantes ciselures. Elle nous montre l’image d’un ecclésiastique, dans un costume de chanoine de la richesse la plus recherchée, les yeux baissés, les mains jointes sur la poitrine. A ses côtés sont seize figurines de saints et de saintes, enca-^ drées, comme le prélat, sous un dais élégant.

Sur la frange de la pierre est tracée cette inscription, en français :

€v gist maistre iîliton 5Utie natif. . . .

. . . ptcr rljnncnnte ïe reste cotise et cure

1 Voici les vers- rétablis, autant que le permet le teste ;

Largus in expensis, prudens .

Omnibus exclusisque dolis juris fuit ensis.

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