‹ Tombeaux de la cathédrale de RouenChapitre 73 sur 99 · AMEN · texte numérisé non relu

AMEN

« Ton métropolitain gît ici, ô ville de Rouen. En mourant il t’entraîne du faîte où tu étais placée. Les richesses de l’église diminuent, l’ordre sacré, que sa piété prévoyante avait institué, s’affaiblit. Réformateur des réglements canonicaux tombés en désuétude, il apprit aux prêtres à vivre chastement. Sous lui on vendit un millier d’indulgences, ce qui enfla le trésor de l’église4. Eloquence, race, sagesse, vie sobre, il eut tout, celui que couvre cette pierre exiguë. On était au neuvième jour de septembre, lorsque Jean dépouilla la chair et s’en alla. Qu’il jouisse du repos étemel. Ainsi soit-il. »

1111. Guillaume Bonne- Ame, 47e archevêque.

Elu en 1079, mort le 8 février 1111 5.

* Entre la chapelle du Saint-Sacrement et celle de Saint-Sever, dit un ancien manuscrit. On y chercherait aujourd'hui vainement cette tombe. Il n’en existe aucune trace.

La chapelle de Saint-Jean-des-Fonts était, dans le transept nord, près de V autel Sainl-Sever, dans la croisée, qu’il ne faut pas confondre avec la chapelle Saint-Sever, dans la nef, la quatrième du collatéral de gauche, à partir du portail, d’après le plan de M. Deville. — F. B.

s Nous ne savons où M. Deville a pris ce texte, mais Farin donne nulla au lieu de mille, et huic au lieu de hinc; c’est donc tout le contraire. Voir son Histoire de Rouen, t. II, p. 2i, édition de 1668, et la IIIe partie, p. 19 de l’édition de 1731. Cette accusation de simonie n’est pas admissible dans une épitaphe toute à la louange du prélat. — F. B. 8 Farin donne obit.

4 Le sens du texte de Farin serait donc : « Les dons de Dieu sous lui ne furent jamais mis en vente, et il donna de grands biens à cette église. » — F. B.

Farin dit : « Il mourut en 1110, le 26 février. » Histoire de Rouen, t. II, p. 25. — 1 1 1 0, ancien style, 1111, nou-

LISTE DES PRINCIPAUX PERSONNAGES

Avant l’incendie de l'année 1200, la salle du chapitre et une partie du cloître de la Cathédrale occupaient l’emplacement du bas-côté de la nef septentrionale. Guillaume Bonne-Ame fut inhumé dans cette salle qu’il avait bâtie.

Son épitaphe, qui fut transportée plus tard dans la dernière salle capitulaire encore existante, pour y être encastrée dans la muraille, du côté du levant, et qu’on y voyait encore en 1731, au dire de l’historiographe normand Farin1, était ainsi conçue:

RELLIGIO TVA LARGA MANVS MEDITATIO SANCTA NOS GVILLELME TWM FLERE MONENT OBITVM.

QVOD PIVS ANTISTES FVERIS CLERîQVE BENIGNVS INTERIORA DOCENT EXTERIORA PROBANT.

ECCLESLE LVMEN DECVS ET DEFENSIO CLERI

C IRC VM SPECTVS ERAS PROMPT VS AD OMNE BONVM..

FRATRIBVS IIANC ÆDEM CVM CLAVSTRO COMPOSVISTI NEC TVA PAVPERIBVS JANVA CLAVSA FVIT.

CONTVLIT AD VICTVM TVA MVNIFICENTIA FRATRVM ECCLESIAS DECIMAS RVRA TRIBVTA DOMOS ;

EXEMPLOQVE TVO SVBJECTOS DEDOCVISTI

VERBA PVDENDA LOQVI TVRPIA FACTA SEQVI 2 .

FINE BONO FELIX BIDVO TER SOLVERIS ANTE QVAM PISCES SOLIS CONSEQVERETVR ITER.

« Ta piété, ta bienfaisance, tes saintes pensées, ô Guillaume, nous font verser des larmes sur toi. Combien tu fus prélat pieux et bon pour ton clergé, tout à 1 intérieur nous l’apprend, tout à l’extérieur nous le prouve. Lumière de l’Eglise, décor et défenseur du clergé, tu étais circonspect et prompt à faire le bien. Tu élevas pour les frères cette demeure avec le cloître; ta porte ne fut jamais fermée aux pauvres. Ta munificence procura pour l’entretien des frères, églises, dîmes, champs, tributs, maisons. Tu appris, par ton exemple, à ceux qui étaient sous toi à ne se servir que de paroles pudiques.

veau style. Mais la date du 26 janvier doit être plus exacte -que celle du 8 février., puisqu’elle est conforme aux vers de la fin de l’épitaphe. Le soleil entre dans le signe des poissons le l,r février, et six jours avant ( ter bicluo) donnent bien « le 26 janvier. » M. Thieury, Armorial des Archevêques, etc., dit : « le 9 février. » — F. B.

1 Farin le dit en 1668, Hisl. de Rouen , t. Il, p. 25, et, après sa mort, son continuateur le répète, III” partie, p. 20.— F. B.

2 Farin, ibid., p. 25, n’a point donné ces deux vers, qui se trouvent dans l 'Histoire ecclésiastique d’Orderic Vital, où M. Deville a dû les prendre, et dans les Voyages liturgiques de Le Brun des Marottes. Il est permis de voir chez Farin une omission plus bienveillante qu’involontaire. — F. B.

INHUMÉS DANS LA CATHÉDRALE

à poursuivre les actions honteuses \ Heureux tu expiras d’une sainte fin six jours avant que le soleil entrât dans le signe des Poissons, »

Les louanges qu’on adresse aux défunts sont quelquefois suspectes. Il n’en est point ainsi de notre archevêque Guillaume, que sa douceur, sa bonté, son affabilité avaient fait surnommer Bonne-Ame.

L’historien normand, Ordcric Vital, s’associait à ces éloges, en disant de lui : « Il fut bon, aimable, bienveillant ; moines, clercs, tous ceux qui l’approchaient, trouvaient en lui un père. » Non content de parler de ses vertus, d’énumérer ses bienfaits pour son église, de rappeler le don qu’il lui fit d’une châsse en or et en argent, couverte de pierreries, pour les reliques de saint Romain, l’historien se plaît à nous apprendre que l’archevêque Guillaume était un très habile chanteur et avait la plus belle voix : Cantor peritissimus erat aptissimamque acl canendum vocem habebat1 2 3.

1128. Geoffroy, 48e archevêque de Rouen.

Né en Bretagne, doyen de l’église du Mans, appelé au trône archiépiscopal de Rouen, en 1111, par le roi d’Angleterre, Henri Ier. On ignore dans quelle partie de l’église il fut inhumé.

Qrderic Vital lui a consacré ce distique rimé :

FLORVIT EJVSDEM GAVFREDVS 3 SEDIS HONORE QVAM MVLTIS DITANS MVLTO DILEXIT AMORE.

« Geoffroy brilla avec honneur sur ce siège qu’il enrichit de ses dons et combla de son amour. »

Au temps de l’archevêque Geoffroy, la bibliothèque de la Cathédrale se composait de soixante volumes, dont plusieurs étaient dûs à la générosité de ce prélat. On cite, en première ligne , le beau Bénédictionnaire de Robert, archevêque de Cantorbéry 4, et

1 Cette traduction n’est guère fidèle. Le latin dit : « Et par ton exemple tu désappris à ceux qui t’étaient soumis à dire des paroles déshonnêtes et à faire des actions honteuses. » On comprend que Farin ait supprimé ces deux vers peu flatteurs pour le clergé normand de cette époque, mais que le Registre des visites pastorales d’Eudes Rigaud, un siècle et demi plus tard, ne démentira pas. — F. B.

2 Histoire ecclésiastique, t. II, liv. 5, ch. à ., édit, de M. Auguste Le Prévost. — F. B.

3 Nous avons rétabli ce mot d'après le texte de D. Pommeraye, Ilisloire clés Archevêques de Rouen. Le ms. portait Gavfrido. — F. B.

4 Ce précieux manuscrit est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque publique de Rouen.

on classiques latins, Virgile, Horace, Juvénal, Térence, les Métamorphoses, et l’Art d’aimer d’Ovide. Ovide n’était point décidément à l’index des vieux archevêques; il existait, dans la bibliothèque, trois autres Ovide entiers, donnés par l’un d'eux.

1 164. Guillaume, fils de Geoffroy Plantagenet et de l’impératrice Mathilde, femme en secondes noces de Geoffroy.

Né à Argentan, en 1 13G, mort, à Rouen, à l’âge de vingt-huit ans, en 1164 \

11 fut inhumé dans le sanctuaire , à gauche de l’autel , vers le nord , côté de l'Evangile.

1164. Hugues, dit Hugues d’Amiens, 49e archevêque.

Elu en 1129, décédé, a Rouen, en 1164, le 12 novembre*.

On présume qu’il fut inhumé dans la chapelle Saint-Pierre-Saint-Paul, à gauche du chœur, où furent ensevelis ses successeurs, les archevêques Rotrou et Gautier de Coutances.

Cette inscription, en vers latins hexamètres et pentamètres, avait été placée sur sa tombe :

f inter pontifices speciali dictus honore

IIIC NOSTR.E CARNIS HUGO RESIGNAT ONUS. . CONSIGNATA brevi CLAUDUNTUR membra SEPULCRO NON T AMEN ACTA VIRI CL AUDIT UTERQUE POLUS. QUIDQUID DISPENSAT ET COMPARTITUR IN OMNES GRATIA CONTULERAT PRÆSTITERATQUE VIRO.

FOECUNDOS IGITÜR VIRTUTUM COPIA FRUCTUS

FECIT ET ULTRA PIOMINEM 3 EST MAGNIFICATUS HOMO. TANDEM POST CELEBRIS FELICIA TEMPORA V1TÆ SUSTULIT EMERITUM FLEBILIS IIORA VIRUM.

PAR MARTINE TIBI CONSORSQUE FUTURUS E AM DEM SORTITES TECUM EST COMMORIENDO DIEM.

T La deuxième éditiou : n Mort le 29 janvier 1165, à l’âge de vingt-neuf ans. » — F. B.

s Le 10, d’après Farin, le 11, d’après M. Thieury. Cette dernière date est seule exacte, puisqu’il mourut « à la Saint-Martin, » suivant son épitaphe. — F. B.

3 Le texte portait llominum, qui ne pouvait être le régime de ultrà. — F. B.

INHUMÉS DANS LA CATHÉDRALE

Traduction.

« Spécialement honoré entre tous les pontifes, ici Hugues a résigné le fardeau de la chair. Ses membres, introduits dans un petit tombeau, y sont renfermés, mais ses actions ne sauraient être enfermées d’un pôle à l’autre. Tout ce que la grâce divise et répartit sur tous, elle l’avait donné tout entier à lui. Aussi l’abondance des vertus portait-elle tous ses fruits et l’homme éclata de magnificence au-dessus de tous les hommes \ Enfin, après les heureux temps d’une vie célèbre, l’heure inflexible enleva l’homme émérite. Semblable à toi, Martin, et ton consors futur3, il partagea avec toi, en mourant, le même jour 3. »

Le rédacteur de l’épitaphe, quelque chanoine de la Cathédrale, sans doute, en disant de son archevêque que, « si son corps avait été enfermé dans un petit espace, ses actions n’ avaient pu l’être cl’un pôle à l’autre, » avait cru faire un trait d’esprit ; il n’a été que ridicule. Notre bon archevêque se fût révolté à ces mots, lui qui, en écrivant à l’un de ses amis, se disait : « Hugues, pécheur, prêtre de Rouen, peccator Hugo Rothomagensis utcumque 4 sacerdos. »

Hugues d’Amiens assista, successivement, aux conciles de Pise, én 1135, de Reims, en 1148, de Pontoise, en 1153, et, en 1154, au couronnement de Henri H, à Westminster.

Il est cité comme témoin sur la charte octroyée par ce dernier prince pour les franchises de la ville de Rouen. Cette charte était adressée à Hugues en première ligne: « Henricus dux Normanniœ Hugoni archiepiscopo Rothomagensi, etc. 5 »

Hugues prit sous sa protection les pauvres lépreux du Mont-aux-Malades de Rouen6. Il vit apparaître, avec plaisir, dans cette ville, les Templiers, en 1160.

1183. I1enri-le-Jeune, fils de Henri II, roi d’Angleterre, et d’ Aliéner d’Aquitaine.

Né en 1155, associé au trône par son père, en 1170, mort le 10 juin 1183. Il fut inhumé dans le sanctuaire de la Cathédrale, à main gauche. (Voirp. 43).

1 « Et l’homme a conquis une grandeur supérieure à celle de l'homme, » serait une traduction plus exacte. — F. B. 1 Encore trop voisin du latin pour être intelligible. « Ton égal, ô Martin, et devant partager ta destinée, il obtint du sort de mourir le même jour que toi..» — F. B.

3 La Saint-Martin tombeau il novembre.

4 Utcumque n’est pas rendu : « Prêtre tel quel. » C’est encore plus d’humilité. — I1’. B.

« Henri Plantagenet ne devint roi d’Angleterre que le 19 décembre 1154. La charte accordée • vers 1150, a été donnée par M. Ghéruel, Histoire de Rouen pendant l’époque communale, Pièces justificatives, t. 1, pages 240-246. Hugues y est cité comme le premier des témoins, p. 246. — F. B.

6 11 leur confirmait, entre autres, la donation qui leur avait été faite d’une terre dans leur voisinage, à la condition de servir annuellement une livre de poivre, unam libram piperis, au donateur et à ses héritiers, à titre féodal.

LISTE DES PRINCIPAUX PERSONNAGES

1183. Rotrou, 30 e 1 archevêque .

l' ils de Henri, comte de Warvick, et de Marguerite, sœur de Rotrou, comte du Perche ; appelé à l’évêché d’Evreux, puis au trône archiépiscopal de Rouen, en l’année 1164. Il mourut en novembre 1183. On sait quil fut inhumé dans l’église cathédrale de Rouen. (Voir PI. XXVIII).

Un manuscrit des premières années du xvm® siècle 2 nous donne l’indication suivante: « Autre épitaphe qui est dans la sous-aile gauche du chœur, du côté de la chapelle des saints ordres (chapelle Saint-Pierre-Saint-Paul) :

IN INTROITV SACELLI AD DEXTRAM JACET ROTRODVS HENRICI COMITIS WARVIC. FIL.

ARCIIIDIACONVS ROTOM.

DEINDE EPISCOP. EBROIC.

DEMVM ROTOM. ARCHIEPIS.

IN CAVSA ST1 TIIOMÆ CANTVAR. LEGATVS HENRIC. II ANGLLE REGEM , ABSOLVIT

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