I.UMO.M
Ce n'est pas indifférent, car, en voyage, je ne connais rien de plus important que le déjeuner , si ce n'est le dîner , et je ne vois d'endroit passable que Melun.
MATIULDE.
Soit.
Nous y serons sur les dix heures ; nous y resterons jusqu'à onze; et ce soir, si je calcule bien les distances , nous pourrons , sans vous fatiguer, souper à Sens.
MATH1LDE.
A Sens, dites-vous?
l'.n.MOND.
Oui , à peu près trente lieues de Paris.
MATHILDE
Ah I mon Dieu !
EDMOND
Qu'avez-vous donc?
MATHILDE
Je me souviens que ma tante va à Lyon par Auxerre. Je vous l'avais écrit.
EDMOND
C'est vrai.
MATHILDE
Et qu'elle couche toujours à Sens le premier jour.
E DMON l).
En êtes-vous sûre ?
2ÎJU
MATHILDK.
A l'auberge de l'Ecu-de-France. Je ne peux pas en douter, car elle a écrit avant-hier pour y retenir son logement. Elle est donc en ce moment sur la même route que nous.
EDMOND
C'est cependant celle de l'Italie. On me l'a bien dit.
mathilde , avec impatience.
Mais c'est aussi celle de Lyon.
EDMOND
Vous croyez.
ÏIATBILDfc).
Certainement.
EDMOND
Alors c'est qu'il n'y a pas d'autres che
-2'. Il
mins; ce n'est pas notre faute. N'est-ce pas, postillon? Il n'y a que cette route-ci pour aller en Italie?
LE POSTILLON
Si , monseigneur, il y en a une par le Bourbonnais, et peut-être d'autres encore.
Vous voyez.
MATHILDE
EDMOND
Est-ce que je savais cela ?
MATHILDE
Un homme doit le savoir.
EDMOND
Vous qui sortez de pension , à la bonne
heure; niais nous autres gens à la mode, pourvu que nous connaissions les allées du bois de Boulogne , c'est tout ce qu'il faut pour conduire en tilbury. Madrid, Bagatelle, le rond de Mortemart et l'allée Fortunée, nous ne sortons pas de là ; mais rassurez-vous.
MATHILDE
Me rassurer... Quand la voiture de matante peut rencontrer la nôtre. .. Quand on peut me reconnaître , me voir avec vous... J'en mourrais de honte.
EDMOND
Impossible qu'elle nous rencontre. D'abord nous sommes partis de Paris les premiers. Nous avons de l'avance. Je viens de lire les lois de la poste. Une voiture ne peut pas dépasser celle qui la précède ; c'est défendu par le règlement.
MATHILDE
Mais si elle parvenait à nous rejoindre, à marcher près de nous?
EDMOND
Alors c'est moi qui lui permettrais de passer devant; et en fermant la calèche, en vous enveloppant dans votre voile , dans votre pelisse, qui voulez-vous qui vous reconnaisse? Qui oserait d ailleurs, quand je suis là, venir regarder dans ma voiture?
MATHILDE
Il faut donc que je me rassure.
EDMOND
Certainement.
MATHILDE
Je ne demande pas mieux; car cette idée •cule me faisait une peur...
lk postillon faisant claquer son fouet, et chantant
à lue-tête.
Sonnez , sonnez , cornemuse et musette !
Nous voici arrivés au relais.
{Appelant) ohé! postillon de malheur... Deux chevaux de calèche.
l'autre postillon , attelant.
Tu es bien heureux d'être gai et de chanter toujours [Montant à cheval ) . Moi , je n'en ai guère envie... Mes pauvres chevaux sont si éreintés, que ça nie fend le cœur. [Leur allongeant un grand coup de fouet ). Hu 1 blanchet. [La calèche part au trot). Je ne sais comment not' bourgeois a le cœur de faire courir des bêtes qui sont dans cet état-là... Hu ! donc !... [Second coup de fouet ). Ces maîtres de poste sont si avides , que pour avoir une course de plus. . . Hu ! donc , Blanchet i . . . [Troisième coup de fouet suivi de plusieurs autres). Tu sens bien que trois francs de guides, c'est gentil , et qu'il faut les gagner.