L’HOROSCOPE
Sous le toit Je Lozet Ruzard venait toujours, Mais Louise avec peine écoutait ses discours.
Il le devinait bien et commençait à craindre
De perd: ie bonheur au moment de atteindre.
L’'usensé ! jusqu’alors il n’avait guère aimé ;
Il n’avait entrevu qu’une dot. Animé
Du désir d’ainasser des richesses frivoles,
JUne tressaillit point à de douces paroles.
Aujourd’hui tout changeait. Il aimait, et ses yeux
Découvraient chez la vierge un charme merveilleux.
Il savait cependant qu’elle serait soumise, Que celui-là Paurait,à qui Jean l’a promise.
Tout n’était point perdu ; mais il faudrait lutter. Son cœur dur n’était pas facile à rebuter ;
Son âme résistait longtemps à la secousse ;
Mille moyens pervers venaient à sa rescousse. Comme tous les méchants, vain, superstitieux,
Il croyait aux esprits, aux sorts malicieux,
Aux philtres amassés, la nuit, dans la campagne.
Tonkourou l’indien et sa vile compagne Etaient au loin connus pour leur sagacité.
Ils prédisaient la peine et la félicité,
Faisaient naître souvent la haine vengeresse
Ou les ardents transports d’une coupable ivresse.
Elle savait peut-être autant que le huron Faire bouillir, le soir, dans un large chaudron, Les simples vénéneux et les herbes lubriques. Elle savait par cœur des formules magiques.
Dans les cartes lisant, ses regards assurés Trouvaient mille secrets des autres ignorés.
Amoureux ou jaloux envahissaient sa hutte.
—Comment, se dit Ruzard, finira cette lutte Où me pousse l’ardeur d’un rival inconnu ?
Sera-t-il le premier, lui, le dernier venu ?
Il songe à la sorcière et se rend à son bouge.
Il entre, la salue. Elle est sombre et ne bouge. Il fait sonner de l’or. La vieille au cœur vénal Grimace, en se levant, un sourire infernal.
Le son de l’or est doux à son âme de pierre.
—Dites-moi l’avenir, bonne mère Simpière, Je paie un prix royal et j'écoute à genoux.
—Dans l’avenir, c’est vrai, nous pouvons lire, nous ; C’est un saint privilége. Et nous sommes connue Pour ne dire à chacun que la vérité nue.
Que veux-tu consulter, les cartes on ta main ?
—Les cartes, pour ce soir ; je reviendrai demain.
Aussitôt elle bat de vieilles cartes sales,
Les coupe, les divise en quatre parts égales, Les met en éventail et lit, d’un œil pervers,
Les secrets enfermés dans les signes divers.