‹ Tonkourou [microforme]Chapitre 21 sur 72 · LA GRAND’ DEMANDE · texte numérisé non relu

LA GRAND’ DEMANDE

Ruzard qui charroyait passa chez la sorcière. Couvrant ses cheveux gris d’une étoffe grossière, Elle sort du wigwam et vient près du traîneau.

Son haleine de fe: brûle comme un fourneau.

—Va chez Lozet, dit-elle, et fais la grand’demande. Hâte-toi, mon ami, je te le recommande.

Plus d’hésitations ; de la célérité.

Songe bien que l’audace est ta sécurité.

—J’y vais aller ce soir ; que votre art me protége! La tempête s’avance avec son blanc cortège,

Et l’on ne pourra plus dans l’instant charroyer : Je trouverai Lozet fumant à son foyer.

Mais pouvez-vous encor m’affirmer, sans méprise, Qu'elle va réussir cette grande entreprise ?

—Eloigne Je marin et tu réussiras.

Va droit au but, sans peur! Lozet t’ouvre ses bras. Et Louise, bientôt, oui, Louise qui t’aime

Marchera vers l’autel où le Dieu qu’on blasphème...

ji Ici la vieille femme eut un geste d’horreur.

| Ses yeux semblaient lancer des flammes de fureur. Elle cracha sur Dieu, puis, comme une vaine ombre, Elle alla s’enfonçant sous la ramure sombre.

Ruzard, pensif, troublé, revint à sa maison.

Il promena ses veux sur lobscur horizon,

Cherchant à découvrir si, jusqu’à la soirée, La neige allait enfin tomber toujours serrée.

Le vent diminuait un peu ; la neige aussi.

Il fallait en finir avec ce long souci.

Il partit à la brune. Assise à sa fenêtre, La Pérusse le vit et put le reconnaître.

—Tiens ! fit-elle, on aura, dimanche, un ban nouveau.

sé Ce ban de plus en plus obsède son cerveau. Il fait froid. Aux châssis eneigés le vent râle ; N'importe; elle sourit, s’enveloppe d’un châle ; De ses souliers de cuir rattache les cordons, ras. Met du bois dans le poêle, attise les brandons Et s’en va raconter, dans tout le voisinage, és Que Ruzard marche enfin pour se mettre en ménage. eur.

>mbre,

A la porte de Jean s’arrêta le cheval.

François, quand il entra, ne vit point son rival. Léon était sorti. Cela le rendit aise.

Lozet vint souriant lui présenter sa chaise.

Or, Louise était là qui tournait son fuseau.

Elle eut comme un frisson, le frisson de l’oiseau Quand passe le chasseur.

D’une âme résolue Le jeune homme aussitôt s’avance et la salue.

Il lui dit le bonheur qu’il éprouve à la voir.

Elle sent le poids lourd d’un étrange pouvoir : Sur le rouet qui gronde elle incline la tête, Le brin soyeux se rompt et le rouet s’arrête.

PARA ASE NE EEE"

Et, lui, croit deviner une sainte pudeur

Dans ces signes nouveaux de trouble et de froideur.

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