‹ Tonkourou [microforme]Chapitre 22 sur 72 · LE QUATRE-SEPT · texte numérisé non relu

LE QUATRE-SEPT

Le ciel était couvert par une immense nue Et la neige roulait sur la campagne nue,

Ensevelissant tout comme le flot montant.

Chez le père Lozet plusieurs vieillards, pourtant, Des amis, des voisins, faisaient Ja causerie,

Pendant que les chevaux piaffaient dans l’écurie. C’étaient les deux Boisvert, Vidal et Poudrier,

Anselme Mathurin, un habile ouvrier,

Et Bélanger l’ancien, vaillant octogénaire

Qui tous les jours encor découpait, d’ordinaire,

Dans le frêne pliant sa paire de sabots,

Qui fièrement portait la tresse et les jabots. es

Une douce gaîté déride leur vieillesse :

Le jeune âge à leurs veux perd de sa gentillesse.

mn

Ils comparent leur temps à celui d’aujourd’hui

Qu'ils trouvent moins joyeux et souvent plein d’ennui,

Le présent nous fatigue et le jour qui s’envole

Se pare, en s’éloignant, d’une vive auréole.

Pour eux le Quatre-Sept est le plus beau des jeux.

Ils le rendent piquant et parfois orageux ;

Observent avec soin chaque carte qui passe,

Se risquent quelquefois dans une horrible impasse,

Ou, sur la défensive, ils ne relèvent point,

À moins que sur la table il ne se trouve un point.

La lutte est fort souvent d'intérêt toute pleine ;

Ils donnent le capot, reçoivent la vilaine.

Au bout d’une heure entra le vieux pilote Auger—

Pierre Auger, son vrai nom—

—Allez interroger

Ces deux pauvres joueurs aux moroses figures,

Qui semblent, Jui dit-on, consulter les augures,

Ils vous diront comment, par des coups maladroits

Qui se font, Dieu merci ! rares dans nos endroits,

Ils en sont arrivés à 8e couvrir de honte.

—J’ai pitié du malheur ; mais au poêle de fonte

Laissez-moi réchauffer mes doigts quelques instants,

Dit Auger le pilote, il fait un rude temps.

ennui.

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