L’ORAGE GRONDE
La nuit s’en va. Déjà l’on voit luire l’aurore.
Louise est en prière. A peine elle a pu clore
Sa paupière brûlante en son lit de duvet.
Un ange s’est penché longtemps sur son chevet,
Un ange au front empreint d’une souffrance amère P ,
Et cet ange béni, c’était sa jeune mère.
Au dehors tout restait encor silencieux.
À l’éclat du matin qui souriait aux cieux
Sa fenêtre s'était tout à coup irrisée,
Sur la neige des clos la lumière brisée
Semblait des diamants répandus à foison.
Le métier reposait tout près de la cloison.
Après avoir prié seule dans sa chambrette, Elle vint à l’ouvrage. Elle prit la navette
Et longtemps avec bruit, de ses doigts entendus,
Entre les brins de laine artistement tendus,
La fit courir. Ainsi, parfois, dans les orages, On voit courir la lune à travers les nuages ; Avec un bruit pareil, au milieu des roseaux, On voit glisser, parfois, l’aile des gais oiseaux.
A cette heure hâtive où le matin frissonne
Sur la route de neige il ne venait personne.
kT% Cependant Jean Lozet s’approcha du métier
Et, sous un air naïf cachant son ton altier, Il dit en tourmentant de la main sa moustache :
—Ma Louise chérie, il faut bien qu’on le sache, François t’a demandée en mariage hier.
C’est un brave garçon ; on peut en être fier. Confiant dans ton cœur, car il n’est pas frivole, J’ai voulu sur le champ engager ma parole.
Ton refus me ferait mourir.
Dans ses douleurs Louise ne dit rien, mais elle fond en pleurs.