‹ Tonkourou [microforme]Chapitre 48 sur 72 · L’ESPION · texte numérisé non relu

L’ESPION

C’était l’automne. Au bois plus de joyeux ramages ; Plus de fleurs dras les champs moissonnés. Les nuages Passaient noirs et serrés, comme ces lourds bisons

Qui courent en troupeaux aux lointains horizons.

Sous la pluie, en suivant le vieux chemin de glaise, Vers le bourg Saint-Denis marche une armée anglaise. Un espion la guide ; un homme aux cheveux plats,

À lœil étrange, plein de sinistres éclats.

Dans le camp des anglais il s’introduit la veille. On le soupçonne un peu d’abord ; on le surveille ; Mais il ne semble point en avoir de soucis.

Gore, le commandant, croit à ses longs récits,

À ses contes ornés de formes solennelles.

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Dans l’ombre de la nuit, trompant les sentinelles, Comme un serpent se glisse à travers les halliers, L’espion se glissa parmi les cavaliers

Et s’éloigna du camp, sans bruit, d’un pied alerte.

Deux heures il courut sur la route déserte.

S’arrêtant par moment pour écouter le bruit Que pouvait apporter sur son aile la nuit, Et collant chaque fois son oreille à la terre.

Il tressaille soudain et sa figure austère

Prend tout à coup, dans l’ombre, un radieux aspect. Ce bruit qu’il entend là n’a-t-il rien de suspect ? C’est un pas empressé, quelqu’un qui se dépêche.

Il ne voit rien pourtant car la nuit l’en empêche.

L'homme arrive.

— Angleterre ou Canada ? fait-il.

—Patrie et liberté ! dit l’espion subtil.

—Ah ! tu sers mon pays avec intelligence.

— Car tu fus le pardon et je suis la vengeanee.

Et les deux conjurés s’étaient dit quelques mots

Que n’avaient point ouïs les tranquilles échos.

es,

rte.

Lorsque sourit au ciel un rayon de l’aurore L’espion, de retour, alla réveiller Gore.

—Quand nous dormuns, dit- Font, pour

il, nos ennemis actifs nous écraser, de grands préparatifs.

Des hommes tout armés arrivent de Saint-Charle. Ils sont nombreux déjà, puis, durant que Je parle,

Tu le comprends, 6 chef, leur nombre croît toujours.

Alors le colonel fit battre les tambours, Et, comme un vent d'orage agite la ramée,

Le vigoureux appel fit tressaillir l’armée.

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