‹ Tonkourou [microforme]Chapitre 58 sur 72 · LE CHANT DU MARIN · texte numérisé non relu

LE CHANT DU MARIN

—0 ciel de mon pays, déroule tes tentures!

Ceignez-vous, lacs d’argent, de vos vertes ceintures ! Bois aimés, drapez-vous dans vos épais manteaux ! Sous mes yeux attendris ondoyez, fiers coteaux !

O brise, enivre-moi de ton haleine chaude !

Berce-moi, Saint-Laurent, sur ton flot d’émeraude ! Rien comme vous n’est beau, rivages canadiens,

Et je reviens pour vous, pour vous seuls je reviens ! , J

Ouvre un sillon d’écume en la vague qui joue, Ouvre un brillant sillon avec ta fine proue, O mon léger navire ! Avance! avance encor,

Fier de tes mâts de pin, de ton éperon d’or!

| La brise du levant gonfle ta blanche toile. | Glisse comme au zénith Véga la douce étoile !

Sous ton fier pavillon avance comme un roi !

Je t’aime, Ô mon navire, et je n’aime que toi!

Je la verrai bientôt la beauté que j’implore. Quandeelle m’aperçoit son front blanc se colore.

Je la vois chaque nuit passer dans mon sommeil.

Sa bouche est une coupe, un calice vermeil

Où l’époux bien-aimé cueillera l’ambroisie.

Son cœur est comme un lis. Mon amour l’a choisie.

Pour elle je reviens vers vous, borils plantureux,

Et je n’aime plus qu’elle, ô mon navire heureux!

Plein de ces souvenirs qui surgissent en foule,

Ainsi chante Léon. . Et, bercé par la houle,

Son vaisseau gracieux monte le Saint-Laurent.

Il porte ses regards sur le flot transparent

Et sur les frais contours des iles éloignées,

Qui semblent des joyaux répandus à poignées.

Il est seul à l’avant, debout, près des pavois.

Les matelots fumaient en admirant sa voix.

Le navire venait de l’'Hudson. Tristes, sombres, Les caps du Labrador défilèrent sans nombres.

Il vit les icebergs qui causent mille effrois. Ces flots cristallisés par d’implacables froids, Roulant sur d’autres flots, montent jusques aux nues, Fouillent des profondeurs quelquefois inconnues,

Et dans les ouragans, sous des cieux éblouis, Poussés l’un contre l’autre en des chocs inouïs,

Ils éclatent, tonnant comme un vaste cratère

Quand, daus les chauds climats, l’écorce de la terre Sous un souffle du ciel a soudain tressailli ;

Ou, plus tard, tout à coup, comme un temple vieilli, Sous les feux du soleil qui commence à les fondre, Leur paroi d’argent croule et leur tour d’or s’effondre. Un grand calme enchaîna la barque sur les flots,

Et le temps parut loug aux pauvres matelots.

Le vent reprit un soir et, sur le pont de chêne,

Au milieu des agrès : ancre, cordage, chaîne,

La vague retombait avec un bruit d’enfer.

Le patron fut, hélas! emporté dans la mer!

Léon dont la valeur n’était plus ignorée

Prit le commandement de la barque éplorée,

Il entra dans le fleuve et, guidé par les cieux,

Il en remonta loin le cours audacieux.

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